Chacun sa route

Il était seul. Magnifiquement seul, dans ce ciel uniforme, d’un joli bleu cobalt, en ce dimanche après-midi.

J’y ai accroché mon regard, dès qu’il m’est apparu, pour ne plus le lâcher, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le lointain, sans se retourner.

D’interminables minutes à l’observer déambuler ainsi dans un ciel sans contrainte. Paisible, insouciant, ostensiblement libre. Il faisait envie.

Je l’ai immédiatement reconnu, bien que nous ne nous soyons jamais croisés auparavant. Nous appartenions à la même espèce, mués par les mêmes rêves opiniâtres.

Nous étions de la même trempe, issu du même chaudron. Je l’ai su à sa trogne ébouriffée, faisant résolument fi de son apparence, animé par une âme manouche et un puissant désir d’indépendance.

Il passait avec l’allure d’un escargot en fuite qui aurait délaissé l’Occident et ses mirages, mais suffisamment lentement pour profiter du spectacle et goûter aux joies de son tour du monde.

Comme moi, il venait de survoler les trésors du Mozambique, mais tandis que je piquais vers le Nord pour passer au Malawi, lui continuait en direction de Madagascar.

C’est ainsi le voyage. On croise par hasard un frère d’âme, avec qui l’on partage quelques bons plans et confidences, parfois dans le creuset d’une conversation passionnée, d’autres fois, dans un échange parcimonieux de mots profonds et sincères.

Unis par des souvenirs semblables, soucieux du respect de l’autre, animés par la même insatiable curiosité, puisant la même paix intérieure à la source de silences féconds, on devient compagnons de voyage.

Puis les chemins se séparent. Chacun repartant avec sa quête, dont il est le nom, abritant son secret. On se promet de se revoir en sachant parfaitement que cette éventualité est illusoire. Tant d’autres choses et d’autres êtres nous attendent. Ailleurs. Demain.

Lorsque ce petit nuage disparut en fonçant tête baissée vers l’Orient, avec sa solitude en bandoulière, avec sa belle inconscience comme carburant, que ceux qui ne voyagent qu’en bande, en surfant sur l’air du temps, prennent pour du courage, je sus qu’il n’était pas en cavale. 

Ce n’était pas un fuyard. Bien au contraire.

C’était un éclaireur.

Assumant ses risques et périls, il partait défricher les chemins du ciel.

Traçant son sillon loin des couloirs aériens, se moquant des frontières trop humaines, il ne revendiquait qu’une seule qualité, la plus rare :

Celle d’être libre comme l’air !

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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