
Des quelques jours heureux que j’ai passés en Ardèche, qui me laissèrent une kyrielle de souvenirs dont je pourrais dresser la liste, tel un notaire scrupuleux, surnagera sans doute l’image de cette véranda.
Un lieu tout simple inondé de lumière et griffé par des décennies de patience, durant lesquelles le temps, ce greffier de la décrépitude des choses et des êtres, a lentement œuvré à décatir les matériaux et à patiner les couleurs.
Je me souviendrai à jamais de cette pluie de lierre qui tombait du plafond comme une chape de ciel qui aurait troqué le gris menaçant des jours d’orage pour l’espoir verdi des retrouvailles amicales.
Les carreaux de la verrière, dont les lames disjointes laissaient passer le froid des petits matins et le vent d’Est qui colportait dès l’aube les nouvelles du village.
Lamastre sommeillant encore dans la vallée aux premières lueurs, à ces heures pâles durant lesquelles le soleil encore timide, fourbissait secrètement ses rêves d’empire.
La table en bois qui invitait à s’assoir pour accueillir toute conversation, les projets du jour, les propos de passage ou les confidences du soir. Peu importe les mots ou les intonations, cette table ronde centenaire n’exigeait qu’une seule chose des convives plus ou moins bavards qui y siégeaient : des paroles sincères, de l’écoute bienveillante, et des conseils avisés, dispensés avec une franche fraternité.
Le vieux bougeoir à trois branches qui avait été le confident muet des secrets de la veille, tout accaparé à éclairer les âmes en caressant les visages brunis par ces journées d’été, d’une douce lumière jaune, faisant danser les ombres sur les murs, non sans une certaine espièglerie.
Une vieille balance disposée en évidence sur le grand buffet blanc, qui servait à mesurer le pour et le contre et à départager les débatteurs, toujours échauffés par quelques verres d’eau de vie, oubliant de peser leur mots et de conclure sur l’inanité d’avoir raison, car seuls importaient finalement l’amour du langage et la réconciliation sous le sceau de l’amitié.
Et pour finir, sur l’écran plat de la verrière, s’affichait le plus beau spectacle du monde : le film du Vivant grandeur nature, avec ses collines rabotées par des millénaires d’hivers et généreusement arborées, dissimulant des dizaines de sentiers invitant à la randonnée, surmontées par un ciel bleu royal, strié de part et d’autre par des aéronefs bondés de gens empressés ou persuadés que les Paradis doivent être artificiels ou lointains.
Tout le contraire du « ici et maintenant » dans lequel mes jours ardéchois se sont joyeusement embobinés.
Belle photo et beau texte 🙂
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