1- Chacun de nous est une bobine de film dont nous ignorons tous les fins.
Nous nous croisons quelques secondes sur des trottoirs du monde. Nous entremêlons nos histoires durant quelques heures ou quelques jours. Nous projetons parfois nos vies dans les mêmes salles de cinéma – le Cinoche de la réalité – combinant ainsi nos scenarii avec plus ou moins de talents et de succès au box-office de l’Existence. Mais la seule question qui demeure quand le pop-corn est fini, que les lumières de la vérité se rallument et qu’il faut sortir de la salle de projection :
Mais quel est donc le producteur de tous ces destins ambulants ?
2- Mon Ikigai pour cette vie ?
Œuvrer consciencieusement à me tracer un destin, entre l’Homme de la rue et le Bandit de grand chemin.
3- Tu t’aperçois que tu vieillis, le jour où il y en a plus cher de médocs et pilules en tous genres, sur la table du petit déjeuner, que de victuailles pour célébrer le breakfast et te remplir joyeusement la panse !
Ces quelques élucubrations existentielles de fin de semaine sont heureusement couronnées par la découverte d’un auteur américain, Richard Brautigan, dont j’ignorais l’existence et le talent. Que l’ami Patrick Kervern (et sa lettre de l’Umanz) en soient vivement remerciés. You made my Day, brother!
Richard Brautigan (1935-1984)
Enfance pauvre et chaotique dans le Nord-Ouest américain, père absent, mère instable.
« L’enfance de Brautigan est marquée par la pauvreté, les déménagements, les abandons et les mauvais traitements dus à ses multiples beaux-pères. (Wikipédia)
De cette précarité naît une écriture unique : légère en apparence, bouleversante en profondeur. Installé à San Francisco, il frôle la scène beat sans jamais s’y fondre, vendant ses poèmes dans la rue avant de devenir, avec Trout Fishing in America (1967), l’icône inattendue d’une génération.
Son style – absurde, tendre, désarmant de simplicité – invente une poésie du quotidien où la banalité devient miracle. Adulé, puis oublié presque aussi vite. L’alcool, la solitude, le silence critique. Il se retire entre le Montana et le Japon, où son œuvre reste pourtant vénérée.
En 1984, à Bolinas, il se donne la mort. On ne le retrouvera que des semaines plus tard. Depuis, ses lecteurs le redécouvrent sans cesse – comme on retrouve, par hasard, une lettre qu’on avait oubliée dans un livre.
Je vous laisse juge et vous souhaite un tout aussi bon week-end que le mien 😉
Baiser fantôme
Il n’y a
pas pire
enfer
que
de se rappeler
intensément
un baiser
qui
n’est pas venu.
Richard Brautigan
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Nous tenons chacun notre rôle dans l’histoire. Le mien, ce sont les nuages.
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Dans ses yeux c’était la course aux larmes, toutes à se bousculer pour se passer devant, à se battre pour lui couler sur les joues comme s’il y avait Olympiade des Pleurs avec des médailles d’or à briller dans le lointain.
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C’était une forte femme au visage très rouge et dont les souliers paraissaient beaucoup trop petits pour ses pieds. Elle se considérait suffisamment volumineuse sans avoir à y ajouter de grands pieds, si bien qu’elle bourrait les pieds en question dans des souliers beaucoup trop petits, ce qui la faisait considérablement souffrir et lui gâtait sérieusement le caractère.
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Ils ont fait glisser son corps à l’arrière de la fourgonnette de la morgue. Il y avait déjà un autre cadavre dedans ; ça lui ferait un peu de compagnie pour descendre en ville, sur le chemin de la morgue. Je suppose que c’est mieux que d’y aller tout seul.
(Un privé à Babylone)
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Après ça, je pourrais donner quelques dollars à ma propriétaire et lui dire que le fourgon blindé dans lequel on m’envoyait mon million de dollars s’était perdu dans le brouillard de cactus près de Phoenix, dans l’Arizona, mais qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète : il était maintenant certain que le brouillard allait se lever d’un jour à l’autre et l’argent arriver.
Si elle me demandait ce que c’était qu’un brouillard de cactus, je lui dirais que c’était le genre de brouillard le plus terrible parce qu’il était plein de piquants. Qu’une fois pris dedans, il était extrêmement risqué de se déplacer. Que le mieux c’était de rester sur place et d’attendre qu’il s’en aille.
Mon million de dollars attend que le brouillard se dissipe.
(Un privé à Babylone)
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« Ce n’est pas facile de vivre dans un studio de San José avec un homme qui apprend à jouer du violon. »
C’est ce qu’elle a dit aux policiers, en leur tendant le revolver vide.
Richard Brautigan – La vengeance de la pelouse









