La magie du Titicaca

J’étais allé passer quelques jours sur le Lac Titicaca lors de mon séjour au Pérou. J’avais laissé ma moto dans un petit hôtel de Puno, principale ville péruvienne et port de pêche qui règne sans partage sur les rives péruviennes du lac. Le Pérou se partage le plus haut lac navigable au monde et le plus grand d’Amérique Latine, avec la Bolivie, presque à part égale (56% des eaux pour le Pérou et 44% pour la Bolivie). Ce fait est d’importance pour les Boliviens qui n’ont pas accès à l’océan. C’est dire si une telle étendue d’eau leur permet de justifier l’existence fantasmée d’une marine bolivienne (pompeusement appelée en espagnol, une Armada). 

La Bolivie a perdu son accès à la mer en 1879, lors de la guerre du Pacifique, qui opposa le Pérou et la Bolivie au Chili. Autant dire que le fait de priver un pays de son accès à la mer n’est pas qu’une question géostratégique ou un fait purement historique. Cela revient à châtrer les rêves maritimes de tout un peuple, à empêcher l’imaginaire de tout un chacun de s’échapper et de voguer librement sur des flots qui mènent vers l’Ailleurs. C’est le cantonner entre forêts et montagnes, dans le despotique règne du minéral andin et le foisonnant royaume végétal que représente l’impérieuse Amazonie. Chaque année, la marine bolivienne prend part à des fêtes et parades, notamment le Jour de la mer, qui donne au gouvernement bolivien l’occasion de revendiquer, une fois de plus, son droit d’accès à l’Océan… de manière évidemment… Pacifique !

Bref ! Il n’est pas difficile de comprendre que les Boliviens ne portent guère les Chiliens dans leurs cœur. Il est des rancœurs qui mettent des générations à s’atténuer. A discuter avec les habitants de cet incroyable pays, les plaies sont encore vives.

J’avais à l’époque de mon séjour au Pérou, longuement navigué sur ce lac de la dimension d’une mer, visité les fameuses îles flottantes (attrape-couillons touristiques qui n’ont plus guère à voir avec le mode de vie halieutique et lacustre, des peuples pré-incas qui vivaient exclusivement de la pêche et de l’énergie tellurique qui se dégageait des eaux). Aujourd’hui on vient s’y prendre en selfie et célébrer les seuls Dieux encore vivaces : Instagram et Tik-Tok.

J’avais adoré dormir chez l’habitant durant plusieurs jour, pour célébrer ce temps ralenti et me balader durant des heures sur les reliefs escarpés qui dominaient l’immense étendu argentée du Titicaca. J’avais consacré tout mon temps libre, c’est-à-dire 20h/24 pour observer le lent rythme de la Nature que nous avons oubliée, en la dévastant copieusement. J’avais admiré, minuscule en ma condition d’être humain, le soleil s’échapper à l’autre bout du monde dans un flamboiement incandescent et la Lune se pointer en ses discrets entrechats pour livrer à l’observateur attentif et amoureux de danse, l’un des plus beaux ballets au monde. Un Opéra aquatique et totalement lunaire !

Je passerai donc sous silence la joie que j’ai éprouvée à retrouver ce lac mythique, qui fut le berceau de la civilisation Inca. Tandis que la ville de Puno et le Pérou en général revivaient récemment les ferments d’une révolution populaire, marqués par des soulèvements et de violentes manifestations de la part des indigènes qui représentent 70% de la population, et ce pour des raisons politiques qui n’ont pas lieu de figurer dans cette simple chronique de voyage, j’ai goûté à l’apaisement et à la quiétude quasi-poétique que m’offrit la Bolivie.

C’est donc sur cet absurde paradoxe dont les hommes ont le secret, capables d’enflammer une planète d’un côté et de vivre dans un calme apparent de l’autre côté, que je vous laisserai découvrir en images, toute la beauté du Titicaca et des gens qui y puisent leur raison d’être, qui tentent d’y vivre et d’y survivre, entre une violente infortune et de paisibles rêves d’une humble sérénité.

Suzana, rencontré sur le site archéologique de Tiwanaku.
Une formidable femme et être… humain,
78 ans – 7 enfants, vivant et l’ignorant depuis leurs vies citadines à la Paz,
tentant de survivre, bien loin des réformes sur les retraites de Macron
et plus généralement du néo-libéralisme occidental.
Travaillant vaillamment chaque jour pour sa pitance,
dans l’oubli de ceux qui lui doivent leur existence.
Quelle fabuleuse rencontre avec un être humain merveilleux.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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