La croisée des chemins

 

Tout a commencé au Botswana. J’étais arrivé de Zambie quelques jours auparavant et avait séjourné une petite semaine à Kasane, la première ville au nord du pays, afin d’organiser mon voyage et souffler un peu.

Le principal intérêt de Kasane, si ce n’est le seul, c’est d’être l’accès principal au Parc National de Chobe, vaste espace naturel bordé au Nord par la rivière Kwando, qui délimite la frontière avec la Namibie. Chobe se caractérise par la plus grande concentration d’éléphants en Afrique australe.

J’avais décidé d’aller m’y balader et de m’y poser quelques jours pour bivouaquer dans une nature dépeuplée d’humains en raison du Covid. Depuis des mois, j’avais pris cette mauvaise habitude de me croire seul au monde, en étant souvent l’unique occupant des lieux dans lesquels je séjournais. Bien m’en a pris. J’avais choisi de butiner quelques campsites, changeant de lieu chaque jour au gré de mes envies, mais je décidai de débuter par le plus éloigné et sans doute aussi le plus sauvage, pour revenir paisiblement, quand bon me plaira vers Kasane.  

Je débarquais donc en fin d’après-midi au Ihaha Campsite. Le lieu consistait en une quinzaine d’emplacements isolés les uns des autres, tous disposés le long de la fameuse rivière Kwando et offrant une très belle perspective sur la bande de Caprivi, territoire avancé de la Namibie, située sur l’autre rive. Je pris le temps de visiter ce camp qui s’étalait sur quelques kilomètres. Une fois de plus, je constatai que j’étais la seule âme qui vive dans les environs. Je décidai de couper le contact à l’extrémité Ouest du camp. Quitte à savourer ma solitude, autant être le plus isolé possible dans un environnement déjà furieusement esseulé ! Il était 18h00, le soleil se dirigeait mollement vers l’horizon. J’arrêtai le Land Rover sur un carré d’herbe desséchée. A quelques mètres de mon bivouac, un grand arbre un peu biscornu mais magnifiquement fourni devait projeter son ombre réconfortante en pleine après-midi et se prendre pour un parasol, comme ces transformistes de cabaret qui ont deux vies, un boulot tristement normal durant le jour et un personnage flamboyant et incarné la nuit venue. Tel devait être mon arbre !

Il dominait l’incontournable Braai, appellation locale du barbecue et sans lequel tout afrikaner est perdu. La culture du Braai est indissociable de la culture blanche de l’Afrique australe. Un bon bout de barbaque, quelques saucisses, un feu de bois bien nourri, quelques litres de bières, agrémentées de quelques bouteilles de Brandy et de Coca-Cola et une brochette d’amis partageant les mêmes valeurs et les mêmes blagues graveleuses et éculées, voilà le Graal ultime et hebdomadaire pour tout Afrikaner !

Je sortis comme d’habitude tout mon équipement de bivouac, l’imposante boîte en plastique qui contenait le matériel de cuisine, la table et l’une de mes deux chaises pliantes que j’installai face à la rivière pour savourer cette vue imprenable sur la Namibie toute proche, tout en sirotant mon verre de whisky et en goûtant aux dernières heures du jour. Je déployai rapidement la tente située sur le toit du Defender et ouvrais en grand les quatre pans pour que l’air du soir rafraichisse les matériaux surchauffés par le soleil de l’après-midi. Je m’assis face à la rivière située à deux-cents mètres du campement. Les caravanes de nuages défilaient lentement à l’horizon tout en se reflétant sur la surface argentée du ruban d’eau frontalier. Deux pêcheurs au loin, sur la rive namibienne, jetaient leur filet qui tournoyait un instant dans les airs, puis retombait et s’enfonçait dans les eaux placides de la rivière Kuando. La distance était telle qu’aucun son ne parvenait à troubler le silence absolu de cet espace. Je surveillais de temps à autre une famille de Babouins qui siégeait sous un arbre, à une centaine de mètres sur la gauche. Le mâle me regardait du coin de l’œil, tandis que sa progéniture s’amusait sous le regard vigilant de la mère. J’aime bien observer les mœurs des Babouins mais je m’en méfie comme de la peste, depuis que quatre d’entre eux m’ont dévalisé la voiture, aux abords des chutes Victoria, en emportant tout ce qui ressemblait à un sac en plastique pouvant contenir de la nourriture. Cela m’avait plutôt amusé, tandis que j’étais occupé à filmer le patriarche en train de grignoter, assis sur une poubelle dans laquelle il puisait les restes de junk food, de voir quatre singes jaillir par les fenêtres ouvertes du Land Rover, avec des airs de coupables et tenant chacun un sac en plastique. Magnifique opération d’une bande de malfaiteurs qui disparurent dans les fourrés comme une horde de Roms venant d’accomplir leur larcin. Je repense systématiquement à la magnifique phrase de Cioran : « Au zoo, tous les animaux se tiennent convenablement, à l’exception du singe. On sent que l’homme n’est pas loin. »

Le soir s’avançait avec ses habits dorés, dont les teintes rougeoyaient avec une telle intensité sur les eaux calmes, qu’on eut dit qu’un incendie avait enflammé le long serpent argenté que constituait le fleuve Kuando. Une fois de plus, j’assistais en solitaire à l’incendie féérique de notre planète et à la fuite quotidienne de l’astre pyromane qui se reproduit chaque soir, depuis des millions d’années.

Un détail vint soudain perturber la plénitude dans laquelle je rêvassais. Un sac en plastique blanc entra dans mon champ de vision, à une centaine de mètres, poussé vers l’Est au gré des bourrasques qui le soulevaient, puis le faisaient retomber un peu plus loin. Bien que la lumière eût déjà fortement décru, cette tache blanche se détachait très visiblement sur l’herbe verte qui bordait les rives du fleuve. Je me levai pour aller ôter l’importun qui entachait la pureté des lieux. Je m’aperçus à mi-parcours que le sac en plastique un peu volage était en réalité une feuille de papier blanc qui volait au vent. Je m’en saisis alors qu’elle avançait en direction de la frontière namibienne et n’allait pas tarder, si le vent gardait ce cap, à se poser au beau milieu du fleuve.

Il s’agissait de la page arrachée d’un livre, au papier légèrement jauni. Au verso, que je vis en premier en ramassant la feuille, était inscrit le nombre 19, sans aucun doute le numéro du chapitre de ce roman en langue anglaise, suivi d’un titre évocateur, The Gift – Le Cadeau.

Sous le titre, une magnifique citation en italique de Mark Twain avait été placée en exergue par l’auteur.

Le pardon est le parfum que la violette répand sur le talon qui l’a écrasée.”

 

S’ensuivait le texte de ce début de chapitre, qui me demeura quelque peu mystérieux et ne me donna pas franchement envie d’en lire davantage :

Tony était plus vivant qu’il ne l’avait jamais été, mais il se sentait toujours fatigué. Il avait dormi, ou s’était reposé, ou quelque chose entre les deux, sans le souvenir d’un rêve mais avec la sensation persistante d’être tenu dans ses bras lorsqu’il s’était réveillé.

Où qu’il ait été, il avait été en sécurité et continuerait à l’être. Même s’il y avait une explication, il ne voulait pas la connaître. Il était fatigué. Il était en train de mourir. Il l’a accepté, avec un sentiment de paix. Il était temps d’agir.

« Maggie ? »

 » Salut toi. Je me demandais quand tu allais réapparaître. Cet endroit n’est pas le même quand tu n’es pas là. »

« Merci de me dire cela. »

 » Je ne dis pas ce que je ne pense pas « , dit-elle affectueusement, avant d’ajouter avec un ricanement,  » la plupart du temps « .

« Alors, quel est le programme ? » demanda-t-il. « Quand pouvons-nous aller à l’hôpital ? »

Je retournai la page et lu la fin d’un poème y figurant, dont le propos et le style me parurent quelque peu sibyllins. Ce qui capta davantage mon attention, c’est l’inscription qui figurait en haut de la page.

Crossed Roads  +  269

De tout évidence, il s’agissait de la page 269 de ce roman. Cependant, impossible de savoir s’il s’agissait de son titre ou simplement de celui du dix-huitième chapitre. Crossed Roads signifiant littéralement « les routes traversées », un titre forcément inspirant pour tout voyageur au long cours. Mais le plus étonnant, ce fut le numéro de dix chiffres qui était annoté à la main, un peu plus bas, au milieu de la page.

08186513..

Il s’agissait probablement d’un numéro de téléphone, mais peut-être pas…

Je rapportai avec moi cette page arrachée d’un livre au titre inconnu, annoté d’un numéro énigmatique et la posai sur la table. Après m’être servi un verre de whisky, je contemplai longuement les couleurs enflammées de ce jour finissant, en savourant cette solitude silencieuse que j’étais venu chercher à cette extrémité du parc.

Par curiosité, j’aurais voulu vérifier sur internet s’il existait un livre intitulé Crossed Roads, malheureusement je ne disposais pas de wifi et le volume de données compris dans mon forfait téléphonique était épuisé. Je devrais donc attendre mon retour à Kasane, et les bienfaits de la civilisation, d’ici quelques jours, pour pouvoir me connecter. En revanche, j’avais un peu de réseau. L’idée de vérifier s’il s’agissait d’un numéro de téléphone m’avait effleuré l’esprit, mais cela devint une idée fixe à mesure que le jour tombait et que l’alcool disparaissait au fond de mon gosier. De toute manière, je n’avais rien à faire de ma soirée et il n’y avait plus assez de lumière pour que je puisse écrire.

Je pris mon téléphone et composai l’indicatif du Botswana +267 suivi des dix chiffres du numéro. Après un bip électronique, un disque automatique m’indiqua que le numéro n’était pas attribué. S’il s’agissait véritablement d’un numéro de téléphone, ce n’était vraisemblablement pas un numéro botswanais. Il y avait sans doute davantage de chances que ce fût un numéro d’Afrique du Sud, en raison de la présence prédominante des touristes qui y loue leur 4×4 ou de Sud-Africains, adeptes de l’Outdoor, qui partent quelques semaines explorer le Botswana et la Namibie. Malheureusement, je ne me rappelais pas l’indicatif à composer devant un numéro Sud-Africain. J’ai donc renouvelé l’opération avec le +264 qui est l’indicatif de la Namibie, toute proche.

Une sonnerie, deux, trois, puis une voix féminine se fit entendre à l’autre bout du fil. Une femme avec une petite voix fluette décrocha et répondit en Afrikaans, sorte de mélange d’allemand et de néerlandais, la langue des premiers colons et de leurs descendants qui est encore largement parlée en Afrique du Sud, en Namibie et dans certaines parties du Botswana.

Je lui demandai si elle parlait anglais. Après un « Yes ! » de confirmation, j’enchainai et me présentai. Je lui expliquai brièvement la raison de mon appel, lui indiquant que je suis un écrivain-voyageur français, que je l’appelle depuis le Parc National de Chobe au Botswana, dont elle n’avait de toute évidence jamais entendu parler, puis je lui racontais l’histoire de la page arrachée avec son numéro de téléphone. Évidemment, elle trouva tout cela étrange et me demanda pourquoi je l’appelais. Sa question me désarçonna un instant, car je n’y avais pas vraiment réfléchi, ayant composé son numéro davantage par jeu ou par instinct que pour un motif véritablement rationnel. Je lui expliquai que je voyageais dans le monde entier et que tout l’intérêt de mon périple repose sur les rencontres que je peux faire, souvent par hasard, et que ce dernier venait de m’apporter son numéro de téléphone d’une bien belle manière. Je me crus obligé de préciser qu’avec l’expérience, privilège de l’âge, je m’efforce de ne plus manquer les occasions de rencontres avec des gens intéressants ou, pour le moins, de saisir lesopportunités que le destin égrène sur mon chemin. Cette page mystérieuse, transportée par le vent au beau milieu d’un endroit infiniment sauvage, où j’étais la seule âme vivante était comme un carton d’invitation, certes incongru et surprenant. Ma curiosité naturelle et un certain goût du jeu m’avaient ensuite incité à composer ce numéro inconnu.

Après toutes ces explications sur la raison de mon appel, elle me dit se prénommer Dorothy. Elle vit à Windhoek, capitale de la Namibie. Sa voix me laissa penser qu’elle est blanche même si je n’osai évidemment pas lui poser la question pour recevoir une réponse qui n’avait, de toute manière, aucune importance pour moi.

J’informai Dorothy que mon voyage me conduirait à Windhoek d’ici deux ou trois mois, après avoir exploré le désert du Kalahari, le Delta de l’Okavango et le Nord de la Namibie.

Elle trouva sympathique l’idée de nous rencontrer et me demanda de la prévenir quand j’approcherai de la Capitale, afin de prendre un verre ensemble et de partager quelques récits de nos vie respectives. Elle m’interrogea sur mon voyage et me demanda combien de pays j’avais déjà visités, ce que je pris plaisir à lui raconter. De toute évidence, un lien venait de se créer. Son anglais n’était pas très fluide et son accent à couper au couteau me laissa penser qu’elle est d’origine Afrikaaner. Craignant de ne pas avoir assez de crédit dans mon forfait pour poursuivre cette conversation et voulant éviter une coupure impromptue, du plus mauvais effet, je conclus en lui indiquant que je lui amènerai la fameuse page arrachée sur laquelle figurait son numéro de téléphone. La perspective de nous rencontrer permettrait au moins de vérifier, comme cela s’avère souvent le cas dans une rencontre imprévue, dictée par un hasard apparent, si nous avions des choses à apprendre, à comprendre l’un de l’autre, voire à vivre… Le voyage m’ayant enseigné qu’il faut toujours se présenter à l’autre avec beaucoup d’humilité, de tolérance et d’empathie pour que puisse fleurir ensuite l’enseignement qui jaillit de chaque aventure ou permettre à une complicité de naître, à une aventure de prospérer.

Le voyage n’est pas qu’un long défilement de kilomètres, c’est aussi et surtout un bel enchevêtrement de rencontres. C’est sans doute son principal carburant et son but ultime, poussé par la curiosité de mieux comprendre l’âme et le cœur des hommes.

Après ce coup de téléphone nocturne et pour le moins spontané, mon voyage en solitaire repris son cours. Durant une quinzaine de jours, j’explorais le nord et l’est du Botswana, en prenant soin d’éviter le désert du Kalahari et le delta de l’Okavango, que j’avais promis de réserver à mon amie Véronique, photographe et grande baroudeuse, qui prévoyait de me rejoindre début décembre, à Gaborone, la capitale du Botswana, pour cinq semaines de voyage à mes côtés.

Son départ de France fut contrariée par l’apparition impromptue d’un nouveau variant du COVID 19, le fameux Omicron, détecté par les autorités de santé de l’Afrique du Sud et du Botswana. Particulièrement contagieux, bien que moins dangereux que ses prédécesseurs, ce nouveau virus déclencha en Europe et aux Etats-Unis une surréaction des services de santé, des mesures immédiates et irrationnelles au vu du peu d’informations dont le monde disposait à cette date. Ceci entraîna des réactions et des conséquences quelque peu démesurées, et conduisit les autorités françaises, selon le bon vieux principe qu’il vaut mieux prévenir que guérir, à inventer une catégorie « Rouge écarlate », pour tous les pays de l’Afrique Australe.

Entrant en vigueur le 4 décembre, cette directive interdisait à toute personne qui n’était pas médecin, militaire ou diplomate, de voyager vers ces pays. Sans vouloir critiquer le bien-fondé d’une telle mesure, on voit bien l’intérêt du médecin dans l’histoire, quant au militaire et au diplomate, c’est une autre paire de manches. Ces mesures coercitives, prises sous le fallacieux prétexte d’une énième prévention sanitaire, mais masquant tout bonnement une peur-panique de l’administration, mesures consistant à interdire à des citoyens de sortir du territoire selon des critères pour le moins discutables, a considérablement entravé les déplacements de personnes qui pouvaient pourtant justifier d’un motif impérieux et qui devaient absolument se rendre à l’étranger. Cela nous a surtout permis de constater une fois de plus la créativité de nos énarques, qui ne sont jamais les derniers pour inventer des règlements absurdes afin d’emmerder la vie de leurs concitoyens. Bref !

Véronique, ayant son billet pour Johannesburg avec un vol décollant le 4 décembre à 23h de Roissy Charles-de-Gaulle, fut tout bonnement refoulée au guichet de la police des airs et des frontières. Elle dut reprendre un taxi pour rentrer à son appartement parisien, avec la perspective de devoir renoncer durablement à ce rêve de voyage, mais avec la certitude de ne pouvoir être remboursée car elle avait tenté d’embarquer. Dans ce cas, la compagnie se rétracte et refuse de rembourser le billet. Il aurait fallu qu’elle ne se présente pas au guichet et qu’elle demande à Air France le remboursement de son billet, justifiant de l’interdiction gouvernementale de pouvoir voyager.

On imagine la nuit de déception et de colère qu’elle passa, en voyant ce voyage en Afrique australe s’envoler sans elle. Mais certaines personnes, qui ont le voyage chevillé au corps, ne renoncent pas si facilement, et une fois de plus, la nuit démontra qu’elle porte merveilleusement conseil.

Le lendemain matin, mon amie Véronique se retrouva dans un bus qui l’emmena directement vers Amsterdam. Quelques heures plus tard, elle sautait dans un avion, après avoir pris un vol direct pour Johannesburg puis Gaborone, où je l’attendais avec un jour de retard sur nos projets initiaux.

Elle sût être créative, s’adapta magnifiquement aux contraintes du moment comme nous l’enseigne régulièrement le voyage et démontra qu’il y a toujours une solution, toujours de l’espoir. Les affluents de la liberté finissent toujours par trouver une voie de passage, malgré les pierres qui tentent de faire barrage sur le cours capricieux des choses. Il existe toujours une échappatoire pour que le flux de la liberté retrouve les rêves d’ailleurs, dont il est le complice éternel. Les politiques et d’obscures fonctionnaires ont beau dresser les herses de leurs directives absurdes, cela ne freinera jamais celui qui se rêve ailleurs, celle qui a fait de demain sa demeure. La preuve aussi que l’Europe est souvent une solution. Les Néerlandais n’étaient pas encore devenus fous et n’imposaient pas, de manière épidermique, des restrictions de sortie de leur territoire, comme les Français en panique.

 

Bref, après cinq semaines d’un périple merveilleux au Botswana et en Namibie, je déposai comme prévu Véronique pour son vol de retour vers la France. Entre temps, le variant Omicron s’était répandu dans le monde entier et avait démontré sa moindre dangerosité, tout en mettant en lumière les mesures irrationnelles qui avaient failli empêcher la réalisation de notre projet commun.

Je passai mon jeudi soir à ré-apprivoiser ma solitude et ne boudais pas mon plaisir de me retrouver en tête-à-tête avec moi-même.

Véronique avait été adorable, aussi discrète et subtile que possible, sachant parfaitement que le voyage à deux, entre amis, n’a rien à voir avec un voyage au long cours et en solitaire, ou un périple entre amoureux qui savourent leur bienheureuse intimité. Comme lors d’une croisière sur un petit voilier, le clash est souvent probable et la promiscuité, le temps qui s’allonge, l’ennui, les différences de tempéraments peuvent être explosifs et menacer le paisible déroulement du voyage. Il n’en fut rien, mais chacun reparti avec joie et des souvenirs plein la tête vers le cours de sa vie.

Sans doute, est-il important de préciser ici quelques faits quant à la nature des rencontres ainsi que sur les spécificités et contraintes qu’engendre le mode de vie nomade, c’est-à-dire une existence constamment en mouvement, sur la route, changeant très fréquemment de lieu de vie ou d’hébergement et ne restant pas longtemps dans la même ville. J’avais évoqué ces aspects dans mon premier ouvrage, LIBRE – écrire sur les chemins du monde – mais il me semble important d’apporter encore quelques éclaircissements, car tout lecteur juge mes propos au travers du filtre de sa propre expérience, de ses valeurs et croyances, et souvent à l’aune de son propre mode de vie, souvent sédentaire, stable, socialement intégré, et souvent dans une langue et une culture qui sont les siennes, ou qu’il a su appréhender puis maîtriser.

La vie nomade en solitaire, contrairement à une vie « plus normalisée », impose par sa nature un constant déséquilibre où le voyageur, tel un funambule, est dans une action constante, une recherche permanente de point d’équilibre, décidant chaque jour où le mèneront le vent, sa curiosité ou ses désirs. L’instabilité est sa norme, la liberté est son cap et le voyage, avec tout ce qu’il induit, est sa loi. Chaque jour ou presque, il change de bivouac et de cadre de vie. Le voyageur solitaire, qui plus est avec son accoutrement de motard ou son rutilant Land Rover avec une tente nichée sur le toit, semblant débarquer d’une autre planète et suscite toujours de la curiosité. Les contacts sont faciles et immédiats et, pour peu que l’on parle la langue, les conversations succèdent vite aux premières politesses. La curiosité, l’humour, l’empathie, la disponibilité sont ensuite de précieux alliés pour créer un lien réel. Mais il ne faut jamais oublier la règle et si possible, ne jamais leurrer son interlocuteur, homme ou femme. Toute présence a un commencement et inéluctable une fin, et elle ne saurait tardé. Ce type de vie implique un « aussitôt arrivé quelque part, aussitôt parti ailleurs ». Les gens qui vivent une vie normale n’ont guère conscience de cela, mais le nomade le comprend vite, parfois à son « cœur défendant ». Contrairement à eux, il n’a pas des semaines ou des mois devant lui pour qu’une rencontre devienne une relation et s’installe tranquillement, comme c’est souvent le cas. En ce qui me concerne et avec le recul d’une certaine expérience, lorsque je rencontre quelqu’un, il faut fatalement que cette relation soit authentique, intense, profonde et singulière. Il faut qu’elle m’apprenne quelque chose ou qu’elle soit utile et enrichissante pour celui ou celle qui croise mon chemin, car dans une heure, deux jour ou à la fin de la semaine, j’aurais pris la poudre d’escampette et mon vie aventureuse me mènera (souvent par le bout du nez) ailleurs, engendrant un nouveau départ, et forcément une sensation d’arrachement si un lien s’est installé entre nous. C’est tout à la fois la magie, la beauté et l’âpreté de cette vie menée tambours battants.

Si les rencontres se succèdent quotidiennement, elles deviennent parfois des amitiés dont les ferments continuent d’être cultivés, malgré la distance, à la longue, par correspondance ou grâce aux moyens de communication modernes et aux réseaux sociaux. Ceux-ci permettent d’entretenir, et parfois de nourrir ou de renforcer un lien que le départ précoce du voyageur, puis son éloignement grandissant, voire son changement de continent, auraient jadis condamné à l’étiolement. C’est ainsi qu’après plus de quarante mois de voyage, j’ai des amis dans tous les pays que j’ai traversés, avec lesquels j’échange fréquemment et qui me suivent et m’envoient des petits mots d’encouragement ou de félicitation, parfois de simples like ou de brefs commentaires, mais le lien fugace que nous eûmes à l’origine continue de vivre et de grandir, au fil de mes voyages.

Au début de mon long périple, j’expliquais souvent pour faire rire mes interlocuteurs, que le plus grand danger qui me guette, en tant que voyageur au long cours, ce n’est pas qu’on me vole mon passeport, mes cartes de crédit ou mon argent, ni même qu’on me dévalise, non plus de me faire agresser ou tabasser un soir au coin d’une ruelle. Ce n’est même pas qu’on me vole ma moto ou mon Land Rover, ou que j’ai un accident ou tombe malade, car tout cela n’est que matériel. Cela se remplace, se rachète ou on finit par guérir. Non ! Le pire qui puisse arriver à un voyageur au long cours, comme à un marin solitaire qui fait de brèves escales dans son voyage autour du monde, c’est de tomber amoureux, de rencontrer celle qui deviendra « sa belle geôlière », comme dit Serge Reggiani dans sa chanson, Ma solitude. Car le voyage en tant que telle est un projet de vie, la Liberté étant sa quête principale, son seul amour.

Ces cinq semaines de voyage ne m’avaient pas fait oublié ma promesse de rencontrer la fameuse Dorothy qui m’avait signalé son existence, sans savoir ni pourquoi ni comment, en confiant à Éole, Dieu du vent, et sans doute à quelques démons complices, un carton d’invitation, pour le moins original, afin de nous rencontrer.

Jeudi, à peine arrivé à Windhoek, j’avais donc rappelé le numéro de téléphone manuscrit qui figurait sur la page arrachée du mystérieux roman. Dorothy décrocha à la seconde sonnerie et ne parut pas surpris de mon appel. La conversation fut brève et nous décidâmes de nous retrouver le lendemain, vendredi vers 19h à l’Urban Camp, un campsite très vivant, situé en plein cœur de la capitale, où j’avais stationné mon Land Rover et déployé ma tente pour quelques jours.

En début d’après-midi, je me rendis dans une librairie située au cœur de Windhoek, avec l’intention d’acheter l’œuvre littéraire de laquelle était issue la page volante. Je demandais à l’une des vendeuse si elle avait un livre intitulé « Cross Roads ». Celle-ci vérifia sur son ordinateur et m’indiqua qu’elle ne l’avait pas en stock, mais qu’elle pouvait me le procurer dans un délai d’une semaine. Je déclinai sa proposition, en lui expliquant que c’était trop long, car je souhaitais l’offrir le soir-même. Je la remerciai et lui demandai, avant de m’en aller tenter ma chance ailleurs, quel était le nom de l’auteur.

– William Paul Young, me dit-elle.

Mon enquête progressait et je me réjouissais à l’avance de la perspective d’offrir à cette inconnue un livre qui ait un sens particulier et qui inscrive notre rencontre sous les meilleurs hospices. J’avais au fond de moi l’intuition que ce geste tenait davantage d’une offrande secrète faite aux Dieux qui faisaient converger nos chemins, qu’un cadeau un peu galant offert à une dame, forcément de passage dans mon existence nomade. Les véritables motivations de nos actes tardent parfois à nous apparaître au grand jour, ou nous nous échinons souvent, non sans une certaine malice, à ne pas nous avouer les raisons véritables qui sous-tendent nos actions. Pour être franc, peu m’importait si nous ne passions que vingt minutes à siroter un verre ensemble et si la rencontre s’avérait, en définitive, sans aucun intérêt, tout cela me paraissait à la fois amusant et élégant, une expérience à vivre.

Une fois remonté dans mon 4×4, je tapotai le nom de cet auteur sur mon téléphone et découvris qu’il s’agissait d’un auteur de best-seller d’origine canadienne. Son premier roman intitulé The Shack (La cabane, en français) a été vendu à plus de 18 millions d’exemplaires, de quoi faire rêver le plumitif qui sommeille en moi ! C’est un livre d’inspiration fortement chrétienne qui sous couvert du meurtre d’une enfant, traite du pardon et de la rencontre avec Dieu le père, qui s’avère être en réalité une femme noire. Bref, un roman particulièrement conçu pour le public américain, touchant les croyances religieuses d’un peuple qui affiche sur ses billets de banque – le dollar étant devenue sa véritable religion – In God we trust.

Moi qui ne parle que de voyage, de liberté et du sens de la vie, je devrais peut-être pimenter mes récits avec la Sainte Trinité, afin de faire décoller significativement les ventes de mes ouvrages ! Trêve de plaisanterie.

Ce qui est remarquable dans l’histoire de ce premier roman, c’est qu’il a été écrit par Young, dans le seul but de faire plaisir à ses amis et à ses proches, en ayant imprimé et offert une quinzaine d’exemplaires uniquement. A la suite de leurs encouragements, il décida de le faire publier, mais se vit opposer plus de vingt-cinq refus de la part des éditeurs auxquels il avait adressé son « tapuscrit ». Young, avec ses plus fervents amis, décida de créer sa propre maison d’édition afin de publier son œuvre à compte d’auteur, n’investissant que 200$ en frais de publicité. Mais la magie du bouche à oreille fit le reste et le livre, publié en 2007 aux Etats-Unis, devint un incroyable succès de librairie, avec plus de 18 millions d’exemplaires vendus et figura parmi les meilleures vente de l’année 2008, dans le prestigieux classement du New York Times. Après avoir été édité dans le monde entier, il donna lieu en 2017 à un film intitulé Le chemin du pardon, dont le succès ne fut guère au rendez-vous.

Cross Roads est son second roman, édité en 2012.

Cette histoire ne fit que me conforter dans ma volonté de dégoter le fameux ouvrage, sans compter que la symbolique d’une « croisée des chemins » entre deux inconnus qui doivent se rencontrer lors d’un premier rendez-vous me parut une magnifique symbolique.

Je mis donc le cap sur une seconde librairie dont le nom me séduisit d’emblée et qui s’avéra être située à quelques rues de la première : Uncle Spike, l’oncle Spike. En me garant au coin de la rue, je ne pus réfréner ce mauvais jeu de mots – ceux qui me connaissent savent que je tuerais ma propre mère pour faire un médiocre trait d’esprit – « Si l’oncle Spike est devenu libraire, c’est sans doute parce que Spike lit ! »…

Je rentrai donc dans cette boutique qui tenait plus d’une caverne d’Ali Baba que d’une librairie à proprement parler. Le lieu était sombre et accueillait dix fois plus d’ouvrages qu’il n’aurait du en contenir. Partout des piles de livres, amassés sur des tables, rangés sur d’innombrables étagères, en rangs serrés, tous usagés. Uncle Spike était visiblement spécialisé en livres de seconde main, vendant à prix cassé des invendus et des ouvrages d’occasions. J’errai quelques instants dans ce bric-à-brac de l’édition, tandis que l’unique responsable était occupé à la caisse avec une cliente. J’avoue n’être pas parvenu à comprendre le classement ou la logique des thématiques qui avait dû être abandonné depuis belle lurette face au déferlement des ouvrages qui emplissaient le lieu. Quelques minutes plus tard, je demandai à Mister Spike, s’il avait un ouvrage s’intitulant Cross Roads, d’un certain William Paul Young. Visiblement, son système de référencement était davantage dans son cerveau que dans l’inutile ordinateur qui trônait sur son comptoir. Il réfléchit quelques instants et me dit que le titre lui disait quelque chose… Je le vis disparaître dans l’une des allées exiguës de son antre. Il ne revint que cinq minutes plus tard, me confirmant le fait que localiser un livre n’était pas à la portée du premier client venu…

Il revint en arborant un grand sourire, qui trahissait sans doute sa propre surprise d’être parvenu à dénicher le Graal dans le désordre évident qui régnait dans sa boutique. Je l’ouvris et me rendis naturellement au chapitre 19. Un instant, je me pris à rêver que la page 269 soit manquante et que la déchirure corresponde parfaitement à la feuille volante que j’avais oubliée à l’hôtel, mais sur laquelle figurait le numéro de Dorothy. C’eût été un hasard à peine croyable, mais bien sûr, il ne s’agissait pas du même livre. Le chapitre 19 était bien là, avec la superbe citation de Mark Twain, qui devait dormir dans des milliers d’autres ouvrages, sur de sages étagères d’appartements ou de villas nord-américaines. Il n’y a pas pire comme sépulture pour un grand écrivain à la vie aventureuse, qui plus est doté d’un humour mordant, que de servir de faire valoir littéraire et de croupir dans les pages oubliées d’un ouvrage empli de bien-pensance chrétienne et de bons sentiments. Me revint alors en mémoire cette citation merveilleuse de Twain :

  • Efforçons-nous de vivre de telle sorte que, quand nous ne serons plus, le croque-mort lui-même pleure à notre enterrement.

J’achetai donc à Mister Spike le précieux ouvrage pour la modique somme de sept euros et repris le chemin de l’Urban Camp afin de me préparer à rencontrer d’ici deux heures, celle qui allait devenir bien plus qu’un simple numéro de téléphone.

Ce qui est tout de même extraordinaire dans cette histoire, c’est que le seul indice dont je disposais pour trouver de quel livre il s’agissait, c’était un numéro de page et un nom, ignorant s’il s’agissait du titre du livre ou simplement du chapitre précédent. Il s’avère que le nom exact du chapitre 18, figurant en haut de la page 219 était Crossed Roads, mais l’oubli et le fait de ne plus avoir consulté la dite page qui était rangée quelque part dans mes papiers, m’avaient fait machinalement penser que le titre du livre était Cross Roads. Il y a fort à parier que si j’avais donné à la vendeuse de la première librairie le nom exact dont j’avais pourtant connaissance, Crossed Roads, elle m’aurait dit après avoir consulté sa base de données, qu’elle ne trouvait aucun ouvrage à ce nom, et je serais sans doute reparti bredouille, renonçant définitivement à son acquisition. L’oubli avait magiquement opéré et prouvait que comme le hasard, qui selon moi n’existe pas, il fait aussi merveilleusement bien les choses.

Vers dix-neuf heures quinze, je reçus un message de Dorothy m’informant qu’elle avait un peu de retard mais qu’elle était dans le taxi. Je pris une table sur la terrasse animée du restaurant situé en plein cœur du campsite et lui envoyai un message accompagné d’un selfie, afin qu’elle me reconnaisse, en lui indiquant de me rejoindre… Je dois avouer que tout cela était terriblement excitant et intrigant, car je n’avais absolument aucune idée de ce à quoi elle ressemblait et n’avais aucune information sur elle. Tout cela ressemblait fortement à un premier rendez-vous galant, un rendez-vous à l’aveugle comme on n’en fait plus, car les sites et applications de rencontre tuent désormais tout mystère. En effet, les deux protagonistes affichent clairement la couleur, leurs motivations et leurs goûts. On se choisit mutuellement, souvent sur la simple apparence, comme on le ferait avec un produit de consommation sur un rayon de supermarché. On zappe ou l’on sélectionne une simple image. L’apparence physique prime désormais. Il faut se montrer appétissant dans le monde virtuel. On communique puis on s’épluche au préalable sur écran interposé, avant de finalement se rencontrer, dans la vraie vie, comme on dit aujourd’hui !  Mais pour une fois, ça n’était pas mon cas, ma seule motivation était de mettre un terme au jeu un peu absurde dans lequel je m’étais lancé depuis ma fameuse soirée solitaire, dans le parc de Chobe. Il faut bien avouer que cela m’amusait de voir où le destin nous conduirait et si je prendrai plaisir à rencontrer cette inconnue.

Un quart d’heure plus tard, je vis une jolie femme apparaître à l’autre bout de la terrasse. Elle cherchait visiblement quelqu’un et lorsque nos regards se croisèrent, un grand sourire illumina son visage. Elle se dirigea sans hésiter vers ma table. Je me levai pour l’accueillir et la mettre à l’aise. De toute évidence, elle était plus intimidée que moi car son sourire avait presque disparu et ses grands yeux verts n’arrêtaient pas de faire des allers-retours entre mon visage et les autres tables environnantes. Je la fis rire et lui dit que j’étais ravi de la rencontrer enfin, après ces deux mois de mystère, en insistant sur le fait qu’il était inenvisageable de ne pas la rencontrer après un tel signe du destin. Dire qu’elle était ravissante eût été un euphémisme. Elle était toute menue, vêtue d’une robe légère et printanière. Je crois me souvenir que j’ai plaisanté sur les motifs fleuris de l’étoffe, moins pour la faire rire et la mettre à l’aise, que pour masquer un sentiment de gêne qui commençait à monter au fond de moi. Si je l’avais rencontrée sur une application comme Tinder, nul doute que mon pouce aurait glissé vers la droite de l’écran, signe que j’espérais un « match » et confirmant qu’elle me plaisait sans hésitation, sentiment que je perçus également dans son regard à nouveau souriant et dans ses gestes maladroits.

Une serveuse vint prendre la commande et revint avec une bouteille de vin blanc sud-africain, plongée dans un grand sceau empli de glace. Il fallait bien cela pour que le naturel revienne au galop et que nous parlions de nos vies respectives. L’écrivain-voyageur avait mille questions à lui poser, à moins qu’il ne s’agissent simplement de l’homme solitaire qui espérait davantage de ce rendez-vous, sans oser se l’avouer, de cette première rencontre qui prit vite des allures de coup de cœur, visiblement partagé.

Bien que Dorothy n’eût pas un anglais courant, ponctuant chaque fin de phrase hésitante par un « I don’t know ! » et un éclat de rire gêné, nous parlâmes jusqu’à presque minuit et nous comprîmes sur l’essentiel. Bien sûr, je lui offris le livre que j’avais eu tant de peine à dénicher et qui était l’objet de notre rencontre. A la page 270 de Cross Roads, elle trouva la fameuse page arrachée que j’avais pliée en quatre, comme pour servir de marque page. Elle l’inspecta avec beaucoup d’attention, me confirmant qu’il s’agissait bien de son numéro de téléphone, sans parvenir à reconnaitre l’écriture ni à trouver la moindre raison pouvant expliquer pourquoi son numéro se retrouvait inscrit en plein milieu d’une page perdue dans un parc naturel du Botswana. Mais cela n’avait déjà plus d’importance. Peu importe la cause, seule les conséquences et l’histoire qui découlerait de ce mystère avait désormais de l’importance. Le présent avait effacé l’anecdote passée et le futur dépendrait de ce que nous voudrions dorénavant bien en faire.

Je crus dans un premier temps que Dorothy était très bronzée. Son hâle faisait ressortir avec un charme fou le vert cristallin de ses yeux. Son sourire était littéralement solaire et je déployais des efforts insensés pour ne pas voir qu’elle me dévorait du regard, alors que je lui comptais mon histoire et ma vie de globe-trotter. Je la sentais voyager au travers de mes mots et anecdotes. Elle lisait visiblement sur mes lèvres et ses yeux devançaient les sons qui sortaient de ma bouche, à grands renforts de gestes. Je sentais qu’elle faisait d’ostensibles aller-retours entre le son audible de mes paroles et le silence abyssal de ses propres pensées, s’absentant quelques secondes puis revenant en un sourire au cœur de notre conversation. Tout en déroulant mon histoire peu commune, je sentais bien la tempête sous un crâne dont elle était le siège, derrière ce visage franc, ce regard intense et pénétrant avec lequel elle me déshabillait. De mon côté, je n’étais pas né de la dernière pluie. Ma nature instinctive, et sans doute le fait d’avoir rencontré des centaines de personnes tout au long de mon existence d’entrepreneur puis de vagabond du monde, tout cela me conférait une certaine expertise sur la « matière humaine ». Je percevais immédiatement l’attrait ou le désintérêt que pouvait éprouver tout interlocuteur, son empathie innée ou fabriquée, ainsi que la curiosité naturelle ou feinte que pouvait avoir la personne avec laquelle je m’entretenais. Nul doute, à cet instant précis de la soirée que le coup de cœur était mutuel et que la vie nous proposais autre chose qu’une simple et brève rencontre.

Le monde n’existait plus et nous ne nous aperçûmes pas que la plupart des gens de la terrasse avaient disparus. Le restaurant allait fermer et nous n’étions visiblement pas au bout de notre conversation, contrairement à la bouteille de vin qui s’était évaporée depuis belle lurette.

Dans l’après-midi, j’avais réservé une tente comme on en trouve souvent en Afrique dans certains Lodges en pleine nature. De gros orages étaient prévus et je pressentais mal la nuit sous ma tente, sur le toit du 4×4, en plein déluge, d’autant qu’elle avait besoin de quelques réparations d’étanchéité.

Profitant d’avoir une maison de toile plus confortable que d’ordinaire, je proposai à Dorothy que nous poursuivions notre charmante conversation sur la petite terrasse en bois devant ma tente, avec une seconde bouteille de blanc, en attendant les éclairs que la météo nous avait promis. Elle accepta et nous nous éclipsâmes bras-dessus, bras-dessous avec un saut de glace, pour nous mettre à l’abri d’une nuit sûrement pluvieuse, sous le parapluie de nos confidences débridées.

Nous passâmes finalement la nuit ensemble, tendrement, enlacés l’un à l’autre, voire recroquevillés sous un ciel électrisé, dans le bruyant courroux des dieux qui grondaient à l’étage supérieur, sans que nous parvenions à savoir si nous avions leur bénédiction, pour cette union d’un soir dont ils avaient été finalement les instigateurs, deux mois auparavant.

 

Dorothy était née à Rehoboth, une ville dans laquelle je m’étais arrêté pour faire le plein du Land Rover, quand nous remontions avec Véronique vers la capitale. Je me rappelle lui avoir demandé ce jour-là si elle n’était pas frappée par quelque chose, alors que nous arpentions cette ville à la recherche d’un lieu pour déjeuner. Devant sa mine interrogatrice, je lui fis remarquer qu’aucun des habitants que nous croisions n’était noir ou blanc. Ils semblaient tous métis, la peau café au lait, les yeux très clairs, les traits empreints d’une beauté certaine. L’homogénéité esthétique des gens de Rehoboth était évidente à mesure que l’on parcourait cette bourgade située à une centaine de kilomètres, à peine, au sud de Windhoek. Cela demeura un mystère jusqu’à ma rencontre avec Dorothy, qui me permit de mieux comprendre les arcanes du peuplement d’une grande partie de l’Afrique australe. En voyage, interroger les gens que l’on rencontre, surtout lorsqu’on a la chance de parler leur langue, est souvent passionnant et déroule des aventures humaines qui mêlent la grande histoire et la géographie d’un pays, une autre manière de l’arpenter, en changeant d’espace-temps.

Dorothy – son prénom de naissance était en réalité Delina – est l’une des filles d’une fratrie de quatre enfants, son frère Herold, et ses deux sœurs, Nadia et Valencia, tous issus de l’union durable de Jacobus, mineur de profession et de Rosy, femme au foyer. Je souligne ce fait presque incongru en Afrique car j’ai rencontré tellement de gens qui me relataient une histoire bien différente, nés d’une relation sans lendemain, le géniteur disparaissant rapidement dans la nature, sans pension ni regrets, pour aller procréer ailleurs, sans vergogne, et recommencer parfois plusieurs fois.

Lorsque je demandais à Dorothy de me raconter son histoire et ses origines, elle m’expliqua qu’elle était une Baster, en quelque sorte une Coloured.

Sans doute convient-il ici de faire un peu d’histoire sur la démographie de cette corne de l’Afrique pour mieux comprendre qu’en ces jeunes démocraties, où l’indépendance fut acquise durant la seconde partie du 20 de siècle (voire seulement en 1990 pour la Namibie), les choses sont toujours plus complexes et à vif que dans un monde idéal, où les faits seraient noirs ou blancs, bien ou mal, comme notre vision occidentale, si souvent manichéenne, aimerait décrypter le monde.

Les Coloured sont un groupe ethnique datant du 18ème siècle, né de l’union entre des hommes blancs d’origine européenne et des femmes noires africaines, dans certains cas des esclaves de la colonie hollandaise du Cap. On imagine dans quelles conditions souvent dramatiques et peu consenties ces unions eurent lieu. Au 19ème siècle de nombreux Coloured immigrèrent vers le nord et s’installèrent en Namibie. Ils parlent tous Afrikkan, et ils perpétuent les fortes traditions de leur lointains géniteurs quant aux valeurs familiales et religieuses les plus strictes.

Les Basters, l’ethnie de Dorothy, sont les Coloured qui se sont installés et regroupés spécifiquement dans la ville de Rehoboth. Cette appellation est dérivée du néerlandais baastar, signifiant littéralement bâtard. Bien que péjorative, les habitants de Rehoboth se sont réapproprié cette dénomination pour en faire une distinction ethnique et revendiquer avec une certaine fierté leurs spécificités culturelles et historiques. Les Basters sont de confession Calviniste et leurs chants religieux sont quasiment identiques aux hymnes néerlandais du 17ème siècle. Il est toujours étonnant, alors que les drames et les hontes de l’histoire auraient pu conduire une ethnie, qui a tant souffert, à renier ses racines et à répudier ses heures les plus sombres, de voir les descendants perpétuer et défendre, au contraire avec force, des valeurs culturelles et un sentiment d’appartenance, qui sont la plus part du temps effacés par la modernité et une amnésie coupable dans les pays occidentaux d’origine.

Tous les ancêtres de Dorothy, aussi loin qu’elle fut capable de remonter dans son arbre généalogique, étaient des Basters et avaient vécu à Rehoboth.

Dorothy avait quitté l’école peu avant ses 17 ans. Deux ans plus tard, naquit une petite Meloney, fruit d’un tendre dérapage avec un ami d’enfance, qui n’eut guère de lendemain. A 21 ans, sous la pression familiale, elle se maria à Rudy, une autre connaissance de Rehoboth, qu’elle connaissait depuis l’âge de 10 ans, “un garçon très convenable” selon ses parents, qui virent en ce jeune homme, le gendre idéal. Rudy avait compris que pour reporter les suffrages, il valait mieux courtiser les futurs beaux-parents, qu’essayer d’emporter le cœur de la belle, visiblement indifférente à ses assauts. Le mariage fut organisé par les parents. Dorothy n’eut même pas le choix de sa robe de mariée, qu’elle abhorra dès la première minute. Elle me dit avoir assisté à ses noces avec une certaine indifférence, comme si elle n’était pas directement concernée, avec le même sentiment que l’on éprouve quand des amis nous montrent le film d’un mariage de gens qu’on ne connait pas. On trouve cela joli, parfois touchant, mais au bout du compte parfaitement ennuyeux. Surtout lorsque, comme moi, on a divorcé deux fois, et que l’on est persuadé que bien des mariages conduisent au naufrage de l’Amour, par lassitude, manque de créativité, lâcheté ou par le poids des habitudes qui affadissent la relation et transforment l’autre en une sorte de meuble, en notre possession et en avantage acquis. Coluche résumait parfaitement ma pensée en soulignant « qu’il y a des gens qui ne sont séparés que par le mariage ». Mais je m’égards.

A 21 ans, elle endosse le rôle de femme au foyer, d’épouse parfaite. L’année suivante, naît un petit Rolf, dont elle s’occupera en mère modèle. Puis, huit ans plus tard, un petit Ronaldo, prénommé ainsi car Rudy est fan du joueur de football. Rudy est très amoureux de sa femme, comme il l’a toujours été depuis l’école primaire. Ayant épousé celle dont il rêvait, il se consacre au travail, avec assiduité et un certain succès. Il grimpe les échelons dans la hiérarchie de l’entreprise minière qui l’emploie. Il ne s’occupe guère de sa femme, puisqu’il l’aime et que cela doit suffire. Il contribue du matin jusqu’au soir, sans imagination mais consciencieusement, au besoin du foyer et à l’éducation de ses deux garçons, ainsi que de Meloney, qu’il a reconnu comme sa fille.

Dorothy occupe le rôle de femme modèle, se levant avant tout le monde, préparant le petit-déjeuner de Rudy qui part tôt au travail, puis de ses enfants qui doivent aller à l’école à huit heures. Ensuite, c’était au tour de la maison qu’il faut remettre en ordre. En milieu de matinée aller faire quelques courses en prévision du déjeuner. Les enfants rentrent chaque jour vers 12h15 et Rudy se joint souvent à eux, même s’il a moins de temps, car il doit filer pour reprendre le travail qui n’attend pas. Le foyer de Dorothy est impeccablement propre et bien rangé. C’est une femme d’ordre, une femme parfaite, la femme de Rudy. Elle règne en maîtresse de maison sur cette vie bien réglée.

Cela dura pendant vingt-deux ans, sans que rien ne change dans le scénario quotidien. Ils vivaient à Swakopmund, une ancienne colonie allemande de quarante mille habitants, située sur la côte occidentale de la Namibie. C’est une des villes les plus blanches d’Afrique australe. On n’y croise quasiment que des blancs, une majorité de vieux retraités, et on y parle presque exclusivement allemand ou afrikaans, raison pour laquelle Dorothy parle un anglais un peu sommaire. Rudy fut un mari aimant, gentil, très travailleur, peu communicatif, un homme bien, le mari parfait aux yeux de l’extérieur, me dira Dorothy, même si leurs relations de couple finirent par s’espacer rapidement, pour devenir épisodiques. Le sexe n’était visiblement pas la grande affaire de Rudy et comme souvent en Afrique ou en Amérique Latine, sans doute pour des raisons liées à l’éducation patriarcale et à la religion, la femme n’est là que pour satisfaire les besoins physiques de son mari. Le plaisir de la femme requiert de l’imagination, de l’empathie et une certaine curiosité, trois qualités dont semblait dépourvu Rudy. Mais « c’était un bon mari », conclura Dorothy avec une pointe de mélancolie, comme pour l’absoudre.

Je demandai à Dorothy si elle avait eu d’autres activités, quelques passions qui seraient venues égayer cette vie monotone de femme au foyer, ou si elle avait eu des amies, extérieures au couple modèle, à l’image de la famille parfaite qu’ils avaient façonnée. Elle réfléchit un long moment, revoyant vraisemblablement le film en accéléré de ces vingt-deux longues années. « J’aimais bien agencer les fleurs, composer des bouquets », fut sa seule réponse. Je lui parlais de l’Ikebana et de cette activité qui était devenue un art dans la culture nippone. Elle n’en avait jamais entendu parler et me demanda comment cela s’écrivait, et en quoi cela consistait.

Lorsqu’au cours de notre conversation, je lui demandai comment elle jugeait, avec le recul, ces deux décennies de mariage, elle hésita, chercha ses mots. Des larmes lui montèrent aux yeux et elle me répondit : 

–       « Rien. Ennuyeux. La même chose, tous les jours. »

Je lui pris la main, comme pour m’excuser de lui avoir poser cette question, pour effacer mon indélicatesse. J’éprouvai à cet instant une immense tendresse à l’égard de cette femme-enfant si touchante, qui n’avait pas vu défiler plus de vingt ans de sa vie, 22 années sans jamais se poser la moindre question, ni remettre rien en cause.

J’aurais sans doute dû m’arrêter là, mais je voulais comprendre. Je lui demandai un peu plus tard, si elle avait été heureuse, s’il y avait de l’amour, du moins pendant quelques années.

–       « Je n’ai jamais été amoureuse de Rudy. Ni de qui que ce soit, je crois. Même avant. Même après. »

Elle me regarda d’un air gêné. « Quelle perte de temps ! ». Puis, elle ajouta « Mais je n’ai jamais trompé Rudy. Dès la première année de mariage, je savais que je commettais une erreur. Mais je suis restée. Dans notre communauté, quand on est marié, on ne quitte pas. Et puis Rolf venait de naître, et Rudy était un bon père pour Meloney… »

C’est ainsi que Dorothy, qui n’avait jamais connu l’amour, demeura au sein d’un couple, puis d’une famille, par poids de la tradition, de l’apparence qu’impose souvent la société, et par habitude. La religion n’étant sans doute pas non plus exempte de responsabilité.

Au bout de deux jours, j’expliquai à Dorothy que j’envisageai de repartir pour aller découvrir le sud du pays, ce que je n’avais pas eu le temps de faire, car j’avais dû déposer mon amie Véronique à l’aéroport, après notre long périple de plus d’un mois.  Je lui demandai si elle connaissais la Namibie et si elle avait des endroits à me conseiller. En réalité, elle ne connaissait que la région de Swakopmund et plus récemment Windhoek, où elle venait de s’installer. Elle était désormais célibataire et avait divorcé de Rudy quatre années auparavant. Celui-ci avait refait sa vie avec une jeune femme, Lizel, une collègue de travail qui travaillait dans l’industrie minière. Rudy avait entamé cette relation adultère dans les dernières années de leur mariage. Mais malgré la séparation et le prétexte de cette tromperie qui avait agi comme élément déclencheur, ils étaient restés en relativement bons termes. Dorothy avait demandé le divorce, sans rien demander en échange, malgré leur longue vie commune, les enfants et ce qu’elle aurait légitimement pu obtenir avec un avocat. N’ayant pas d’activité et aucune source de revenus, elle vivait depuis quelques mois à Windhoek, dans un appartement qu’elle partageait avec ses deux fils, une propriété qui était au nom de son ex-mari. Celui-ci lui versait un peu d’argent, de manière sporadique, pour qu’elle subvienne à ses besoins, qui étaient maigres par la force des choses.

Dorothy était désormais une femme libre mais malheureusement pas encore autonome. Mais est-ce vraiment la liberté, quand on est redevable de certaines dettes, quand on est sous perfusion financière et peu maître de ses choix de vie ? Le cas de Dorothy est loin d’être unique, mais il est pour le moins original car courageux. J’ai rencontré dans mes périples, sur tous les continents, de nombreuses femmes abandonnées par leurs époux ou le géniteur de leur enfants, cherchant désespérément à retrouver leur autonomie financière et un sens à leur vie. D’autres, sans doute plus nombreuses encore, qui demeurent au sein d’un couple à problème ou d’une union vidée de toute substance amoureuse, sans plus aucune perspective d’avenir, par couardise, crainte ou intérêt.

Il faut un immense courage pour oser conquérir sa liberté et s’extraire d’un cocon rassurant. Courage que Dorothy avait su démontrer, prétextant cette liaison extra conjugale de Rudy pour entamer la séparation, alors que la véritable raison de sa décision fut qu’elle était excédée par les monceaux d’ennuis qui encombraient sa vie et qui la rendaient triste. Il faut un immense courage pour sauter ainsi dans le vide de l’inconnu, sans savoir de quoi demain sera fait. Je lui dis toute l’admiration que je lui portait pour cela et combien cette vaillance était méritable. Visiblement, j’étais le premier à le lui dire et à avoir une petite voix dissonante, dans le concert des mises en garde, des jugements à l’emporte-pièce et des condamnations qu’elle avaient dû affronter depuis sa demande de divorce. Aux yeux du monde, tout cela n’était pas raisonnable, bien entendu.

Les quelques jours que nous passâmes ensemble à Windhoek, et les nuits nichés sous la tente de mon Land Rover, ponctuées de moments tendres et torrides, nous rapprochèrent encore davantage. J’étais sincèrement ému par cette jolie femme qui était passée à côté de sa vie, touché par sa beauté, sa naïveté parfois enfantine, ses éclats de rire si spontanée, puis sa pudeur naturelle qui l’obligeait à sa cacher le visage dans ses mains. Il y avait un tel besoin d’amour, un immense besoin de réassurance, un appétit de vie qui vibrait comme un volcan sur le point d’exploser mais que des siècles de sédimentation avait rendu inerte. Visiblement, Dorothy n’était jamais tombé sur un drôle d’oiseau comme moi, de l’espèce des grands migrateurs, tellement épris de liberté, avec un tel optimisme et une foi en l’avenir, que je finissais par contaminer puis inspirer mon entourage.

Je sentis très vite que le problème principal de Dorothy était un énorme manque de confiance en elle. Jamais de sa vie, quelqu’un ne lui avait dit qu’elle était belle et qu’elle était aussi intelligente. J’avoue que j’en pinçais un peu pour elle, et nos nuits flamboyantes sous la tente n’étaient pas étrangères à ce coup de cœur, qui ponctuait des mois de solitude. Mais ce n’était pas la raison principale. Je sentais tout le potentiel et le désir de vivre que ce petit bout de femme, attendrissante en diable, recelait. Je n’eût guère à me forcer pour l’inviter un matin, alors qu’elle revenait de la douche, à m’accompagner dans la suite de mon périple vers le sud namibien. La serviette de bain qu’elle avait sur la tête se dénoua comme par magie et tomba sur le sol. Elle parut complètement désarçonnée et hésita entre éclater en sanglots ou de rire. Elle se jeta à mon cou et nous nous embrassâmes longuement, en nous enroulant sur le lit, à demi nus. Quand nous reprîmes nos esprits, elle pleurait de joie.

  • Cela veut dire que tu acceptes de venir avec moi ? ai-je demandé, alors que son corps et ses yeux avaient déjà devancé ma question.

Je crois n’avoir jamais observé, de ma vie, un pareil acquiescement sur le visage d’un être humain. Ses lèvres joliment peintes, son regard enflammé, son petit nez serré, ses paupières dansantes, la mèche rebelle de ses cheveux en travers de la bouche et son oscillation gracieuse du menton, tout s’accordait pour me supplier de l’emmener loin de cette vie qui l’enlisait, ne serait-ce que pour deux petites semaines au cœur de ce pays inconnu qui était le sien.

 

Le lendemain, en fin de matinée, je passai prendre Dorothy chez elle, qui m’attendait sur le pas de sa porte, avec un petit sac de voyage, vêtue d’une robe légère qui mettait en valeur son indiscutable féminité, et un sourire aussi joyeux que le ciel bleu qui n’allait plus nous quitter durant ces deux semaines de voyage. Nous prîmes la direction du Sud et notre première halte fut naturellement Rehoboth, où nous nous arrêtâmes pour déjeuner au bord d’un lac, suivi d’un tour en ville pour que Dorothy se replonge dans l’atmosphère de sa jeunesse, un crochet par la maison où elle était née, puis une halte pour voir la maison de ses grands-parents à Schlip, à une centaine de kilomètres de Rehoboth, en pleine région Baster. De là nous bifurquâmes vers la minuscule ville de Solitaire, que j’avais adorée. Halte, Ô combien symbolique pour le voyageur solitaire, désormais magnifiquement accompagné que j’étais. Les jours suivants, nous continuâmes plein sud, traversant les plaines désertiques de la région du Hardap, bouleversantes de beauté et de solitude, le parfait écrin pour profiter de notre voyage loin des villes et des cheptels d’humains. Nous longeâmes le désert du Namib, sans aucun doute la plus belle partie de la Namibie, passâmes par la petite ville de Aus où nous refîmes le plein de carburant. J’en profitais pour acheter un gros cahier et quelques stylos que j’offris à Dorothy, en guise de journal de bord, en lui recommandant d’écrire chaque jour toutes ses pensées, les détails de notre périple et tout ce qui lui passerait par la tête.

Nous prîmes ensuite la direction de l’Ouest pour rejoindre la petite ville de Lüderitz, sur la côte occidentale, où nous bivouaquâmes quelques jours. La visite de la ville fantôme de Kolmanskop, ancien joyau de l’industrie diamantaire, fut un incroyable coup de cœur, qui m’inspirera une prochaine chronique, évoquant ces lieux, jadis opulents où les rêves de richesse et de gloire qui enflammèrent les colons, finirent par s’ensabler et disparaître, sous les assauts du vent et du temps. L’histoire nous enseigne que ces deux alliés finissent toujours par balayer toutes nos prétentions et nos vains désirs d’immortalité. A Kolmanskop, plus que nulle part ailleurs, la cette conclusion est manifeste.

Quelques jours plus tard, nous nous retrouvâmes à Oranjemund, la ville la plus au sud de la Namibie. C’est là que vivaient Meloney, la fille ainée de Dorothy, ainsi que Rudy et sa nouvelle femme. Je fis leur connaissance lors d’un déjeuner sympathique et laissais Dorothy durant deux nuits, afin qu’elle profite de sa famille, notamment de sa petite fille prénommée Shemelle. J’avais besoin de retrouver un peu ma solitude et de consacrer ce temps en tête-à-tête avec moi-même pour écrire et réfléchir. Quelques jours plus tard, d’importantes intempéries, nous obligèrent à faire un long détour et à remonter vers le nord afin de rejoindre la petite bourgade de Ais-Ais, connue pour ses sources d’eau chaude à 65 degrés, et où la température de l’air flirtait avec les 43 degrés. J’aurais aimé coupé directement par le Richtersveld National Park et ses paysages montagneux, mais les pistes étaient fermées, bloquées par des inondations diluviennes. Les hauts massifs qui dentelaient l’horizon étaient d’une beauté invraisemblable et dégageaient une énergie impossible à faire entrer dans un smartphone. Des années de voyage dans des endroits insensés m’ont appris que le majestueux et le divin ne se compressent pas en quelques pixels, même avec toute la bonne volonté du monde, pour restituer la poésie qu’ils dégagent.

Dorothy se révéla particulièrement consciencieuse, profitant de chaque jour pour dévorer le livre que je lui avait offert, Cross Roads, dont elle me disait puiser pleins d’enseignements, et pour noircir consciencieusement les pages de son journal intime. Elle faisait preuve d’un enthousiasme particulièrement touchant et je voyais de jour en jour fleurir l’amour qu’elle me portait. Tout en étant parfaitement conscient que cette escapade était un magnifique cadeau que je lui offrais, sa joie étant si palpable, son désir si sincère et si tendrement exprimé, je ne savais pas comment lui exprimer ma gratitude, car en réalité, c’est elle qui m’offrait un très beau présent, j’avais l’impression de voyager aux côtés d’un ange à qui on aurait refusé trop longtemps la compagnie des hommes. Selon les termes d’un accord tacite, dont nous n’avions guère connaissance, elle jouait le rôle magnifique de l’ange, et moi, celui de l’humble gardien. Dorothy était un ange en pleine renaissance, et moi le gardien inspirant, bien qu’éphémère, de sa résurrection.

Le reste du voyage consista à remonter, par petites étapes, vers Windhoek, où Dorothy allait de nouveau endosser sa vie solitaire, après cette parenthèse enchantée. J’avais quant à moi prévu de rester une petite semaine afin de terminer mes travaux d’écriture. J’avais décidé de repartir ensuite vers le sud et d’essayer d’entrer en Afrique du Sud, au niveau du poste frontière de Vioolsdrif, à l’extrême sud de la Namibie, sans attendre la fin de mon bannissement d’un an, avec le secret espoir que les Sud-africains soient mal informatisés ou que cette mesure de bannissement ne soit finalement qu’un bluff psychologique. Ne pouvant supporter cette décision absurde qui m’apparaissait une véritable injustice, il me fallait à tout prix tenter le coup.

Nous restâmes ensemble quelques jours supplémentaires, au Campsite de Windhoek où j’avais fini par avoir mes habitudes, privilège d’une vie nomade, où le vagabond pose enfin ses bagages dans un coin de verdure accueillante, pour laisser le temps à l’écrivain, avec lequel il voyage inséparablement, de faire son œuvre.

Le dernier soir, nous n’allâmes pas au restaurant très animé du Campsite. Nous avions envie de préserver notre solitude complice, de savourer nos derniers moments ensemble. Nous dinâmes sous l’auvent qui abritait une grande table, en prolongement de notre emplacement, à deux pas du 4×4. Huit bougies à la flamme dansante dans la brise du soir nous servaient d’unique éclairage. De la pluie était prévue mais le Dieux semblaient patienter un peu, à l’écoute de nos dernières confidences et désireux d’entendre les conclusions qui devaient ponctuer inexorablement ces trois semaines de relation entre Dorothy et moi.

Nous parlâmes beaucoup ce soir-là, jusque tard dans la nuit, comme pour arrêter le temps, pour oublier l’inéluctable séparation qui pointerait son nez au petit matin, ce moment où chacun reprendrait sa route, où nos voies respectives divergeraient après que nos chemins se sont entrecroisés, par le fruit d’un heureux hasard ou par un nœud inattendu et surprenant que le destin réserve parfois aux êtres humains, quand il entremêle si merveilleusement les lignes de leurs vies.

Je demandai à Dorothy ce qu’elle avait appris de notre rencontre, de notre relation intense et sincère, du regard qu’elle portait désormais sur son passé et sur elle-même. Il faut dire que nous en avions souvent parlé et je n’avais pas toujours été tendre ni conciliant, sans doute parfois un peu maladroit, la poussant dans ses retranchements et essayant de l’ouvrir à autre chose que la petite vie qu’elle avait connue. Je ne parvenais pas à comprendre, ou plutôt à accepter que l’on puisse passer tant d’années à côté de sa vie, pour de mauvaises raisons, d’autant que je savais Dorothy particulièrement sensible, capable d’évoluer et de révéler le meilleur d’elle-même. Je comprenais bien que jamais personne ne l’avait poussée ou encouragée à devenir elle-même, à explorer ses possibilités, à être une femme libre et épanouie, et pas cantonnée à une existence de ménagère, dans l’ombre d’un homme qu’elle n’avait jamais aimé. Cela me révoltait parfois et je devais être trop brusque dans mes remarques.  Elle m’avoua que plus elle comprenait l’immense gâchis que fut sa vie, jusqu’à présent, plus elle nous en voulait. A elle-même, en premier lieu, pour n’avoir pas su réagir avant, pour s’être endormi si longtemps et avoir cru que c’était cela l’existence, qu’elle ne méritait qu’un second rôle et qu’au regard de ce qu’elle connaissait, c’était déjà formidable d’avoir un mari, une famille, un toit sur la tête et un certain confort de vie. Elle m’en voulait aussi car j’avais projeté de la lumière sur son passé et qu’il est souvent préférable de demeurer dans une pénombre rassurante, que de voir, sous un jour nouveau, la crue vérité des faits. Mais elle m’avoua m’en vouloir surtout parce que je lui avais fait découvrir l’amour, et que l’objet de cet amour allait disparaître aussi soudainement qu’il était apparu, qui plus est, à l’autre bout du monde, sans espoir d’une suite.

 

Ce soir-là, tout finit par se confondre dans notre discussion. Le rêve qui prenait fin si précocement, les leçons de vie que Dorothy avait apprises et patiemment annotées, au fil des jours et des kilomètres, dans son journal intime, l’envol du sentiment amoureux dont elle prenait conscience, qu’elle éprouvait au plus profond d’elle-même, avec le constat d’une certaine injustice, comme un pied- de-nez cynique de l’existence. Alors qu’elle n’avait jamais vraiment aimé un homme, c’est précisément au moment où elle découvrait cette émotion bouleversante, qu’on lui coupait les ailes. L’amour lui était refusé et elle n’en connaîtrait que le déchirement.

Le vin aidant, Dorothy se fit spontanément plus bavarde et mes questions moins nombreuses, car elle y répondait avant même que je les pose. Je trouvais important cette discussion, car si ces trois semaines devaient avoir servi à quelque chose, c’était bien pour lui faire prendre conscience de certaines choses, pour la libérer et l’encourager à devenir véritablement elle-même. Sinon, tout cela aurait du bon temps, mais aurait été vain et je n’aurais jamais dû ramasser cette foutue page qui volait au vent dans le parc de Chobe.

  • « J’ai passé l’essentiel de ma vie à avoir des œillères, à ne pas voir le monde tel qu’il est, à ne rien comprendre. » fut une des phrases de Dorothy alors que j’ouvrais notre seconde bouteille de vin blanc.

Elle enchaîna, tandis que je notais ses propres mots pour ne rien oublier : « J’ai passé l’essentiel de ma vie à ressasser le passé, mes soucis, mes peurs, mes problèmes, et à me tracasser. J’ai passé toutes ces années dans mon imagination et tu viens en quelques semaines de me révéler la beauté du monde et du présent. On ne m’avait jamais appris à regarder un paysage, à écouter une musique. »

A cet instant précis, je compris ce à quoi elle faisait référence. Alors que nous traversions la région du Karas, au sud de la Namibie, sur une piste traversant des paysages enivrants de splendeur, je lui avais mis le thème principal du film Out of Africa, sur la radio du Land en lui disant « Regarde ces incroyables paysages… Et maintenant ferme tes yeux, imagine et profite, c’est ton pays ! ».

Évidemment, rouler sur les pistes sablonneuses qui serpentent au cœur de ce pays fabuleux fut aussi pour moi, à bord d’un iconique Land Rover, une émotion inouïe. Mais la partager avec une femme pour laquelle j’éprouvais une attirance certaine, qui avait tout à découvrir, à réapprendre de la vie, fut un moment absolument magique.

Dorothy poursuivit le résumé de ce qu’elle avait compris, en à peine trois petite semaines, alors que tant d’êtres humains, aveuglés par ce qu’ils rêvent de devenir, ou dépourvus de toute spiritualité ou intelligence émotionnelle, passent à côté des leçons que leur réserve leur vie, tête baissée et emplis d’ineptes certitudes. Je l’admirais pour une telle clairvoyance et lui en fit part.

Après avoir rempli de nouveau nos verres avec la seconde bouteille de blanc, nous trinquâmes de nouveau à ces trois petites semaines passées ensemble et à cette improbable rencontre. A la question que je ne manquai pas de lui poser sur la leçon qu’elle avait retenue de nos discussions et de toutes ses réflexions, telle fut en substance sa réponse :

  • « J’ai compris que j’étais la personne la plus importante au monde. J’ai aussi compris que ce que j’attends des gens, n’est pas forcément ce qu’ils attendent de moi. Je dois apprendre à ne pas à tout accepter pour recevoir de l’amour ou ni à être prête à tout, pour que l’on m’aime. Il faut que j’apprenne à développer un égoïsme positif, comme nous en avons parlé ensemble à plusieurs reprises. »

J’allais rebondir, pensant qu’elle avait terminé, mais elle me fit un signe et prit une longue gorgée de vin, comme pour se donner du courage et enchaîna :

  • « Je ne te remercierai jamais assez pour ces jours vraiment magiques, même si parfois je n’aimais pas ce que tu me disais. Tu me bousculais et c’était comme si tu m’enfermais dans le coin d’un ring de boxe et me poussais dans mes retranchements, me bombardant de questions et de remarques sur ma vie passée. Je n’aimais pas ça ! Parfois, je m’endormais en t’en voulant. Il m’est arrivé plusieurs fois d’éprouver de la colère, mais le lendemain tout était effacé et je comprenais. »

Je me retenais de répondre et voulais la laisser terminer ces confessions.

  • « Tu me demandais tout à l’heure ce que j’avais découvert durant ces jours passés à tes côtés. »

Elle tira une lente bouffée sur la cigarette qu’elle venait de rouler et d’allumer.

  • « J’ai trouvé trois choses. J’ai rencontré Dieu. J’ai trouvé l’Amour et je me suis retrouvée. J’ai commencé à m’aimer. Et puis j’ai appris avec toi que l’on peut oser, que je dois oser… »

Sincèrement ému par ses réponses, je fis le tour de la table et la pris longuement dans mes bras, en lui déposant un baiser appuyé dans le cou puis sur le front. Je n’en revenais pas de ses réponses qui en disaient long sur les qualités humaines de Dorothy et sa volonté d’apprendre rapidement, de travailler sur elle-même et de progresser, pour son bien, en arrêtant enfin de s’oublier et de se sacrifier pour les autres.

Cherchant à lui poser des questions qui la fassent réfléchir et qui la mettent sur la piste, « de la meilleure version d’elle-même », comme dit souvent l’une de mes meilleures amies, je lui posais cette dernière question :

  • « Imagine que tu rencontres Dieu et qu’il te renvoie dix ans en arrière, à l’âge de trente-huit ans… Que ferais-tu différemment ? »

Après une lampée de sauvignon blanc et quelques secondes de réflexion, elle me dit ceci :

  • « J’ai fait de mon mieux et je ne regrette finalement rien, car j’ai fait tellement de choses pour tellement de gens…

Mais j’aurais divorcé bien avant, car je n’aurais pas dû me marier. Et puis j’aurais ouvert mon commerce de fleurs… »

Il est vraie que cette histoire avait quelque chose de tragique mais de tellement magnifique à la fois.

Peu de temps après, nous soufflâmes sur les bougies et montâmes la bouteille de vin sous la tente. La nuit fut longue de tendresse et courte de sommeil. Il ne plut finalement pas.

Le lendemain, nous rangeâmes le 4×4 et repliâmes la tente sur le toit du Land Rover, ce qui constituait toujours une routine un peu pénible. Vers dix heures, je déposais Dorothy devant chez elle et nous nous quittâmes avec beaucoup de pudeur et sans effusion. Nous nous étions dit l’essentiel la veille au soir, nous connaissions depuis le début la règle du jeu et j’étais heureux de la femme qu’elle allait sans nul doute devenir.

Nous devions nous rencontrer, même si la perspective d’une histoire plus durable était une illusion. Une fois encore, j’avais été clair dès le début sur la nature de ma vie d’écrivain-voyageur. Bien sûr, comme cela m’était déjà arrivé, j’avais éprouvé une réelle attraction pour cette femme profondément attachante, mais nous étions si différents par nos cultures, nos histoires, nos projets de vie respectifs et nos chemins spirituels si éloignés. Nous Nous étions rencontrés comme par magie et nous étions retrouvés sur l’essentiel. Il nous fallait désormais mettre un terme à une belle relation qui nous avait pris tous les deux par surprise, et apprendre que le plus beau qui nous restait à vivre était l’amitié, alors qu’il aurait été si facile d’opter pour l’oubli que favorise aisément l’éloignement et le silence. Il n’en était, en ce qui me concerne, pas question. Nous serions désormais magnifiquement amis !

J’ai l’habitude, pour conclure mes chroniques, de passer la main à un poète ou un écrivain, qui ponctue, par une citation, mes propos ou l’expérience que j’essaie de transmettre. 

Mais peu de temps après avoir commencé à écrire ces lignes, je suis tombé sur une chanson de Calvin Russel, intitulée Cross Roads. Ce sera donc lui, avec sa voix éraillée de crooner ayant vécu plusieurs vies, qui donnera un sens symbolique à tout cela, car comme pour toute fable, il faut bien finir par une morale. Voici la traduction française de ses paroles, que je vous invite à découvrir en chanson.

 

Je suis à la croisée des chemins

Il y a tant de routes à emprunter

Mais je me tiens ici, si silencieusement

Par peur d’une erreur

Un chemin mène au paradis

Un chemin mène à la douleur

Un chemin mène à la liberté

Mais ils se ressemblent tous

J’ai parcouru tant de routes

Et toutes n’étaient pas bonnes

Les chemins déraisonnables m’ont enseigné davantage de choses

Que les chemins les plus sages n’ont su le faire

 

Un chemin mène au sacrifice

Un chemin mène à la honte

Un chemin mène à la liberté

Mais ils se ressemblent tous

Il y eut des routes que je n’ai jamais empruntées

Il y eut des virages que je n’ai pas su négocier

Il y eut des mystères que je n’ai pas élucidés.

Mais te quitter fut ma seule erreur

 

Alors je me tiens à la croisée des chemins

Emprisonné par ce doute

Comme si, en ne faisant rien,

Je pouvais trouver l’issue

 

Un chemin mène au paradis

Un chemin mène à la douleur

Un chemin mène à la liberté

Mais ils se ressemblent tous

 

                                                        Calvin Russel – Crossroads

 

 Pour découvrir la chanson Crossroads de Calvin Russel : https://www.youtube.com/watch?v=xLUMmp0tLJA

 

 

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

14 commentaires sur « La croisée des chemins »

  1. Quelle belle rencontre romantique sur ce continent qui éveille les sens et nous plonge dans notre Être pour une découverte sans fin nous apprenant que TOUT EST POSSIBLE💛🌍💛🌍Merci l’Afrique et GRATITUDE pour ce merveilleux texte💛🌍💖🌎❤🌏💙🌀🌟🌟🌟🌟

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    1. Merci Hugues pour avoir pris le temps de lire cette longue chronique. C’est devenu si rare que cela doit être souligné. Mais j’écris finalement pour des gens comme vous, qui accorde toute sa place au temps et qui sait l’arrêter si cela en vaut la peine… Et mille merci pour la référence à la route de Madison, qui a tué toute possibilité de refaire un film sur une histoire d’amour, tant le chef d’œuvre de Clint Eastwood est une référence absolue du genre. Mais je vois parfaitement les raisons qui vous font penser et oser un tel rapprochement:-)) Merci!

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      1. C’est moi qui vous remercie pour ce blog que j’ai découvert récemment
        J’en lis une page chaque jour et je vais aussi remonter petit à petit dans le temps de votre parcours
        Quand j’avais 20 ans, je voyageais pas mal et aimais me promener hors des sentiers touristiques et faire des rencontres au gré des hasards, donc je me régale à la lecture de vos pages
        J’ai aussi apprécié la phrase de Mark Twain sur le pardon, je l’ai mémorisée

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  2. En fait, notre ami en commun, c’est Christophe Agnus (je fois que vous en avez parlé dans un précédent article)
    Ps : si besoin, je connais un peu le Brésil : ma femme est brésilienne

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  3. Magnifique chronique mon Fredo, Magnifique « Nouvelle » devrais-je dire, qui nous tient en haleine. C’est très intéressant que tu passes du récit d’aventure, de ces rencontres trépidantes qui résonnent en nous, avec ton quotidien et le rappel des obligations liées à ces sauts dans l’inconnu du monde. Ton texte est souvent poétique, drôle, les émotions vraies. Je viens de le lire face à la mer, à Spetses, sous le soleil brûlant de la Grèce, avant d’aller faire quelques brasses. Je t’embrasse mon ami 🙂 !!!!Ton oliv Envoyé de mon Galaxy S10 Orange

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    1. Merci mon Olive. Ça me touche car je sais que tu aimes les mots et que tu décortiques les textes avec le même talent que de somptueuses langoustines, égarées à l’arrière d’une cuisine, qui ne vont tarder à parfumer une sauce dont tu as le secret, et chanter les louanges de la rivière m. Tu me manques mon ami 😉 Bonne baignade en Méditerranée…

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  4. Quelle échappée belle!
    Quel beau cadeau de la vie pour vous deux!
    Pour sûr ce n’était pas un hasard! 😉
    Il y a beaucoup d’espoir à la clef pour votre amie qui s’est réveillée🙏
    Bons voyages à vous deux 🌠🌅☀️

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  5. Ma Pie, bourreau des cœurs !!! Quel beau scénario ❣️Je n’ai pas pu m’arrêter de te lire… et me suis dit que la pensée magique était décidément parfois bien heureusement et joliment source de bienfaits 😁. Je t’embrasse.

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  6. Mon Dieu, dire que j’ai failli passer côté de cette merveille ! En vacances à Ibiza chez Laurence et Erik, entourée de mes petits-enfants e t arrières petits-enfants, je n’ai pas ouvert ta chronique et aujourd’hui en fais ant du ménage dans mes mails je tombe sur ce récit grâce auquel je viens de passer 1 heure de rêve. Passionnant, émouvant et cette qualité d’écriture qui me fascine chaque fois davantage. Quelle belle histoire, où se retrouvera-t-elle? Dans ton livre? Un recueil de nouvelles ? Beaucoup doivent avoir la chance et le plaisir de la lire.
    Ghislaine 6 Septembre

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    1. Merci Ghislaine pour cet adorable mot. L’histoire fera partie d’un livre de rencontres (portraits du bout du monde) qui sortira sans doute à l’été 2023 (mon troisième livre). Entre temps, sortira mon second livre, produit de mes 11 mois d’aventures en Afrique, à l’automne 2022. Cette histoire n’y sera pas, trop longue et déjà trop de chroniques dans cet ouvrage auquel je suis en train de donner une touche finale. Merci de votre fidélité. Vous savez que j’ai toujours une pensée pour Gérard, qui doit lire par dessus votre épaule;-) J’espère que vous avez passé un bel été! Amitiés et pleins de baisers. F.

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