La route.. à mort !

Comment quitter la région de La Paz sans avoir descendu la Route de la mort ? 

Et que vaudrait une vie sans cette ribambelle de frissons qui nous parcourent parfois l’échine et nous coupe le souffle en nous mettant face à nos propre vertiges ?

La désormais mythique Ruta de la Muerte ou Ruta de las Yungas, n’a rien d’accueillant au premier abord. Elle tire son nom de cette région hautement montagneuse, située dans les Andes, las Yungas, qui se caractérise par une forte humidité, renforcée par de fréquents brouillards et de fortes précipitations. Les falaises abruptes y sont recouvertes d’une végétation luxuriante et impénétrable. Les précipices sont vertigineux et fatals à tout écart de conduite. Plus loin, lorsque cet imposant massif dégringole des Andes orientales pour aller s’apaiser vers la forêt amazonienne, la main de l’homme remplace peu à peu l’indomptable mère Nature. Les cultures de coca, de canne à sucre, de cacao, de bananes, de maïs ou de papaye se multiplient sur des pentes parfois arides et fortement inclinées, qui laisse pantois l’observateur attentif, quant aux conditions d’accès et de travail de ces milliers de galériens de la terre.

Jadis, cette ancienne route, qui reliait La Paz aux territoires du Nord situés en Amazonie, fut en partie taillée dans l’austère relief bolivien par des prisonniers paraguayens. Les pentes abruptes, l’absence de toute signalisation et parapet de protection, l’étroitesse de la voie firent qu’elle mérita sans conteste sa réputation de « plus dangereuse route au monde », dont la qualifia officiellement, en 1995, la Banque interaméricaine de développement. A l’époque, 200 à 300 personnes y trouvaient la mort, chaque année. Tout type de moyen de transport s’y croisaient dans des conditions souvent très périlleuses. La règle voulait que les véhicules ascendants (souvent des autobus d’un autre âge bondés d’habitants du nord qui se rendaient à la Paz pour y faire commerce et des camions bringuebalant d’innombrables produits agricoles) eussent priorité sur les véhicules descendant vers Coroico ou vers le Nord (innombrables véhicules de transport collectifs, cars chargés de passagers avec tout leur barda repartant vers l’Amazonie…).

Contrairement aux usages sur tout le territoire Bolivien qui consistent à rouler à droite, le sens de la circulation sur la Route des Yungas se faisant à gauche, afin de permettre au chauffeur de mieux évaluer les centimètres séparant ses roues du fatal précipice qui menaçait d’ajouter son nom sur la funeste liste des victimes de la route. En 1983, un bus se renversa et on dénombra plus d’une centaine de victime, ce qui constitua le pire accident dans l’histoire de la Bolivie. Cela laisse imaginer aussi le nombre de passagers que ce véhicule contenait pour un autocar dénombrant d’ordinaire une quarantaine de places assises. Ceux qui ont déjà voyagé en Amérique Latine sont désormais familiers de ces moyens de transport bondés, au-delà du raisonnable, ce qui me valut d’écrire une chronique pimentée dans mon premier livre, LIBRE, après une mémorable expérience vécue au Guatemala.

Désormais, la fameuse Route de la mort n’est plus qu’une attraction touristique pour cyclistes en mal de sensations fortes. On y descend une soixante de kilomètre en direction de Coroico, le long d’une piste non carrossée, faite de caillasse et de terre, qui se transforme souvent en boue à cause de l’humidité ambiante ou des nombreuses cascades qui dégringolent directement sur la route et rincent le voyageur. Le trafic des camion, des autobus et des autos a été délesté sur la route principale, désormais goudronnée. La première moitié de la route de la mort, la plus haute, ouvre sur des paysages spectaculaires qui obligent à s’arrêter pour s’émerveiller longuement et immortaliser le point de vue. Elle devient plus docile et banale sur la dernière moitié, à l’approche de Coroico. L’imaginaire prend désormais le pas sur la réalité. La route vaut le détour pour les lieux exceptionnels, pour ce ruban de terre qui sillonne au cœur d’une nature intouchée, les pentes indociles des sauvages Yungas.

Mais pour quelqu’un comme moi qui passa l’essentiel de son existence sur la route escarpée de l’Amor, je ne pouvais résister à l’envie d’aller, avec le cœur battant et l’amour du frisson, me mesurer à cette route de la Mort et à ses belles promesses. Même si elle n’est plus synonyme de trajets héroïques, elle vaut franchement le déplacement, surtout si on a la chance de la faire en moto, sans une cohorte de joyeux et bruyants cyclistes, chaperonnés par un guide touristique. 

Je conclurai cette chronique, une fois n’est pas coutume, par une pirouette trompe-la-mort et pas par une citation. Quand on sait que l’Amor donne des ailes, on s’aperçoit vite que la fréquentation de tout précipice et la perspective vertigineuse de sa mort propre mort, quelle que soit l’altitude à laquelle on aspire et le grand vide existentiel auquel on est parfois confronté mettent fatalement du plomb dans l’aile. Alors, est-il osé de conclure qu’Aimer et Voyager sont les plus sûres et plus belles manières de joyeusement s’envoyer en l’air ? 

Je sais, je sais … 😉

Il ne me reste plus, au terme de cette expérience, qu’à traîner Madame la Mort devant les tribunaux pour faux et usage de faux.

Amis lecteurs, je vous souhaite désormais une belle route… de la Vie !

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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