ça se corse à l’Equateur

Du fin fond de l’Équateur, quand la nuit établit son empire, sur le point de quitter cette ville de Cuenca, qui se fait jolie mais qui se couche tôt, j’écoute attentivement une chanson d’iMuvrini que je viens de découvrir (intitulée Celle que tu crois)…

Je m’aperçois qu’après presque un an de voyage en solitaire, affrontant chaque jour l’inconnu et défiant l’adversité, l’improviste et le doute, cette chanson est précieuse et éloquente.

Oscillant entre le monde civilisé, l’envie de croiser des humains, de rencontrer et de partager avec mes semblables et plus souvent, le besoin de me retirer dans de paisibles cabanes, perdu sur un flanc de montagnes, sur une plage aussi magnifiquement esseulée que moi ou sous le parapluie d’une forêt primaire largement menacée, je suis ce soir à équidistance. Sans doute le privilège de vivre en Équateur, au milieu d’un monde partagé. Je goûte à ma liberté enveloppée de solitude et je convoque les amis par le truchement de l’écriture.

Il est tard. Les insomniaques se réveillent. Les vrais amoureux font encore des galipettes. Les paisibles et les heureux dorment sur leurs deux oreilles et les inquiets, comme toujours, en chien de fusil, le dos tourné…

Je suis là, entre chien et loup, c’est à dire entre chien et moi, à écouter des chants corses et des musiques inspirantes, moins coûteuses que des billets d’avion mais aussi généreuses en dépaysement et en défilé de souvenirs. 

Ce soir, sur le mirador qui domine un an de voyage, je regarde le chemin parcouru et j’ai le vertige. J’ai envie de dire que la mélancolie peut être joyeuse et créative, et qu’en même temps la quête de sens est pesante et nécessaire, ce sens allant du cap que le voyageur se donne chaque jour jusqu’à cette question lancinante, au long cours, sur ce qu’il peut bien foutre sur ce drôle de caillou tournoyant dans l’espace.

Alors, au son d’iMuvrini, je pense à mes séjours sur cette terre de Méditerranée que beaucoup prennent pour une île au sud de la France alors qu’il s’agit, par la force de ses racines et la fierté de son peuple, d’une montagne plantée sur l’eau… au milieu du monde…

Je lève mon verre à mes amis corses qui se reconnaîtront, dans la splendeur d’une dernière nuit passée debout, le regard vers l’avenir, en la mitad del mundo

J’entre résolument dans l’hémisphère sud, par une des frontières terrestres les moins fréquentées, ce qui promet d’être pour le moins aventureux ou riche en rebondissements… Lors d’un tour du monde, tout voyageur le sait, c’est sur les frontières que ça se corse!


Et comme dirait iMuvrini, en terme de frontière, c’est pas « celle que tu crois »…

Au soleil d’un mystère je déroule mes voiles et je brave les temps
et je suis ce décor et je suis ce repère que caressent les vents
j’écoute les dires et j’adresse un sourire à ces mots que j’entends
à celui qui m’achète, à celui qui me vend

pour le chant de ma langue et le nom de mes arbres et l’amour
de mes gens ceux qui m’ont tant semée ceux gravés dans le
marbre qui ont donné leur sang
tous ceux qui m’ont offert de l’amour et ces frères qui m’étaient étrangers
ceux que j’ai reconnus dès qu’ils sont arrivés

ma quale hè chì sà

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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