Ma si chère Colombie

Chère Colombie,

Ma si chère amie,

Je t’écris ce mot à cinq heures du matin d’une salle d’embarquement, froide et blafarde, de l’aéroport de Bogotá, ta ville capitale.

 
Je m’apprête à te quitter pour rejoindre le Costa Rica qui me fait les yeux doux. Voilà trois mois, nous ne nous connaissions pas encore. Ton nom me faisait rêver. Ce que je savais de toi m’attirait depuis tant d’années. Bien sûr, je ne croyais pas un mot de ce que Netflix me laissait imaginer de ton peuple et de ta situation, même s’il faut bien reconnaître que notre dialogue fut stupéfiant et riche. 


Je mourais d’envie de faire ta connaissance et pas seulement parce que l’on m’avait parlé de la beauté de tes femmes, de ton goût pour la fête ou de la variété de tes paysages enchanteurs.

Pour tout t’avouer, j’ai même écourté mon périple en Océanie, avec ses plages de sables blancs et ses lagons turquoises, pour te rejoindre et te connaître. Tu fus ma porte d’entrée pour le long séjour que je m’apprête à vivre en Amérique Latine.

 
Pour véritablement comprendre ta culture, j’ai investi 90 jours de ma vie vagabonde afin d’explorer tes moindres recoins, de tes plages caribéennes indolentes à tes forêts tropicales impénétrables, de tes villes trépidantes à tes montagnes époustouflantes. 

J’ai parcouru, en tous sens, plus de 5.620 km en empruntant tes bus, tes avions, tes taxis jaunes et tes Ubers illégaux. C’est sans compter les dizaines de kilomètres que j’ai arpentés entre tes forêts subtropicales , tes pentes montagneuses, tes déserts et tes jungles urbaines, allant parfois à me risquer dans des quartiers peu recommandables. 

J’ai surtout rencontré et apprécié des dizaines de tes enfants, pour la plupart d’une gentillesse spontanée, accueillants et sympathiques en diable. J’ai adoré la diversité et la beauté de tes paysages, la fierté de ton peuple, à l’origine si bigarrée, mais unie autour d’une même histoire et d’un avenir prometteur. 

Il te reste du chemin pour effacer les affres de ton passé si violent, mais le travail de résilience et de réconciliation que tu as accompli en une décennie est inouï! Il constitue un modèle de renouveau pour tout pays qui veut sortir de l’ornière d’une dictature ou du fléau d’une criminalité endémique. Tu es un exemple à suivre, par exemple, pour ton voisin vénézuélien, dont tu as accueilli plus de deux millions de ces citoyens, comme tes fils! Une telle hospitalité est remarquable et ne va pas sans mal, naturellement! 

Bien sûr, tu n’es pas exempte de reproches et de défauts. Tes citoyens sont lucides et souvent critiques à ton égard, comme le sont souvent les gens qui nous connaissent bien et qui nous aiment quand même!

 
Si tu veux mon avis, tu gagnerais à prendre exemple sur ton voisin l’Equateur ou le Costa Rica en terme de réforme sociale ou de stabilité politique. Mais qui suis-je pour me permettre de tels conseils, si ce n’est un gitan tombé amoureux de ton charme incandescent!

Moi qui est tout abandonné de ma vie précédente pour partir découvrir l’Amérique, tel un conquistador attiré par l’or du temps, je dois t’avouer que tu es le premier pays où je me verrais bien vivre, poser mes os et ma plume, comme je dis souvent. Je ne serai pas le premier à succomber à tes charmes et à jeter l’encre sur tes rivages.

J’ai renoncé à un joli appartement de 100 mètres carrés situé en plein centre de la ville lumière, pour habiter désormais dans cette demeure de 150 millions de kilomètres de terres émergées, sans mur ni clôture, qu’on appelle la planète Terre. 
J’ai tant aimé voyager le long de tes chemins qui sillonnent tes 1,15 millions de kilomètres carrés, faisant de toi un pays presque deux fois plus grand que la France que j’ai laissée derrière moi. C’est avec toi que j’ai compris enfin que je ne fais pas un tour du monde, que je ne voyage pas comme la plupart des gens que je rencontre avec des sacs à dos ou des valises, qui finiront par rentrer chez eux, retrouver leur maison, leurs racines et leur vie. 

N’ayant plus d’existence ou de projets en France, ma vie est désormais faite du voyage permanent et de tâches d’encre, de celle des visas tamponnés sur mon passeport de passe muraille ou celle de mon électrocardiogramme que j’écris chaque jour au fil de mes coups de cœur ! 

Grâce à toi, j’ai compris que ma vie est un voyage et que ma demeure est itinérante, changeante, étrangère. J’habite les heures dans lesquelles je vis, je loue la lumière des jours qui me sont donnés, je m’abrite dans la douceur d’un regard ami, dans le sourire d’une inconnue, dans la poignée de main d’un compagnon de voyage. Je n’ai guère plus de certitudes ou de titres de propriété qu’un manouche qui braconnerait toutes les opportunités que la vie lui offre, pour grappiller des instants d’émotion vive et en faire son festin. 

Ma roulotte ailée me porte désormais vers l’Amérique Centrale puis le Mexique où j’arriverai en août pour retrouver mon fils, mais je confie à l’hôtesse qui me fait signe qu’il est grand temps d’embarquer, cette lettre d’amour qu’elle te remettra en même temps que ma promesse de te retrouver bien vite! 

Je te laisse sur ces mots de Pessoa qui me parle de ces trois mois passés ensemble à vivre notre folle aventure:


« La valeur des choses n’est pas dans la durée mais dans l’intensité où elles arrivent.
C’est pour cela qu’il existe des moments inoubliables, des choses inexplicables et des personnes incomparables. »

Ton dévoué, Federico.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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