Les mots-fusées

Les mots fusées…

Regarde comme la Lune est belle au-dessus de moi.
Approche-toi d’une fenêtre.
Sors dans ton jardin.
Descends dans la rue.
Va sur une terrasse ou sur ton balcon…
Mais regarde la Lune.
Je t’en supplie.
Maintenant, sans attendre.
Comme si elle allait disparaître à jamais.
Comme si c’était la dernière fois qu’elle te parlait de toi et de moi!

Elle est brune, magnifique, à peine maquillée, criante de vérité.
Est-elle pareille chez toi? Là où tu te trouves, où que ce soit?
Ici, elle est parfaite, sereine, sublime.
Comme toi.
C’est la pleine lune.
Pleine d’espoir comme moi.
Pleine de promesses et de sortilèges comme une femme tant désirée.
Pleine des secrets de l’univers que nous passons nos vies à décrypter sans rien y comprendre vraiment?

Regarde la Lune.
Non, n’y jette pas un simple coup d’œil pour tourner les talons parce que le froid te fait soudainement frissonner.
Si c’est le cas, vas te couvrir et reviens à mes côtés, où que tu sois, pour que nous regardions la Lune.
Ensemble.
Il paraît que l’amour c’est regarder dans la même direction.
Il paraît aussi que quand on montre la Lune du doigt à un imbécile, il ne regarde pas la Lune, mais le doigt!
Cela m’a toujours fait rire.
La plus belle chose que j’ai entendue sur la Lune, vient d’un humoriste français, qui s’appelait Pierre Desproges. Ce qu’il disait n’était pas de l’humour mais de la poésie. Il donnait la définition de l’alunissage, en ces termes inimitables:

« Un alunissage est un procédé technique consistant à déposer des imbéciles sur un rêve enfantin. »

Pense aussi à cette promesse magnifique, si poétique, qui contient tous les impossibles de la Terre: « Je te décrocherai la Lune! »

Alors, regarde la Lune.
Prends le temps.
Observe là sous ses moindres coutures.
Devine ces reliefs et ses déserts.
Imagine ses quartiers, comme ceux de ces villes inaccessibles où la peur ou la raison nous ordonnent de ne pas nous rendre, prenant leurs habitants pour des extraterrestres.
Le sont-ils vraiment?
Avons-nous besoin de regarder la Lune pour comprendre la terre?

Imagine ses secrets, ses non-dits, tout ce qu’elle a vu de notre histoire, de cette humanité foisonnante et follement orgueilleuse.
Elle aussi, tu sais, a sa face cachée.
Comme nous autres.
Elle est comme tout être vivant, condamné à disparaître, qui vit avec l’ennui et la prétention des immortels.
Comme toutes ces choses vertigineuses et éternelles que l’on prend pour acquises, les montagnes, les océans, les planètes et l’amour.
Elle est pleine de vérités immuables et universelles, qui nous dépassent et nous précèdent.
Nous continuons de les ignorer en prétextant les chercher, en les confiant à des « chercheurs ».
Les hommes recherchent des vérités grandes comme l’univers dans les dédales de l’infiniment petit, coupant les cheveux en quatre, étiquetant tout, voulant tout expliquer.
Tu trouves cela hallucinant? Je dirais alunissant!

Regarde la Lune, mon amour!
Sens comme elle te dévisage.
Elle ne te juge pas.
Elle ne veut rien expliquer.
Elle te regarde.
Elle me parle de toi.
Elle te parle de moi.
Elle qui a tout connu de nous.
De nos ancêtres, de leurs espoirs, de leurs souffrances, de leurs joies, de leurs compromissions.
Elle nous a tous vu naître, grandir, échafauder des destins, errer dans des labyrinthes de faux-semblants, aimer, désaimer, haïr, vieillir et disparaître.
Elle nous a vu nous multiplier comme des rats, tout inféoder, tout cannibaliser, tout domestiquer de cette terre, sa voisine, qu’elle aime et dont elle admire secrètement l’ineffable beauté.
Regarde la Lune!
On voit, certains soirs, les traces de ses larmes, la grisaille de sa tristesse.

Regarde la Lune!
Elle nous cache ces vérités que nous ne voulons pas voir, tout en faisant semblant de les chercher au fond de nous-mêmes.
Elle est notre miroir sans tain.
Ces vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire!

Alors, certains les dissimulent dans le cimetière des mots non-dits.
D’autres les verrouillent derrière les grilles rouillées de leur jardin secret,
Quand d’autres, plus fous, naïfs ou enfantins, les rangent au fond de leurs pensées et se contentent d’avoir sempiternellement, comme moi, la tête dans la Lune!

Où que tu sois, rejoins-moi dans sa contemplation.
Un simple regard suffit souvent pour s’y rendre.
Comme ses yeux expressifs que l’on croise parfois par hasard,
Sur un bout de trottoir de l’univers, au détours d’une rue,
Qui nous dévisagent et nous renvoient toute la puissance d’un regard et la beauté du monde.
Regarde la Lune, porte ton regard sur tout ce qui se tait, qui ne peut plus parler, pour en avoir trop vu.
Tu verras, c’est un cours d’éloquence!

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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