Celle de la Terre

Permettez-moi de vous parler d’une personne qui a changé ma vie. Un long chemin, fait de hasard, de chance, de volonté mais aussi de désir, d’admiration et d’inquiétude, m’a conduit jusqu’à elle. Ce fut une rencontre bouleversante, de celle qui change nos priorités et en définitive, notre trajectoire de vie. 

Mais laissez-moi vous parler d’elle, avec mes mots, afin que vous compreniez ce qui arrive.

Cette personne s’appelle Peroba Amarela. Nul doute qu’elle doit avoir de lointaines racines indiennes pour porter un tel nom. Elle est née il y a vingt-cinq ans, à Aimorés, une petite ville du Minas Gerais, une région centrale du Brésil, plus vaste que la France. Quand je dis elle, je pourrais tout aussi bien dire il, car Peroba est née avec une différence notoire, avec une caractéristique en avance sur son temps, surtout dans ce coin du Brésil, où la tradition catholique et le patriarcat ont encore de beaux jours devant eux. Vous l’aurez compris, Peroba n’est ni un garçon, ni une fille. Elle n’est pas genrée, comme disent de nos jours les gens qui passent toute la société au Woke. Mais laissons-leur cette obsession des étiquettes. Après tout, c’est leur cuisine et Peroba n’en a jamais souffert. Elle est en quelques sorte hermaphrodite, mais cela n’a guère d’importance, car c’est avant tout un être exceptionnel. 

Lorsque les gens désignent Peroba, en évitant de l’appeler par son prénom ou parce qu’ils l’ignorent, ils disent « il » et lui accole un article masculin, souvent un L apostrophe, comme dans L’homme ou L’arbre. Je ne peux faire ici l’économie d’une pirouette pleine de sens, en remarquant que si « le L apostrophe » … c’est que le genre féminin n’est pas loin !

Les gens disent certainement « le ou il » par convenance et en raison de sa haute taille, de son allure vigoureuse, dépassant désormais de plusieurs têtes ses congénères. Mais franchement, selon moi, après l’avoir longuement observée et l’avoir pris dans mes bras, pour ressentir son énergie vitale, je dirais qu’il a tout d’une femme, contrairement aux apparences. Disons que pour trancher, il a la force d’un arbre et la délicatesse d’une fleur. Il a le courage opiniâtre caractéristique de ceux qui ont su s’élever, dès leur plus jeune âge, hors de leur condition et dans un climat hostile. Mais Elle a la sensibilité, une subtile capacité d’adaptation, l’amour de la vie et de la transmission qui sont des qualités que l’on trouve si fréquemment chez les femmes, à qui chaque homme doit pourtant tout, en commençant par sa naissance ! 

Alors, est-ce un homme ou une femme ? Est-ce que cela importe ? N’est-ce pas une chance inouïe de cumuler en un même corps, ces deux richesses souvent antinomiques, mais pour le moins complémentaires, comme si dans le combat tellurique que se mènent Mars et Vénus, depuis le jardin d’Eden, c’était Eve la vénusienne qui raflait la mise. Il parait que le XXIème siècle sera féminin, il faut bien avouer qu’il enregistre un sacré retard et que le combat vers l’équilibre légitime entre les genres ne fait que commencer.

Après une dizaine de jours de présence aux côtés de Peroba et au milieu de ses camarades, j’avoue avoir penché pour son côté féminin. Je me suis souvent entendu, dans le feu des conversations, l’évoquer en disant « Celle », plutôt que « Celui », ce qui justifie en partie le titre de cette chronique.

Peroba est la fille de Lélia, sa maman, et de Sébastião, tous deux de nationalité brésilienne. Elle a deux grands frères, Juliano l’aîné et Rodrigo, que j’avais eu la chance de croiser à Paris, il y a quelques années. Quand on voit l’amour que ces derniers portent à Peroba et la passion qu’ont déployé ses parents, depuis plus de deux décennies, pour l’élever, on peut en conclure que Peroba, quel que soit le genre qu’on souhaite lui donner, fut une enfant choyée et désirée au plus haut point !

Elle eut une enfance heureuse, même si ses premières années ne furent guère faciles, dans ce coin du Brésil. Sebastião, son père, économiste de formation, s’était découvert une passion pour la photographie et passa le plus clair de son temps sous d’autres latitudes, pour témoigner, rapporter, montrer aux êtres humains, ce dont les hommes sont capables, au quatre coins du monde, le meilleur comme le pire. Malheureusement, le pire finit par faire lourdement pencher la balance. Lélia, véritable boule d’énergie, s’occupait de l’intendance, assurait le ciment de la famille et faisait preuve d’un courage jamais démenti pour que la petite entreprise familiale deviennent une réussite exemplaire d’amour et de notoriété.

Je me rappelle un diner, à Paris, où nous étions assis à la même table. Je découvris que Sébastião et Lélia étaient marié depuis 1964, mon année de naissance. Dans l’enthousiasme de la conversation, je fis la remarque à Lélia, qu’elle était pour moi l’incarnation vivante de ce dicton français qui dit, que « derrière un grand homme, il y a toujours une grande femme ». Elle me répondit avec finesse, sans se départir de son tempérament volcanique : « Pourquoi derrière ? à côté ! ». C’est dire si cette famille est emprunte d’une certaine flamboyance, qui se retrouve désormais dans les gènes de la petite dernière, mon ami(e) Péroba ! 

Dire qu’à l’époque, dans ce diner parisien et amical donné en hommage à la carrière de Sébastião, je ne connaissais que les deux garçons et ignorais l’existence de la petite dernière que je surnomme : Celle. Je prends conscience aujourd’hui, en écrivant ces lignes, que Sébastião devint père, une troisième fois, à l’âge de 53 ans. Respect ! Aux lecteurs qui s’étonnent d’une telle décision, qu’ils se rassurent, ils ne vont pas tarder à avoir le fin mot de l’histoire.

Mais revenons à Celle à qui je dédie cette chronique brésilienne et qui m’apprit tant de choses sur la vie et sur l’avenir, du haut de ces 25 printemps.

Contrairement à ses deux parents, Peroba, n’a jamais voyagé. Elle est née et a vécu exclusivement à Aimorés. Durant ses plus jeunes années, disons après sa période de bac à sable, en définitive le seul Bac dont elle peut réellement se vanter, elle fut élevée avec l’aide d’un tuteur, tandis que son père était par monts et par vaux, et que Lélia effectuait de fréquents allers-retours entre la France et le Brésil. De quoi forger un caractère et une véritable résilience chez la toute jeune Peroba ! Dire qu’elle prit racine à Aimorés n’est, somme, toute pas un vain mot !

C’est à ce moment de cette histoire familiale, cher lecteur ou lectrice, que j’aurais tendance à vous dire « Prenons-en de la graine ! ». Et vous allez comprendre pourquoi…

C’est donc dans ce coin reculé, méconnu des hordes de touristes, loin des plages paradisiaques et des villes à la mode du Brésil, que Peroba a grandi. Elle naquit dans la propriété familiale paternelle, la Fazenda Bulcão, la terre de son grand-père qui élevait du bétail, là-même où son père avait usé ses fonds de culottes courtes et fait ses classes au milieu d’une nature foisonnante, constituée des forêts luxuriantes qui composaient la Mata Atlantica, la forêt Atlantique brésilienne, le second poumon que ce pays a offert à la planète avec l’Amazonie. L’école primaire fut pour elle, une sorte de pépinière. Elle y apprit les rudiments de la vie, cette alternance étonnante qui compose l’existence entre la beauté infinie, la poésie du vivant et la rudesse qu’implique la survie, le combat quotidien et exigeant pour qui veut surnager sur les autres espèces ou simplement exister. 

Dans le monde moderne où l’urbanisation est la règle, le citadin voit souvent les grandes villes comme une sorte de jungle urbaine. Mais Peroba, dans cette petite cité d’à peine vingt-cinq mille âmes, savait que le combat de la vie véritable se jouait davantage sous ses pieds que dans les récits du bout du monde que son père photographe lui relatait lors de ses fréquents séjours. D’autant qu’à l’époque de sa naissance, en 1998, la terre familiale était devenue un véritable désert, faite d’espaces arides, de pâturages moribonds qui avaient succédé à la folle volonté des hommes de tout déboiser, d’exploiter le moindre hectare pour en tirer de l’argent. Comme dans tant d’autres lieux sur Terre, les hommes avaient cédé sans conscience à l’appât du gain et n’avaient fait que creuser leur tombe. 

La Fazenda Bulcão était devenue une ferme improductive, dévastée, les sources et les ruisseaux avaient disparu, et avec eux, les bêtes, la faune sauvage et les cultures. Tel était le paysage austère et dénué d’espoir du bassin du Rio Doce, aussi vaste que l’Autriche, où s’épanouissaient, quelques décennies auparavant, les centaines d’hectares de verdure de la propriété familiale. Il faut beaucoup d’imagination ou avoir connu la guerre ou bien un génocide (on parle désormais d’éco-génocide) pour comprendre comment se forge l’esprit de résistance, la volonté de restaurer ce qui ressemblait à un paradis terrestre et la force d’œuvrer à un monde meilleur, comme cette belle énergie animant une jeunesse, bien décidée à ne pas suivre les pas délétères des générations qui les ont précédées. 

Peroba, dès ses années de collège, compris qu’elle ne devait pas seulement être une militante ou une activiste, mais devenir un véritable soldat de l’avenir, une sorte de casque bleu de Gaia, farouchement impliqué dans la défense de l’environnement et la cheville ouvrière, d’un monde résolument nouveau, un phare dans la tempête d’un monde déboussolé, qui œuvrerait activement, utilement au renouveau de notre planète. 

C’est ce que je compris d’emblée en la rencontrant. Après dix jours de présence muette et respectueuse à ses côtés, en la voyant œuvrer pour rebâtir, lutter jour après jour. Tandis que ses parents avaient dépensé leur existence à témoigner des méfaits des hommes, elle avait décidé de tirer la substantifique sève de leur parcours exemplaire, en transmutant les constats dont ils avaient été les témoins, pour revendiquer une philosophie de l’action, courageuse, prospère et magnifiquement positive ! 

Mais je dois vous expliquer quelque chose, et en le faisant, m’avouer à moi-même ce qui me semble le plus important dans la vie, et ce qui m’a finalement le plus bouleversé dans ma rencontre avec Peroba. Je dois vous dire que ce n’est pas l’esprit de résistance, la combativité, la majesté apparente derrière laquelle on ressent sa force palpable, presque sauvage, qui m’ont séduit au bout de ces quelques jours à l’observer, dans son milieu naturel, là où elle a décidé de grandir, avec la complicité de ses parents. Non, ce qui m’a frappé après des heures à la regarder vivre, en cette terre qui restera pour moi, à jamais étrangère, c’est la dimension symbolique, presque poétique, qui justifie son existence et à laquelle j’espère rendre hommage par cette chronique. Inutile de préciser que le nomade que j’ai choisi d’être, se déracinant par nature, fut particulière sensible à cet être singulier qui revendiquait fièrement ses racines, qui faisait tout pour s’implanter profondément dans sa terre natale et défendre ses valeurs sans chercher ce pourquoi il était fait ou se laisser séduire par de lointains horizons.

« Vivre et s’entraider » était sa raison d’être. Cela me rappelait cette philosophie africaine de l’Ubuntu, qui peut être résumée ainsi : « Je suis parce que nous sommes », décrivant la notion de communauté et d’interdépendance entre les êtres.

J’ai rarement vu un être vivant si habité par son devoir de vivre. Je devrais même dire, sa mission de vivre ! Elle est un exemple pour toutes les espèces qui vivent et se débattent quotidiennement sur cette planète afin de survivre, pour faire prospérer leur propre espèce en parfaite harmonie avec les autres, contrairement aux hommes qui s’arrogèrent un jour le droit, auto-conféré, de dominer ou d’inféoder tous les autres êtres vivants sur terre. De toute évidence, Peroba n’est pas de cette engeance. Elle réinvente un monde nouveau, un avenir serti d’espoir, où chaque être a une place, une fonction, et entre en harmonie avec tout ce qui constitue le vivant. J’ai été fasciné de la voir vivre. Chaque jour, elle se peignait avec le vent qui descendait aimablement des collines environnantes. Les oiseaux venaient lui chanter chaque matin les chansons à la mode ou déclamer les nouvelles du jour qui auraient paru si futiles à la plupart des humains. Un jour, c’était un mercredi, elle accueillit l’orage, mais parut ne pas s’en soucier, redistribuant ses trombes d’eau à tous ses amis des alentours, plantés en cercle autour d’elle, comme on le fait parfois autour d’un feu. Peroba était la vie et, à la regarder, je retournais sur les bancs de l’école.

Certains d’entre vous auront sans doute deviné que mon amie Peroba n’est finalement ni une fille, ni un garçon. Elle est notre avenir à tous. Elle appartient à une espèce essentielle à la vie sur Terre, qui compterait trois mille milliards d’individus et dont les scientifiques ne cessent de découvrir le rôle prépondérant pour le climat, leur intelligence relationnelle, leur époustouflant réseau de communication ou encore leur immense pouvoir guérisseur, qualité qui n’a pas échappé à tous les peuples indigènes.  Peroba est bien un être vivant, mais le seul être non-humain d’un livre de portraits résultant de mes rencontres du bout du monde, ouvrage que je publierai avant l’été 2023. Peroba la jaune, comme son nom la qualifie, est un arbre. Le premier arbre planté par Sébastião et Lélia Salgado à l’Instituto Terra.

Sans doute est-il temps que je vous parle de cet institut, qui est une fondation pour l’environnement, au sein duquel j’ai passé dix jours merveilleux et riches d’enseignement pour notre futur à tous, mais encore davantage pour celui de nos enfants. Je remercie Lélia et Sébastião pour leur amicale hospitalité, ainsi que leur formidable équipe qui s’est rendue disponible pour m’expliquer leur action, décortiquer l’espoir qu’ils avaient pour une planète en renouveau, cette poignée de résistants qui réensemence la vie dans une région dévastée par les hommes à courte vue, qui redonne vigueur, de toutes leur forces, à la Mata Atlantica, la Grande Forêt Atlantique. J’espère que ces quelques lignes leur rendront hommage et continueront de nourrir leur passion, en leur démontrant combien ils sont admirables, courageux et si porteurs d’enthousiasme. Voilà une jolie mission de vie, « porteur d’enthousiasme », pas pour moi, ni pour eux-mêmes, mais pour les générations à venir. 

Charles Darwin s’était émerveillé à la vue de la Mata Atlantica et écrivit dans son journal, en 1832 : « « C’est un pur plaisir, même s’il s’agit d’un terme faible pour exprimer les sensations d’un naturaliste qui s’est aventuré pour la première fois dans la forêt brésilienne ». Malheureusement, il ne reste plus aujourd’hui que 10% à peine de la Mata Atlantica, victime durant des décennies de l’incurie des hommes, de l’urbanisation galopante sur les côtes brésiliennes, de la spéculation immobilière autour des grandes métropoles, de l’exploitation des terres par l’industrie minière, mais en grande majorité de la déforestation sauvage pour installer d’immenses espaces consacrés à l’agriculture et à l’élevage intensifs, sans parler du commerce effréné et souvent illégal des ressources forestières. Ce que nous mettons dans nos assiettes, le bois de nos placards et le choix de notre énergie dévastent des biosphères indispensables à la vie sur Terre, mais nous évitons de le voir, de s’en incommoder tant que cela se situe à l’autre bout de la planète. Or, la Mata Atlantica est notre jardin à tous, ce coin du Brésil est aussi le lopin de terre qui nous a été confié, dont on a hérité pour le léguer à nos descendants.

La tâche est colossale et le combat peut paraître tardif et bien déséquilibré. La Mata Atlantica, moins connue que l’Amazonie, est bien plus dégradée et toute aussi menacée. Selon l’ONG SOS Mata Atlantica, la surface déboisée a continué de progresser de 66% en un an, entre 2021 et 2022, relâchant plus de 10,3 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Une folie encouragée par le gouvernement d’extrême droite de Bolsonaro. Depuis son arrivée au pouvoir, en janvier 2019, la déforestation annuelle moyenne de l’Amazonie brésilienne a augmenté de plus de 75% par rapport à la décennie précédente. Et puisque les Brésiliens et les hommes en général aiment le ballon rond, parlons football tant que les humains restent sourds aux faits et détournent leur regard de cette épouvantable réalité. Le World Ressource Institute de l’Université du Maryland a révélé dans sa dernière étude (Avril 2022) que 11,1 millions d’hectares ont été perdus dans les régions tropicales en une année, dont 3,75 millions dans les forêts primaires. Cela représente l’équivalent de 10 terrains de football par minute que l’on fait disparaître de la surface de la terre, relâchant 2,5 gigatonnes de CO2 en 2021, soit l’équivalent des gaz à effet de serre annuelles de l’Inde. Plus de 40% de la forêt primaire perdue en 2021 l’a été… au Brésil, qui abrite un tiers de la forêt primaire restante dans le monde. 

Alors oui, la tâche est immense mais comme souvent dans l’adversité, il faut savoir puiser son courage et l’espoir en un avenir meilleur, dans l’immensité des enjeux à défendre et la foi en sa juste cause. C’est tout le symbole que porte Peroba Amarola, devenu le logo de l’Instituto Terra, qu’arborent fièrement les 90 employés, sans compter les élèves et bénévoles de cette fondation remarquable, créée en 1998 par Lélia et Sebastião Salgado, dans le but de promouvoir des programmes et des actions de conservation, de restauration, de gestion et d’éducation environnementale. Je laisserai Sebastião en parler mieux que moi, dans une vidéo particulièrement inspirante dont vous trouverez le lien en fin de chronique (accessible aussi par QR code) tournée dans le cadre des 50 ans du programme sur l’Homme et la Biosphère (MAB) de l’UNESCO.

Depuis 1998, mon ami(e) Peroba a été rejoint par 3 millions d’autres arbres, occupant désormais 700 hectares, soit la totalité de la superficie de la propriété familiale. L’Instituto Terra est une initiative exemplaire dont la réputation dépasse désormais la vallée du Rio Doce ou les frontières du Brésil. Comme toujours, après 25 longues années d’efforts, d’apprentissage, d’acharnement parfois, les soutiens finissent par se multiplier, l’horizon se dégage et se pressent ceux qui ont l’habitude de venir au secours de la victoire, sans doute attirés par l’urgence climatique et la notoriété mondiale du grand photographe. La fondation prévoit de s’étendre sur 5000 hectares dans les années qui viennent, ce qui représente la moitié d’une ville comme Paris et de planter 10 millions d’arbres. Certains objecteront que c’est une goutte d’eau positive dans un océan de désastre environnementale. Mais comme nous le rappelait Théodore Monod, le grand explorateur et naturaliste qui a traversé tout le XXème siècle, si représentatif de la folie des hommes : « Le peu, le très peu que l’on peut faire, il faut le faire quand même. »

En guise de conclusion et avant de passer la parole à Sebastião pour un témoignage qui sera je l’espère amplement partagé, je terminerai ces quelques lignes sur les mots de René Char, poète de l’adversité et grand résistant durant les heures les plus âpres de l’histoire, où tant d’hommes se terraient chez eux, étourdis ou apeurés, tandis qu’une poignée d’intrépides, portés par un rêve plus grand qu’eux, prenaient le maquis et relevaient leurs manches, quand les autres baissaient les bras : 

 “Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. 

C’est l’oiseau inconnu, il chante avant de s’envoler.”

Vous savez désormais, de quel arbre et sur quelle branche nichait l’oiseau annonciateur des grandes espérances. Celle de la Terre !

Pour mieux connaître l’œuvre de Sebastião Salgado ou découvrir l’Instituto Terra, vous n’avez qu’à scanner le QR code ci-dessous, avec l’appareil photo de votre téléphone ou à cliquer sur le lien.

Le lien vers les documentaires

Découvrez ci-dessous, en images, l’Instituto Terra au travers d’une visite commentée par mes soins.

L’instituto Terra – 700 hectares dédiés à la préservation de la Mata Atlantica, à la reforestation, à la recherche et à l’enseignement autour de programmes et techniques agronomiques innovantes.

Importance et splendeur de la Grande Forêt Atlantique du Brésil

Tout commence par les semences et la connaissance des êtres vivants que sont les arbres. Au laboratoire, on étudie, on apprend, on sélectionne les meilleures semences naturelles. L’équipe de l’Instituto se procure les graines à plus de 200 km à la ronde pour garantir une richesse et une diversité génétique des futurs arbustes. La vigueur, la qualité, la longévité de la forêt renaissante en seront augmentées.

Vient ensuite la partie sans doute la plus passionnante mais aussi la plus délicate: la Nurserie ou pépinière. C’est le service de Néonatologie de l’Instituto. Les graines y germent, se développent, sont replantées puis nourries dans des tubes qui les accueilleront jusqu’à ce que le nourrisson devienne un jeune enfant désireux d’aller se frotter au vrai monde de la forêt. Cette étape va durer entre 6 à 24 mois, selon les espèces, allant du premier germe jusqu’à l’endurcissement de la jeune plante, aguerrie au manque d’eau et à l’excès de soleil. C’est, en bout de chaîne, l’usine à champions du végétal !

Enfin, le dernier stade: la vraie vie. La forêt ! Travail des sols, plantation des jeunes arbres, observation, remplacement des arbres ou générations qui n’ont pas résisté. Comme pour des vendanges, la période des plantations est particulièrement délicate et représente un véritable challenge pour toute l’équipe, car le temps est compté. Il faut profiter de la saison des pluies où l’eau est abondante mais cela dure peu de temps (deux à trois mois tout au plus). C’est là que l’arbrisseau prend son élan et développe toutes ses chances.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

10 commentaires sur « Celle de la Terre »

  1. Magnifique éducation environnementale mon cher Fred.
    Il est bon de te lire toujours si lucide et encore porteur d’espoir. C’est bien la nuit qu’il est beau de croire en la lumière.
    Basgi de Corse, Paris et du cœur.

    Aimé par 1 personne

  2. Cher Fred j’avais gardé mais zappé cette chronique et je la découvre aujourd’hui avec bonheur et admiration.
    Entre récit poétique et cours de SVT comme on appelle actuellement à l’école les sciences de la terre ta passionnante et captivante histoire de cette belle Pérora et de ses parents m’a instruite et enchantée à la fois. Puissent beaucoup de nos contemporains finissent enfin par comprendre l’urgence de leur changement de cOmportement.
    Merci pour ce beau moment de lecture.

    Aimé par 1 personne

    1. Mille mercis ma si chère Ghislaine. Une seule lectrice comme vous vaut et justifie toute la peine d’écrire ces chroniques et le temps que j’engouffre a essayer de partager mes aventures et leurs enseignements.. Alors oui merci d’apprécier quand je me mets à pérorer au pied d’un arbre! 😉

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