Vivement vendredi !

Je voudrais rendre hommage, dans cette chronique, à une amie remarquable, à ce qu’il convient d’appeler une femme extraordinaire.

Ceux qui ont lu mon premier livre, LIBRE – Écrire sur les chemins du monde, ou me suivent depuis longtemps, connaissent Beatriz et savent combien elle a compté pour moi. 

J’ai rencontré Beatriz en 2019, peu de temps après avoir acheté ma moto à Lima pour aller explorer en toute liberté les Andes, le Pérou, la Patagonie jusqu’à Ushuaia et le reste de l’Amérique Latine. C’était avant qu’un virus et une pandémie de peur n’arrêtent une planète tout entière, avant que j’aie fini de faire le tour d’un monde déboussolé.

Je m’étais arrêté à Pisco, petite ville côtière au Sud de Lima, pour y passer la nuit, faire provision de soleil et de chaleur, avant d’aller grimper sur les hauts plateaux andins, balayés par des vents indociles et perchés à des altitudes glaciales. Nous avions fait connaissance et parlé durant des heures de nos vies respectives. J’ignorais alors que je venais de planter, sans le vouloir, une graine au fond du cerveau de Beatriz, le germe tenace et prolifique de la Liberté absolue !

Durant les mois qui suivirent notre unique soirée de discussion, Beatriz décida de mettre un terme à sa vie de sacrifice et de labeur incessant. Il était temps de s’occuper d’elle-même, d’arrêter de se consacrer exclusivement aux autres, au point d’oublier sa propre vie, pour enfin vivre ses rêves et suivre en quelque sorte mon exemple. Le temps d’un « égoïsme positif » était venu et elle cessa cette abnégation excessive dans laquelle elle avait engouffré plus de vingt années de sa vie. Sans que je le sache à l’époque, elle vendit son café et mis en vente sa maison pour partir sur les chemins du monde, à la rencontre de gens fabuleux et d’elle-même. Elle m’a rejoint en Patagonie et nous avons voyagé ensemble, sur ma moto vers le Sud du continent américain, puis sommes remontés vers Buenos Aires. L’épidémie de Covid nous arrêté à Puerto Piramides, minuscule ville située sur la côte argentine, seule bourgade de la magnifique Péninsule de Valdés, où nous nous sommes confinés durant trois mois. En juin 2020, nous avons repris notre liberté, mis entre parenthèse la jolie relation amoureuse qui nous unissait et sommes repartis chacun vers notre pays d’origine et, en quelque sorte, vers nos destins respectifs.

Le temps et la distance ont fait leur œuvre et ont mis un terme définitif à cette histoire d’amour qui s’est transformé au fil des mois en une indéfectible amitié. Tout comme j’ai repris le cours de mon voyage, dès que j’ai pu, en repartant vers l’Afrique, Beatriz s’est envolé pour l’Europe qu’elle a visité en tous sens durant de longs mois. Elle devait ensuite rejoindre le continent indien pour intégrer une association humanitaire et œuvrer à l’éducation de centaines d’orphelins et d’enfants des rues, mais les conditions sanitaires et la paralysie planétaire que généra le Covid ne lui permirent pas d’obtenir son visa. Elle est repartie quelques temps aux États-Unis et en Amérique Latine, et vient d’arriver il y a quelques jours en Alaska qu’elle compte explorer jusqu’à la fin de l’été.

C’est de là qu’elle nous fait parvenir ces quelques mots qui témoignent de l’être libre et de la voyageuse émerveillée qu’elle est désormais devenue. Ce qui est singulier dans notre histoire, c’est que l’on n’a pas besoin de porter, comme moi, le nom d’un oiseau pour pouvoir s’envoler un jour vers d’autres horizons. Mon amie nomade s’appelle Beatriz Paredes qui signifie « Murs » en espagnol. 

Elle a vécu l’essentiel de son existence enfermée entre les quatre murs que sont la Religion, le Patriarcat, la Tradition et l’Oubli de soi. Il n’a suffi que d’une rencontre, d’un seul soir, d’une belle dose de courage et de l’encouragement de ses propres enfants pour faire voler en éclats tous ces murs et ses chaînes qui l’empêchaient de vivre et d’expérimenter La Vie. 

Voilà son témoignage et son billet du jour :

« Lorsque je vivais au Pérou dans les années 1990, j’avais un emploi de bureau qui impliquait de travailler du lundi au vendredi, et chaque lundi, je voyais comment les employés arrivaient pleins d’énergie, prêts à travailler et à gagner leur pain à la sueur de leur front, mais au fur et à mesure que les jours passaient, leurs forces diminuaient, et j’entendais comment ils se languissaient de l’arrivée du vendredi.

C’est ainsi que nous avons passé notre vie, à attendre le vendredi, à travailler très dur, puis à rêver de quinze jours de vacances, c’est-à-dire quinze jours ou peut-être trente avec beaucoup de chance pour s’échapper et oublier les 365 jours de l’année que nous passons malades, malades de ce virus qui est là mais que nous ne voyons pas, et cela s’appelle survivre. Vivre en voyageant n’est pas vivre en vacances, derrière chaque photo il y a une histoire, il y a la pluie, le froid ou la chaleur extrême.  Il y a une vie qui est vécue d’un autre point de vue mais qui est aussi chargée de tout ce qui vient avec la vie, les renoncements… Je ne vais pas dans le centre commercial des villes, ni dans les boutiques de souvenirs ou les resorts 5 étoiles. Il ne s’agit que de choix, il s’agit de voir de la couleur là où vous ne voyez que du noir ou du blanc, d’écouter en silence ce qui donne vie à l’âme. Là où le froid brûle et où la solitude a besoin d’un manteau, mais à la fin, c’est moi et personne d’autre qui choisis si je veux vivre sans attendre le vendredi chaque semaine, parce que mon aujourd’hui est le cadeau que je veux ouvrir comme on ouvre les cadeaux d’anniversaire, mon anniversaire. Je veux vivre chaque jour comme si c’était un vendredi, car je n’ai qu’aujourd’hui pour me réjouir et profiter de mon présent. »

Combien de millions de personnes laissent filer ce temps si précieux et se comportent comme Robinson Crusoé, se désespérant secrètement et rêvant d’une autre vie, en attendant Vendredi ?

Beatriz nous propose en guise de conclusion cette jolie et sage citation de Rachel Wolchin:

« Si nous étions faits pour rester au même endroit, nous aurions des racines au lieu de pieds. »

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

Un commentaire sur « Vivement vendredi ! »

  1. Thank you my dear Fred, I embrace this undeserved recognition with all my heart, we will always be what we cannot stop being, and questions matter if the answer is always Love.
    « In a world of the deaf don’t stop singing ». AJ

    Aimé par 1 personne

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