Je voudrais pas crever

Que serait ma vie sans la Poésie, sans le doux velouté des mots qui claquent ou qui caressent ?

Que seraient mes jours, ici-bas, sans ces images qu’elle fait naître et qui finissent par courtiser mon âme, par enjoliver mes heures ?

Que serait ce voyage sans ce regard décalé et souvent attendri qu’il convient de porter sur les choses et les êtres, en vivant poétiquement le Monde, afin d’y voir une version de la réalité plus acceptable, pour le moins supportable ?

Chemin faisant, vers le Mozambique que j’ai hâte de découvrir, je suis tombé sur cette petite pépite qui résume parfaitement mon état d’esprit et la quête qui anime ce voyage.

L’excellent Édouard Baer interprète, à sa manière, un poème de Boris Vian, intitulé « Je voudrais pas crever. » 

Il sert magnifiquement les propos du poète qui rend un bel hommage à la vie, dont les mots résonnent fabuleusement en moi.  

Je vous livre cette interprétation qui mérite une écoute attentive ainsi que le texte original de Vian…

Je voudrais pas crever

Boris Vian 

Je voudrais pas crever 
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique 
Qui dorment sans rêver 
Les singes à cul nu 
Dévoreurs de tropiques 
Les araignées d’argent 
Au nid truffé de bulles


Je voudrais pas crever 
Sans savoir si la lune 
Sous son faux air de thune 
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre 
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards 
Sans avoir regardé 
Dans un regard d’égout 
Sans avoir mis mon zobe 
Dans des coinstots bizarres 

Je voudrais pas finir 
Sans connaître la lèpre 
Ou les sept maladies 
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine 
Si, si je savais
Que j’en aurai l’étrenne 

Et il y a z’aussi
Tout ce que je connais 
Tout ce que j’apprécie 
Que je sais qui me plaît 
Le fond vert de la mer 
Où valsent les brins d’algues 
Sur le sable ondulé 
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle 
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle 
Que ceci que cela 
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula

Je voudrais pas crever 
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche 
Son corps avec mes mains 
Le reste avec mes yeux 
J’en dis pas plus faut bien 
Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir 
Sans qu’on ait inventé 
Les roses éternelles
La journée de deux heures 
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur 
Tous les enfants contents 

Et tant de trucs encore 
Qui dorment dans les crânes 
Des géniaux ingénieurs 
Des jardiniers joviaux 
Des soucieux socialistes 
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs 

Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre 
Tant de temps à attendre 
A chercher dans le noir 
Et moi je vois la fin 
Qui grouille et qui s’amène 
Avec sa gueule moche 
Et qui m’ouvre ses bras 
De grenouille bancroche 

Je voudrais pas crever 
Non monsieur non madame 
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente 
Le goût qu’est le plus fort 


Je voudrais pas crever 
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

2 commentaires sur « Je voudrais pas crever »

  1. Merci Fred…. De Loin…
    Alors que ma vie s’est mise entre parenthèse depuis 2 mois, en survie, merci pour tes mots, tes images, tes choix, tes surpassements, tes étonnements qui me donnent envie. En Vie… je t’embrasse

    Aimé par 1 personne

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