L’amitié, séance tenante !

Le voyage en solitaire, sur un temps indéterminé, réserve au voyageur de longues soirées de solitude. Cette dernière n’est pas une chose naturelle, même lorsqu’elle est recherchée et chérie. Certains ne seront pas d’accord, car il est vrai qu’on naît seul, puis qu’on est seul la plupart du temps, souvent au milieu de la multitude et on disparaît seul au bout d’un chemin, vers un inconnu sur lequel tout le monde spécule. Mais être seul n’est pas dans notre nature profonde!

C’est notre condition humaine, certes, mais pas notre volonté première. Dès que l’on voyage seul, longtemps, on espère la rencontre, on veut ponctuer ces longues heures de silence fécond d’une belle conversation, partager avec des cris d’extases les joies du voyage, l’enthousiasme d’un moment ou la beauté ébouriffante d’un paysage. L’enfer est peut-être les autres, selon un philosophe aux mains sales et à la nausée facile, mais la solitude à longue durée n’est pas le Paradis! Foi de voyageur…

Alors, durant les dîners solitaires, on pense à sa vie. Les visages de ceux que l’on aime, de ceux auxquels on tient tant, de ceux sans qui nous ne serions pas ce que nous sommes, défilent sur le carrousel de nos souvenirs.

Vient alors le moment où l’on convoque l’amitié, séance tenante! On choisit un ou une amie qui se fait plus pressant à notre esprit, sans que l’on sache vraiment pourquoi. 

À cet instant, plus rien n’existe que sa présence virtuelle, pourtant si palpable. Lui écrire devient indispensable, presque vital. Lui dire combien il ou elle nous manque. Lui faire partager un bout de notre voyage. Lui donner des nouvelles de nous sans qu’il n’ait rien demandé. Lui parler d’elle, lui dire combien on l’aime et le lieu qu’elle occupe dans ce village tortueux qu’on appelle le cœur. 

On prend alors un second verre de vin, pour trinquer avec lui ou pour porter un toast à toutes ces années qui défilent au compteur de l’amitié!

On l’imagine devant nous. On lui fait la conversation, dans le grand auditorium du crâne. Rien n’existe plus que la volonté de le voir apparaître, de la serrer bien fort contre nous, longuement, aussi longtemps que son absence. Lui donner de grandes claques dans le dos, le serrer fort par la nuque, lui tenir la main longuement, lui dire combien pesèrent le manque et le silence. C’est comme vivre un deuil par contumace, assumer par avance la disparition d’un ami alors qu’il est bien là, vivant, quelque part sur la terre, pas encore disparu, joignable et visible, mais accaparé par la futilité de la vie ou ces rêves vains que l’on partage tous et que l’on prend trop souvent pour la réalité!

Alors, il devient essentiel de lui écrire pour lui dire, lui crier par-delà les océans, les déserts et les hautes montagnes. On lui écrit un long message, pour se distinguer ou lui démontrer son importance. La longueur du texte, le choix des mots, l’émotion entre les lignes en disent long sur l’attention qu’on lui porte, dans ce monde d’images syncopées, oscillant entre de vrais drames et de fausses vies.

On prend une heure pour se consacrer à ce tête-à -tête distant, à une époque où l’on n’a plus le temps, où l’on « chatte » instantanément, où l’on se « whatsapp », où l’on se « tel ou se mail » de tout et de rien !

Si les amis avec lesquels nous passons nos moments de solitude savaient l’éloquence et l’intensité que l’on dépense à leur vouloir du bien! 

Avec un peu de chance et un sursaut d’orgueil entremêlé d’espoir, nous pourrions imaginer cette quantité de temps, d’amour et d’énergie que nos amis dépensent, de leur côté, à penser à nous, leurs conversations lointaines  dans lesquelles ils évoquent notre existence, nous prennent comme exemple ou nous souhaitent du bien, par l’entremise d’un interlocuteur qui ignore tout de nous, n’en serions-nous pas plus heureux ? 

C’est la magie de l’amitié. Elle est discrète, secrète, vivante et déguisée dans le lointain d’une confidence, dans la légèreté d’une pensée intense mais éphémère. Nous vivons doublement dans le cœur de ceux qui nous aiment, sans même le savoir, accaparés par nos propres chemins et nos flamboyantes turpitudes…

Nous sommes des étoiles en plein jour. Invisibles mais si essentielles!

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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