Au revoir Lima

J’étais pressé de quitter Lima où je venais de séjourner presque trois semaines entre le charmant et très branché quartier de Barranco où j’avais fini par avoir mes habitudes et l’incontournable quartier de Miraflorès, huppé et affairé, rassurant et touristique qui n’a rien à envier aux quartiers bourgeois des grandes capitales. 

Ce dernier quartier était devenu incontournable, dès lors que je m’étais mis en tête d’accomplir toutes les démarches par lesquelles doit passer un européen sans résidence au Pérou, sans compte en banque local, avec seulement son passeport français, afin d’acquérir une moto pour continuer son tour du monde sur deux roues. C’était loin d’être gagné à priori, car entre l’idée romantique, facile à déclamer dans les diners mondains « je vais continuer mon voyage en moto, comme le Che! » et le jour où la clé de contact déclenche un doux vrombissement d’un monocylindre de 650 cc, il y a quelques petits détails à régler que mon ancienne vie d’entrepreneur et mon enthousiasme légendaire ont bien aidé à surmonter.

Je reconnais que sans l’aide d’amis locaux et la gentillesse incroyable de tous les fonctionnaires qui auraient pu me mettre bien des bâtons dans les roues de la moto que je ne possédais pas encore, cela aurait pu prendre beaucoup plus de temps, voire me décourager. Mais impossible n’est pas français, n’est pas ? 

J’étais donc heureux de quitter Lima, cette ville qu’Hermann Melville qualifia au XIXème siècle, non sans raison, « la ville la plus étrange et la plus triste du monde »! Le climat y est relativement stable. Les températures n’ont guère le goût du yoyo. Il n’y pleut d’ailleurs jamais, si bien que régulièrement des camions de la mairie passent arroser tous les arbres et les jardins de la ville. 

Durant ces quinze jours, ce fut un ciel blanc, tirant sur le gris, comme une chape de plomb permanente qui interdit aux neufs millions d’habitants de jouir d’un ciel bleu ou de lézarder sous un rayon de soleil. Ici, le ciel est sans surprise, d’un jour sur l’autre et quand vient l’hiver, guère de chamboulement sur la couleur, si ce n’est l’ajout sournois d’une bruine fine qui tombe du ciel interminablement, comme si les Dieux laminaient la pluie. Je n’ai pas eu le temps de vérifier, mais Lima doit détenir le record du monde des pendus et des dépressions nerveuses. Il parait que c’est d’ailleurs un sujet de discussion récurrent dans les cafés de la capitale, entre les survivants !

Je laissai donc, dans un écran de fumée et dans la pétarade d’une moto de légende, heureuse de retrouvée la perspective des grands espaces, quelques personnes qui m’ont offert leur amitié et leur hospitalité sans compter, avec ce serrement au cœur et le regard embué qui caractérisent chacun de mes départs. Ils ne le savent pas, mais j’emmène chacun deux, en réduction, comme des lilliputiens amis, dans mon top case arrière. En avant les amis ! Continuez de vivre si élégamment vos vies que je vous souhaite belles et colorées sur cette toile grise que vous tendent les Dieux tristes ! J’emmène une partie de vous, de cette gentillesse qui me transforme à chaque nouvelle rencontre, que me redonne une dose d’espoir envers l’être humain. 

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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