Ce soir, je n’ai qu’un rêve…

Ce soir, je n’ai qu’un rêve.

Allongé dans mon lit, à regarder par la fenêtre le jour disparaître, j’attends que les couleurs du soir viennent épouser ma chambre baignée d’obscurité.

Dans l’impeccable alliance des noirs, je pourrai enfin décider de la manière, futile ou féconde, d’employer mon temps avant que le sommeil ne m’absorbe. 

Immobile, je pense à ce que je viens de lire.

Penser n’est pas exact. Je laisse agir la beauté ou le mystère des poèmes qui m’ont tenu compagnie durant cette dernière heure. 

Les mots s’infusent. Leur chaleur se dissipe  et me réchauffe le cœur. Mon esprit est fertile. Je le sens d’autant plus vif et inspirée que mon corps est amorphe et insensible.

Au milieu de mes sensations bouillonnantes, dans le fourmillement de l’écriture qui me picote les doigts, devant la farandole de la foule des mots élimés ou d’autres venus en renfort, frais comme des nouveau-nés, j’écoute cet orchestre intime, où chaque musicien semble accorder son instrument, avant que le spectacle de la soirée ne débute.

Devant mes yeux mi-clos, tournés vers mes pensées, vers l’intérieur de mon être faisant parfaitement abstraction de tout ce qui n’est pas lui-même, comme dans une chambre close où les vitres auraient été remplacées par des miroirs, empêchant de voir l’extérieur, ne proposant à l’occupant du lieu que le reflet de son propre visage, changeant comme un nuage, qui n’est en définitive que le reflet secret de ses paysages intérieurs…

De vagues sons me parviennent du lointain. Le bruit fuyant d’une automobile qui passe,  avec à son bord, des gens qui n’ont en commun que la certitude d’être de la même famille. Un chien qui aboie avec obstination, avec ce cri si reconnaissable qu’ont ceux qui cherchent à masquer leur manque d’assurance. Une musique, que je n’aurais pas choisie, qui jaillit de chez le voisin d’en face et qui croit devoir en faire bénéficier tout le quartier. 

Alors, entre chien et loup, à cette heure où tout est encore incertain, où le monde extérieur tire par la manche le tourbillon de mes pensées et de mes images intérieures, comme pour l’inviter à sortir de cette torpeur qui l’accable, à l’inviter au grand spectacle que donnent les hommes, comme chaque soir, en se dépensant sans compter pour oublier leur ennui de vivre, je ne suis capable que de formuler une seule envie, un seul vœu, aussi visible et palpable qu’un rocher au milieu de l’océan.

Ce soir, je n’ai qu’un rêve.

Celui de ta main qui se poserait sur mon visage.

Comme une feuille brune sur l’automne de mes jours.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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