Un dimanche en fleur

J’étais sur une terrasse fleurie et colorée,

Située en surplomb de cette bourgade vallonnée qu’est Bento Gonçalves, la porte d’entrée de la jolie vallée des vignobles, au nord de Porto Alegre.

Concentré sur la fin d’une chronique en cours d’écriture sur l’Afrique,

Enfumé par mon cigare italien sec comme une branche morte,

Je courtisais ma muse, qui dansait dans mes volutes et m’avait fait l’honneur de me rendre une petite visite inspirante, après des semaines d’absence et de caprices.

Je ne prêtais aucune attention à toutes les belles qui me faisaient de l’œil et tentaient de me détourner de mon texte sur la Namibie, dont l’accouchement s’était fait attendre et qui semblait enfin à terme. 

J’avais bien vu quelques Orchidées affriolantes coiffées d’un voilage jaune en guise de corolle, avec ce regard enjôleur et trop maquillé, comme le sont souvent les filles sur Instagram qui prétendent influencer le monde.

J’entendais piailler une bande d’Azalées, qui se réjouissaient comme de jeunes bachelières, d’avoir décroché leur Bac, fut-il en plastique, tout en pronostiquant leur avenir, forcément rose.

Je restais sourd aux appels peu discrets et aux sollicitudes racoleuses d’une petite Pensée, si provocante dans sa robe de velours pourpre enserrée à la taille. 

Que dire aussi de cet arbuste au joli nom de Tibouchina, si brésilien dans l’esprit, qui explosait littéralement de couleur, avec ses légions de fleurs violettes, qui ressemblent à un parc d’éoliennes avec leur cinq pétales, sur lesquels on devinait les mots : je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément et à la folie ? Espéraient-elles me faire tourner la tête, ces belles midinettes du vent ? 

J’avoue avoir craqué en constatant l’aristocrate posture de deux oiseaux de Paradis, ces fleurs à l’invraisemblable beauté, qui prennent l’apparence de volatiles en chemin pour le Carnaval de Rio. 

En me documentant, je découvris que cette espèce est originaire d’Afrique du Sud, dont je suis encore banni et où je n’ai pu achever mon périple de onze mois. Serait-ce un message des dieux ? 

Ma muse, un peu jalouse de leur grâce et d’une telle créativité, me rappela à l’ordre et m’enjoignit de revenir justement à mes considérations africaines. 

Après avoir relu une page, je me levai et allai contempler la ville qui s’étendait en contre-bas, constatant l’absence de spectacle de cette rue parfaitement déserte. C’est en tournant la tête, que je la vis, seule, au milieu de ses tiges épineuses, dodelinant de la tète, quelques gouttes de rosée perlant encore sur son cou délicat. Elle était la seule sur cette terrasse à ne m’avoir pas remarqué, la seule aussi à ne pas céder à de vaines manigances et à d’excessives mimiques consistant à me séduire ou à chasser mon inspiration. 

Je la dévisageais longuement, avec une insistance qui aurait pu être gênante. Elle ne broncha pas et ne détourna pas le regard. Elle était toute à sa contemplation, gracieuse dans sa robe jaune pâle et tout absorbée par ses prières. 

Pour elle, nulle besoin d’église en ce dimanche matin. Le dieu Soleil lui rendait une visite personnelle, comme deux vieux amis, et elle eut droit à une confession privée, dont les propos me demeurèrent inaudibles, malgré ma proximité et mes efforts ridicules pour tendre l’oreille. 

Nous restâmes longtemps côte à côte, sans mot dire, à contempler la vue vertigineuse sur cette ville assoupie. Le silence aurait pu être parfait, mais il était déchiré par les aboiements continus d’une bande de teckels mal-élevés qui régnaient sur tout le quartier, depuis le jardin de la maison d’en face. 

J’aurais pu rester toute une vie comme cela, sans bouger, muet, à côté de cette fleur charnue et taciturne. Nous étions deux, seuls au monde, ressentant la présence silencieuse et apaisante de l’autre. Le temps glissait avec douceur. Dans ce recoin d’Amérique du Sud, les heures aussi profitent de leur repos dominical.

Au moment, où mon esprit revint à des préoccupations plus littéraires et immédiates, je tournai les talons pour regagner ma table de travail, et c’est à cet instant que j’entendis une petite voix féminine, presque un souffle :

  • Je m’appelle Rose. Et vous ?

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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