Mots d’excuses

Quelle joie de débuter une nouvelle journée, aux côtés de mon fils qui dort encore, dans ce petit hôtel perdu dans la Pampa, qu’il va falloir quitter pour se jeter une nouvelle fois sur des pistes interminables. Mais quel joie aussi de s’extirper des limbes du sommeil, avec une tasse de café chaud, en découvrant les mots d’un inconnu, un lecteur bienveillant qui s’est échigné à glisser quelques amabilités dans ma boîte mail.

L’écriture est un boomerang de mots qu’on lance dans l’inconnu, avec le secret espoir que quelqu’un s’en saisisse, ou pour le moins, s’y reconnaisse et éprouve de l’émotion. Et parfois, pour notre plus grand bonheur, le boomerang revient vers nous, avec les empreintes d’un regard fraternel, avec quelques mots de remerciement qui constituent, à eux seuls, les plus beaux droits d’auteurs dont un écrivain puisse rêver et un dédommagement pour toutes ces heures passées à vivre, à écrire et à partager, à tenter de sauver la part de fraternité qui fait encore tenir le monde debout.

Extrêmement touché par ce témoignage matinal, par la gentillesse de cet homme qui a pris le temps de témoigner de son histoire et de sa gratitude, je ne peux que vous livrer ces quelques mots, avec complicité et avec son autorisation, afin de vous associez à cette joie spontanée qui fait de nous des humains.

« Monsieur,

Je voudrais tout d’abord vous remercier pour m’avoir donné l’opportunité de parcourir, avec vous, des routes sud-américaines dont j’ignorais l’existence et que je n’aurais certainement jamais connues.

J’ai lu votre récit (Libre) entre juillet 2021 et hier, à petites gorgées, pour en apprécier toute la saveur, et ce n’est pas une simple image.

Le livre m’a été offert, en juin dernier, par une de mes classes, à ma sortie de l’hôpital où j’étais entré suite à deux épisodes cardiaques. Et ce n’est pas anodin que ces élèves, habitant une ville normande en zone d’éducation prioritaire sans librairie, soient allés dans un centre Leclerc pour m’acheter un livre et ce n’est pas un hasard si, comme je le suppose, le vendeur ou la vendeuse leur a conseillé cet ouvrage puisque je n’avais cessé de leur raconter mes propres voyages et aventures (sur d’autres continents que l’Amérique du sud, dans d’autres circonstances que les vôtres et dans des conditions matérielles bien commodes).

Je ne veux pas vous ennuyer davantage, mais sachez que la lecture de vos mois de solitude et de rencontres sera certainement le moteur de mon propre départ, dont l’échéance n’est pas fixée mais que je sens proche et déterminée.

Merci encore pour ces bons et beaux moments de partage.

Bonne continuation.

Cordialement.

Christian G. »

L’échange et le partage ne seraient pas complets, si je ne vous associais pas aussi à la réponse que je me suis empressé de lui faire, alors que nous devions nous mettre en chemin pour quatre heures de moto.

« Bonjour Christian, 

Votre adorable message me cueille en pleine Pampa, dans le nord de la Patagonie, que j’arpente avec mon fils de 23 ans qui m’a rejoint, sans doute pour nous retrouver et ressouder les liens, après 11 mois d’absence africaine, et pour connaître un peu la drôle de vie de son père baroudeur. 

Je suis heureux que vous ayez apprécié ce premier livre et vos mots me vont droit au cœur. Quel plus beau dividende pourrait recevoir un écrivain, qu’un tel témoignage, que la certitude que ces mots ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd, et qu’ils continuent de fleurir et d’inspirer, ne serait-ce qu’une personne sur Terre ?

Je remercie, par ricochet, vos élèves pour leur humanité et cette générosité dont ils ont fait preuve, ainsi que ce vendeur anonyme qui nous a, en quelque sorte, mis en relation ! 

Quand mes pérégrinations argentines prendront fin, à la fin du mois, je devrais mettre la main à mon dernier livre, par l’écriture de cinq ou six nouvelles chroniques de voyage sur l’Afrique. Mon éditeur les attend avec impatience. Peut-être aurons-nous le plaisir de voyager à nouveau ensemble sur les terres époustouflantes de l’Afrique. Le nouvel opus s’intitulera BIEN VIVANT – Écrire sur les chemins d’Afrique.

Où habitez-vous Christian ? Si jamais il me vient la drôle d’idée de remettre les pieds chez les gaulois, j’aurais plaisir à vous rencontrer, pour ce qui sera sans aucun doute une conversation passionnante.

C’est à mon tour de vous remercier du fond du cœur et de vous souhaiter bon pied, bon œil pour vos projets de nouvelle vie !

Il n’y a pas d’âge pour renaître et se prouver que l’on est bien vivant.

Amicalement

Frederic Pie »

Une demi-heure après avoir adressé ma réponse à cet adorable lecteur, je lisais à mon fils, le message qu’il m’avait envoyé, tandis que nous dormions à poings fermés. Il m’écouta attentivement et lorsque que je finis la lecture et le regardais, il avait les yeux embués de joie et d’admiration, touché comme moi en plein cœur. 

  • « C’est génial comme métier ! De faire voyager et d’inspirer les gens… »

Ces mots de mon fils, et le regard qu’il avait à cet instant précis, sont pour moi des mots d’excuses pour ces années d’école buissonnière que je lui ai imposées, loin de lui à jouer au plumitif vadrouilleur, tandis qu’il s’échignait avec malice et élégance à devenir un homme. C’est aussi un formidable blanc-seing qu’il me signe, pour poursuivre mes pérégrinations sur les chemins du monde, à condition d’écrire sans relâche, de continuer d’inspirer certains de mes semblables, en faisant tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’ils s’évadent et conquièrent leur propre liberté. 

Il n’y a pas de plus beau chef d’inculpation que d’être complice d’évasion !

L’aventure ne fait donc que commencer…

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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