L’inspiration de l’écrivain

Pour mettre en mots quelques fragments de vie, le nomade impénitent peut compter sur lui-même, sur l’art du silence et le goût pour la contemplation que les années de solitude lui ont enseigné et sur le spectacle éblouissant du vivant dès lors que l’humain accepte de se mettre en retrait. Il peut alors compter sur l’inspiration qui jaillit du chant infatigable de l’océan, sur l’ineffable beauté du vol rectiligne des oiseaux à la surface des eaux ou sur une aube moins timide que d’ordinaire, qui dès les premières lueurs, annoncent la couleur du jour nouveau. 

Il peut aussi clouer le bec au poète qui ne manque jamais de la ramener, qui saute sur toutes les occasions pour mettre des mots sur tout et son contraire. Ficeler l’écrivain-voyageur qui s’agite au fond de lui et imposer le mutisme à tous les personnages qui cherchent à exister à son insu, dès qu’il relâche son attention. 

Ne rien faire. Ne rien dire. Ne rien penser et encore moins écrire. Juste regarder. Écouter. Sentir. Ressentir. Laisser la vie se dérouler et nous offrir, sans le moindre empressement, vidé de toute préoccupation, le spectacle qu’elle nous a préparé après avoir répété durant plusieurs millions d’années. Les acteurs de la pièce changent au gré des tournées et des pays. Tantôt un être fragile vêtu d’une corolle de pétales, grimé en petit fleur jaune singeant le Soleil complice. Parfois une vague ayant traversé l’Atlantique et venant s’échouer sur la côte de l’Argentine ou de l’Uruguay pour livrer son message dans un bouillonnement d’écume. Quand ce n’est pas un nuage qui prend figure humaine et passe sans mot dire, faisant mine de nous ignorer, comme cette femme dont on tombe instantanément amoureux, que l’on croise vingt secondes et qui disparaît au coin de la rue, en nous laissant au cœur une éraflure. 

Et puis, parfois, rien de tout cela ne sert à soulager le voyageur. Sa sensibilité est aux abonnés absents. Il est en manque d’inspiration et le théâtre du monde a éteint les néons, comme c’est souvent le cas lors d’une nuit insomnieuse, au fond d’un hôtel sans nom. 

Alors, il lui reste la lecture et l’exploration des mots des autres. Rien de tel que la découverte d’un auteur aux racines d’ici pour donner un sens à la journée qui s’achève ou à la prochaine destination qu’il faudra décider, dans quelques heures, car rien ne presse. Il faut laisser le temps au sang des mots pour coaguler et devenir encre. 

Je vous laisse donc en présence d’un auteur Uruguayen magnifique, Eduardo Galeano, disparu en 2015, qui fut écrivain, journaliste et dramaturge de renommée internationale, connu notamment pour un livre-manifeste, intitulé « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine », qui explique et dénonce la spoliation de l’Amérique du Sud par les puissances coloniales depuis le XVème siècle.

Voici quelques-uns de ces mots, qui devraient redonner une vigueur toute révolutionnaire aux petites fleurs, aux placides nuages et aux vagues de tous les océans du monde pour nous montrer le chemin et nous encourager à ne jamais courber l’échine devant l’inacceptable.

“Au bout du compte, nous sommes ce que nous faisons pour changer ce que nous sommes”

“Puissions-nous avoir le courage d’être seuls et l’audace de nous risquer à être ensemble.”

“L’utopie est à l’horizon. Je fais deux pas, elle marche deux pas. Je marche dix pas et l’horizon court dix pas plus loin. Peu importe combien je marche, je ne l’atteindrai jamais. Alors à quoi sert l’utopie ? Il sert à cela : à marcher.”

“Dans un monde de plastique et de bruit, je veux être dans la boue et le silence”

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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