Zzz

Je suis en train d’écrire une chronique qui est sans doute l’une des plus belles histoires qu’il m’ait été donnée d’entendre et de relater, une véritable épopée humaine, l’histoire d’un homme, empreint de justice et de liberté qui fut au cœur des grands événements du 20ème siècle et qui donna libre cours à ses rêves pour qu’ils deviennent un véritable joyau d’architecture, d’histoire et d’humanité, dans ce bout d’Afrique qu’est la Zambie.

A suivre…

J’écris ces quelques pages à venir, en ce dimanche après-midi d’un octobre finissant, sur la rive surchauffée d’un fleuve imposant qui s’écoule inexorablement depuis des centaines de milliers d’années et qui prend sa source à quelques mille kilomètres de là, à Kalene Hill, entre les racines d’un vieil arbre.  

Il fait une chaleur étouffante avoisinant les 41 degrés. A cette température, rien ne bouge. Les hippopotames barbotent en ne laissant sortir que leurs nasaux et leurs yeux globuleux, et parfois un grognement pour qu’on ne les prenne pas trop longtemps pour des rochers immergés. Ils ont tout de même une réputation à tenir. 

Les crocodiles les imitent, inertes comme des troncs de bois morts sur le sable, prêts à se jeter à l’eau avec une rapidité saisissante, ou immergés et immobiles dans l’eau brune, dans l’attente de disparaître sous la surface de cet eau morne pour déchaîner leur fatale sauvagerie . 

Les éléphants sont aux abris. Les buffles s’agglutinent sous quelques acacias en attendant l’heure de l’apéro. 

Les oiseaux se gardent bien de voler. Les insectes attendent des heures plus propices. Les lézards lézardent. Les écrivains, aussi! 

Une brise intermittente et légère suffit à transformer cet Enfer insupportable, où le soleil de plomb consume tout, en un jardin d’Eden, paysage immuable depuis la nuit des temps. Mais cette fournaise implacable finit par avoir raison de la brise optimiste. Elle ralentit et se transforme en chalumeau. Tout s’appesantît: les gestes, les projets, les idées, les envies… Les doigts se figent sur le clavier, le regard s’immobilise et se perd dans ce paysage incandescent, l’inspiration disparaît, elle n’est plus qu’un brûle-poumon, un réflexe de survie pour absorber un air pénible, comme une eau qui ne désaltère pas, et non plus la danse légère des mots autour d’une idée. 

Je me lève et prends une photo. Même cela convoque toute ma volonté et représente un effort. 

De ce côté-ci, nous sommes en Zambie.

De l’autre côté, à moins d’un kilomètre, c’est le Zimbabwé.

Et au milieu, ce fleuve-seigneur qui constitue une frontière a lui tout seul, c’est le Zambèze. 

Trois Z en un seul cliché. 

Répétition d’une même lettre qui représente le symbole du sommeil: Zzz…

Que conclure d’un tel symbole? Déformation d’un amoureux des jeux de mots qui aime débusquer les synchronicités, ou simple hasard géographique qui prend la forme d’une facétie orthographique ? 

On n’a pas tous les jours l’occasion, quand en on est écrivain-voyageur de se retrouver au fin fond de l’alphabet et en même temps dans le cul de sac des noms de pays. 

N’est-ce pas la fin d’un écrivain quand il parvient avec tant d’obstination au bout de l’alphabet, quand il n’a plus qu’une seule lettre à sa disposition, et la moins usitée, même si parfois elle compte triple ?

Avec une telle chaleur, même une partie de Scrabble serait une performance olympique !

Mes yeux me brûlent. Je ne suis plus qu’un corps alangui, suffocant, transpirant. L’histoire attendra quelques heures. Cela fait un siècle qu’elle patiente et qu’elle survit aux canicules africaines qui précèdent la saison des pluies. Je vais tenter de survivre jusqu’à quatre heures du matin, heure à laquelle la fraîcheur revient sans parvenir pour autant à pénétrer dans les maisons. Je rêve de me jeter à l’eau et d’aller nager vers le milieu du fleuve. Mais le fait de savoir que la totalité des douaniers me guette depuis l’autre rive avec leur dents acérées et leurs larmes de crocodile faussement compatissants, suffit à me dissuader. 

J’opte pour une simple douche. La quatrième de la journée. Brûlante, naturellement… faute de mieux.

Ensuite, je fermerai les yeux et par mes lèvres entrouvertes s’échappera le signe de ma capitulation: Zzz…

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

2 commentaires sur « Zzz »

  1. Cher Frédéric
    Je viens de retrouver ta trace depuis mon pied à terre parisien près du Trocadéro(?)
    Ton récit me fascine et ton écriture est superbe/ je m en souviens parfaitement –
    Je commence à préférer les voyages immobiles qui me permettent de créer un univers moins féroce et … plus joyeux
    Sylviane Brandt-Burn

    Aimé par 1 personne

    1. Hello Sylviane. Voilà un message qui me fait plaisir et qui me cueille à l’autre bout du monde. Envoie-moi de tes nouvelles sur whatsapp (je n’ai pas changé de numéro) ou donne-moi tes coordonnées sur mon mail fpie@orange.fr
      Keep in touch mon amie:-)

      J'aime

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