Marguerite

Marguerite…


Je me suis levé aussi tôt que le soleil. Nous nous sommes salués, comme il se doit. C’est ce que l’on fait entre matinaux. On dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est en tout cas l’impression que nous avions tous deux sur le bord de ce lac encore endormi, d’une paix absolue. Alors, d’un seul regard, nous nous sommes entendus et nous sommes partagés le monde en deux parts égales. Lui s’occuperait du ciel. Il a démontré depuis longtemps un certain savoir-faire. Moi, je me chargerai des petites affaires terrestres.


Alors, avant de débuter mon Ministère et d’assumer cette lourde tâche, je suis allé à la boulangerie pour t’acheter un croissant de Lune et un pain au chocolat. Mais la boulangerie était fermée. Le rideau était tiré sur le rayon de lune. J’ai traversé le sentier et suis entré chez le marchand de journaux. Mais je ne t’ai rien pris à lire. Les nouvelles n’étaient pas très fraîches et j’y ai lu trop de mauvaises. Alors, je suis passé chez le fleuriste. Les nouvelles du monde y sont plus colorées, plus vives, plus belles. Mais, il n’avait pas encore été livré. Sa boutique était vide et les quelques fleurs qui s’y ennuyaient étaient toutes jaunies, desséchées comme les pages d’un vieux journal annonçant les nouvelles du passé. Je voulais te parler de l’avenir, moi. De toi et de moi, tout simplement.


C’est sur le chemin du retour que je l’ai vue. Elle dansait dans la brise légère qui caressait les eaux vertes du lac. Elle était seule, comme moi, ivre du silence de ce petit matin. Blanche solitaire en pleine séance de méditation, elle s’inclinait légèrement avec en son cœur un magnifique soleil jaune autour duquel s’étoilaient des pétales éoliens. Je lui promis de lui présenter mon ami le Soleil. Je lui fis la conversation. Nous parlâmes de la pluie et du beau temps. Je lui confiai combien j’étais heureux et plein d’espoir pour l’avenir. Elle riait. Dieu qu’elle était belle, cette petite manouche solitaire sur la citadelle de son rocher, la chevelure ébouriffée de lumière. Avant de nous quitter, elle m’adressa ses prières de paix et de santé. Elle me dit de prendre bien soin de moi, de nous et me souhaita un bon voyage, sans savoir ce que cela signifiait car elle n’était jamais partie loin de ce mètre carré sur lequel elle exerçait son empire. Je m’éloignai avec comme seul trophée, ce portrait d’elle et le magnifique souvenir de notre conversation. On ne cueille pas une fleur qui se recueille. On n’effeuille pas une marguerite si pleine de sagesse, pour se rassurer sur l’avenir d’un amour lointain et pourtant si palpable au cœur. 

On la laisse vivre sa vie et on s’éloigne pour en faire de même, avec dans un bouquet de mots offerts: la douceur d’un croissant, la joie d’une bonne nouvelle et le parfum insouciant d’une fleur des champs.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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