Saviez-vous que le petit sillon vertical entre le nez et la lèvre supérieure s’appelle le philtrum (ou philtre en français anatomique). Et il existe à son sujet une explication biologique étonnante qui prend racine dans la construction du visage du fœtus, mais aussi et surtout une très belle légende.
Le mot philtre vient du latin philtrum, lui-même emprunté au grec ancien phíltron (« charme, breuvage magique »), qui dérive du verbe phileîn signifiant « aimer ».
L’explication scientifique
La réalité biologique est moins mystique, mais presque plus fascinante.
Le philtrum est une cicatrice embryologique naturelle.
Au début du développement du fœtus, le visage ne pousse pas d’un seul bloc. Il se construit à partir de plusieurs segments de tissus qui avancent puis fusionnent progressivement, un peu comme les pièces d’un puzzle vivant.
Le philtrum marque essentiellement la ligne où certaines parties du visage embryonnaire, les processus nasaux médians et maxillaires, se rejoignent et fusionnent pour former la lèvre supérieure et le nez.
Quand cette fusion se fait normalement, on obtient ce petit sillon discret.
Quand elle est incomplète ou perturbée, cela peut conduire à une fente labiale (bec-de-lièvre), où la lèvre ne se referme pas entièrement pendant le développement embryonnaire.
La légende
Dans une tradition issue du folklore juif (notamment du Talmud), on raconte qu’avant de naître, l’enfant connaît tous les secrets du monde. Dans le ventre maternel, un ange lui enseigne la sagesse universelle : la vérité sur la vie, le sens de l’existence, les mystères du cosmos.
Mais au moment de la naissance, juste avant qu’il entre dans le monde des hommes, l’ange pose délicatement un doigt sur ses lèvres en lui disant : « Chut… »
Ce geste lui fait tout oublier.
La petite marque laissée par ce doigt divin serait précisément ce creux entre le nez et la lèvre : le souvenir physique d’un savoir perdu.
D’une certaine manière, c’est une légende très poétique sur notre sentiment diffus de savoir quelque chose d’essentiel sans parvenir à le retrouver, cette impression étrange que nous avons oublié un secret fondamental en venant au monde.
J’aime bien l’idée que les deux récits parlent finalement de la même chose : une cicatrice originelle. L’une raconte une mémoire perdue, l’autre une fabrication du vivant. Les humains ont souvent eu besoin de poésie pour habiter ce que la biologie décrivait mal.
