La perle d’un instant

Je suis allé me perdre au bout d’une plage déserte sous un ciel tourmenté. La solitude absolue, renforcée par la fureur des vagues se suicidant avec acharnement sur cette côte inhospitalière.

Ici, point de rochers trop polis pour être honnêtes. Point de galets érodés avec patience durant des millénaires interminables. Pas non plus, de blocs rocailleux sur lesquels s’amuser à escalader comme un cabri! Le minéral à l’état brut qui a épousé la cause de l’océan jusqu’à en prendre la forme.

 
J’avance sur une roche striée, façonnée par les vents en biseaux et des marées vertigineuses. Ici, l’océan est tout sauf Pacifique. Le sol n’est constitué que de lames de rasoir basaltiques, aux couleurs insensées. Chaque pas appelle le suivant, engendre l’envie de progresser dans ce relief sans compromis, d’aller voir plus loin car autant de sauvagerie dans la pierre, qui fait tout pour dissuader le touriste, doit cacher un trésor quelque part. Les rochers sont comme des vagues pétrifiées dans leur furie, jusqu’à figer dans la pierre le voile d’écume projeté. Une vague immense immortalisée dans l’éternité d’un instant.

Je progresse sur cette roche découpant le caoutchouc de mes tongs alors que l’orage au loin s’annonce avec une assurance de conquérant, avec le regard noir d’un croisé aux portes d’une Jérusalem de pierres et de vents.

Oubliés par la précédente marée, quelques coquillages multicolores constituent mon unique butin. Ils ne sont plus que vestiges sur ce roc desséché.           
A une époque où l’on annonce la disparition prochaine des insectes sur terre et probablement de tous les animaux qui s’en nourrissent, j’éprouve le sentiment étrange d’être l’ultime survivant: avançant avec maladresse mais illuminé par mon insouciance naïve, tel un dernier puceron progressant sur la coquille d’une huître géante, disparue depuis belle lurette.

Ces instants de solitude heureuse firent place à un curieux sentiment de fin du monde. Comme si l’avenir de l’humanité n’était plus que quelques grains en fuite dans un sablier invisible… 

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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