Voici le texte de mon intervention faite en clôture de l’Assemblée Générale de CroissancePLus, le 7 juillet 2026 devant un parterre de 150 entrepreneurs.
SPEECH Assemblée Générale de Croissance Plus – 7 juillet 2026
Ressusciter de son vivant
ou Comment habiter sa vie
Vous est-il déjà arrivé de vous demander, au plus fort de votre réussite, si la vie que vous meniez était vraiment celle dont vous rêviez ?
Pour y répondre, laissez-moi vous raconter brièvement l’histoire d’un homme qui a ressuscité de son vivant.
Cet homme a la soixantaine. Depuis plus de trois décennies, il se définit comme un serial entrepreneur. Il a créé et développé sept entreprises, créé plusieurs centaines d’emplois, dans le monde de l’internet et du numérique. Il a vendu la plupart de ces entreprises, souvent avantageusement, parfois pour un euro, lorsque les temps étaient durs.
Pendant toutes ces années, il eut une vie fabuleuse. Il vivait à Paris, sans problème de santé ni d’argent. Il décidait de ma vie et des aventures dans lesquelles il se lançait.
Bon ! Cet homme, vous l’aurez deviné, c’est moi.
Seulement deux événements sont venus se conjuguer pour me faire réaliser que je voulais autre chose, et que ma vie ne devait pas se résumer à une réussite financière, à un statut social, à un banquier au téléphone chaque semaine, mais surtout à rencontrer des dizaines de personnes chaque année qui ne m’apprenaient rien.
Que cette vie de rêve n’était pas celle dont je rêvais.
Six mois avant que je sache que j’allais changer radicalement de vie, je suis rentré chez moi après une dure journée d’entrepreneur, cette vie que vous connaissez tous, et je me suis posé cette drôle de question, surgie de nulle part : « S’il y a un incendie dans l’appartement, je n’ai que trois minutes pour me sauver. Qu’est-ce que je prends, qu’est-ce qui est important pour moi ? »
Je fis le tour de tout mon appartement pendant vingt minutes, et la réponse fut : « Rien. Je n’emporte rien, je me sauve. »
Alors, je me suis demandé pourquoi je louais très cher un appartement, depuis des années, pour y accumuler des choses dont je n’avais absolument rien à faire.
Cette accumulation matérielle qui ne mène à rien m’est soudainement apparue complètement absurde.
Quelques temps plus tard, je lisais l’autobiographie du poète chilien Pablo Neruda, qui s’intitule « J’avoue que j’ai vécu ». Un beau jour, buvant mon café à 6h du matin, je me contente de regarder le titre, et je me dis : quelle incroyable phrase pour une autobiographie. Comment savoir si on a vécu ?
Et je me suis dit que si jamais la mort frappait à ma porte, je lui inventerais, comme tout le monde, toutes les raisons possibles pour rester un peu plus sur cette terre.
C’est ce jour-là que j’ai pris la meilleure décision de mon existence. J’ai décidé de m’alléger de tout ce qui n’était pas important, et de consacrer les vingt prochaines années à vivre, mais vraiment vivre.
Sept mois plus tard, j’ai vendu ma dernière entreprise et repris ma liberté.
Plutôt que de recréer une nouvelle start-up, presque par réflexe, j’ai décidé qu’il était temps de profiter des quatre ingrédients les plus précieux qui composent le fabuleux cocktail qu’on appelle l’Existence : une bonne santé, un peu d’argent, la liberté retrouvée, et du temps à revendre.
Je me suis alors délesté de presque tout ce que je possédais : résilié mon appartement, vendu mes meubles, offert quatre-vingt-dix pour cent de mes vêtements, de mes objets et de mes livres.
Je me suis donc envolé le 6 novembre 2018, date de ma résurrection, pour découvrir la planète, partir à la rencontre des autres, me consacrer à ma passion qui est l’écriture, et faire le tour du monde pour finalement avoir l’occasion de faire le tour de moi-même.
Je vis désormais, depuis huit années, en nomade autour du monde, avec un sac de 17 kilos. Cinq Tshirts, trois pantalons, deux paires de chaussures. Plus les tongs.
J’ai vécu dans une vingtaine de pays et parcouru plus de 110.000 km sur les routes d’Afrique et d’Amérique latine, en 4×4 et à moto.
En résumé, j’ai passé trente ans à avoir une existence passionnante, et les huit dernières années à construire une vie extraordinaire, que je souhaite à tous ceux que je rencontre.
D’entrepreneur je suis devenu globe-trotter et écrivain-voyageur.
Le fruit de cette métamorphose est résumé dans deux livres publiés, LIBRE en 2021 et VIVANT en 2022, et un troisième qui sort à l’automne sous le titre EXISTENCES, sorte de plaidoyer pour l’altérité dans un monde où plus grand monde ne se parle vraiment.
Libre. Vivant. Existences.
Ce ne sont pas seulement trois titres, ce sont les trois mouvements d’une même métamorphose.
Se libérer. Vivre pleinement. Puis se tourner vers l’autre.
Quelles leçons tirer de tout cela, parmi tant d’autres ?
LA VIE EN 4 VERBES
Dans ce processus de métamorphose, je me suis efforcé, avant de partir, de résumer la vie à quatre verbes seulement : Être, Avoir, Faire et Paraître.
Devenu une sorte de gitan de luxe, j’ai fini par n’en garder que deux. Et vous, si vous deviez n’en garder que deux, lesquels choisiriez-vous ?
J’ai définitivement abandonné le verbe Avoir, l’idée de posséder quoi que ce soit.
Et le verbe Paraître. L’essence m’important plus que l’image.
Il ne me reste donc que deux verbes : être, et faire.
Je ne possède plus désormais que ce que je suis.
Et je ne suis plus que ce que je fais.
En d’autres termes, je vérifie chaque jour cette formule d’Albert Camus : « Le véritable bonheur, c’est la cohérence d’un homme entre ce qu’il est et ce qu’il fait. »
LES 3C
Au début de cette nouvelle vie, j’ai rencontré un voyageur colombien, en solo lui aussi sur sa moto. Nous parlions de minimalisme, de voyager léger. Il m’a dit cette jolie chose : « Vas a vivir con los 3C. » Je lui demande, d’un air interrogatif, ce qu’étaient ces 3C. Il me répond : tu Cabeza, tu Corazón, tus Cojones. Ta tête, ton cœur, tes tripes.
Je me demande, depuis, si dans la vie nous avons vraiment besoin d’autres bagages que notre intelligence, notre bonté et notre courage pour tracer notre chemin et trouver notre place dans le grand théâtre du monde.
Partout, dans tous les pays, sous toutes les latitudes, j’ai vu les preuves d’une planète qui souffre et d’une humanité, la mienne y comprise, qui se laisse souvent glisser vers la malbouffe, le désœuvrement, le consumérisme, l’hyper-divertissement et l’insouciance.
Mais partout aussi, j’ai vu la nature renaître, dès que des hommes, plus lucides que d’autres, se donnent la peine de la préserver, de la réparer, et de s’unir collectivement pour y parvenir.
TROIS RECONNEXIONS
Je suis désormais persuadé que toute existence digne de ce nom tient sur trois réalités interdépendantes, avec lesquelles nous devons urgemment nous reconnecter.
La Nature qui nous rappelle que nous sommes une espèce, parmi tant d’autres, habitant la grande diversité du monde Vivant, pas au-dessus de lui.
Les autres, parce qu’on ne se construit jamais seul.
Et soi-même, cette part de nous qu’on a fini par fuir, à force de courir, de produire, ou de paraître.
Trois reconnexions. À la nature, aux autres, à soi-même.
ABSENT AU PRÉSENT
Des chercheurs de Harvard ont mesuré un chiffre qui prouve à quel point nous nous sommes éloignés de cette troisième reconnexion, celle à nous-mêmes. 47% de nos pensées, pendant nos heures éveillées, sont consacrées à autre chose qu’à ce que nous vivons. Presque la moitié d’une vie, l’esprit ailleurs.
Mes huit années de route n’ont été qu’un long apprentissage pour sortir de ces 47% d’absence, et réapprendre à vivre, enfin, dans les 53% qui restent. Le présent. Ce que je suis en train de vivre.
J’ai appelé cela : Réhabiter ma vie.
Et la meilleure chose que je puisse faire désormais, c’est de transmettre cela, très concrètement, à ceux qui en ont besoin ou envie.
LA NAISSANCE DE FREEBIRD
C’est ainsi qu’est née Freebird Experience : une aventure existentielle sur-mesure, à deux seulement, vers une destination que vous ne connaîtrez qu’au moment d’embarquer.
Trois semaines, loin de tout tourisme, en immersion dans le silence, l’espace, la solitude choisie, le sauvage. Quatre voyages par an, un seul participant à la fois : une exigence qui ne se réplique pas à grande échelle.
On n’en revient pas bronzé. On en revient changé. Plus lucide sur ce qui compte vraiment. Plus léger, mais surtout plus vivant.
Nous savons tous entreprendre, alors qui mieux que des entrepreneurs peut avoir le courage et le talent d’entreprendre sa propre existence ?
Si cela vous parle, venez m’en parler tout à l’heure, au cocktail.
CLÔTURE & CONTACT
Je vous laisse avec ce proverbe touareg, qui résume en une phrase ce que ma vie nomade m’a appris. La vie est un voyage de soi à soi, en passant par les autres.
Je vous remercie et vous souhaite un très bel été !
freebird-experience.com
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