Des jours sans fin

Des jours sans fin.

Ma vie ne vaut guère plus que le prix d’un ticket de métro reliant mon lieu de naissance à un terminus en construction,

Destination dont j’ignore la date et le coût d’achèvement des travaux, tout comme la situation finale et l’endroit du dernier coup de truelle.

La vie est ce trajet ferroviaire dans une ville devenue Monde, une ligne souterraine où se frôlent des inconnus taciturnes, égarés sur leurs écrans ou le regard vaguement plongé dans le vide de leurs rêves inaccomplis ou de leurs mornes préoccupations.

La vie, c’est ce cheminement en métropolitain dans une capitale inconnue où les stations empruntent le nom d’un ami, d’un pays d’accueil, le prénom d’un enfant ou le visage du désir.

Parfois, le voyage se déroule au grand jour et l’arrivée dans une station aérienne prend des allures de vacances. Alors, les lumières de la ville-monde inonde la rame et chasse l’obscurité des tunnels abrutissants. 

La vie, c’est aussi parfois la chance d’une panne technique où tout s’arrête. Soudain, le temps se fige.

Le silence remplace le bruit assourdissant. De longues et interminables minutes s’enchaînent. 

Rien, juste un immense rien traverse les minutes suspendues.

Les yeux se lèvent des écrans. Vient alors le troc des regards et des paroles timides.

On rouspète silencieusement. On se sourit, on s’impatiente, on rigole à la plaisanterie de l’intrépide.

Puis, la rame redémarre. Lentement le train-train de la vie poursuit son chemin et égrène les stations dans lesquelles on ne descend jamais.

Chacun replonge dans sa bulle protectrice, reprend son chemin vers ses obligations ou un rendez-vous manqué.

On apprendra plus tard les raisons du retard, par un entrefilet dans la rubrique fait divers du journal local. Ce matin, une jeune femme s’est donnée la mort. 

La vie c’est aussi la liberté d’en finir. Le suicide, ce geste individuel qui fait dérailler la vie des autres, quelques minutes simplement ou toute une vie, parfois.

Elle aura tant voulu que sa vie ressemble à un voyage en première classe vers une île ensoleillée. 

Ainsi vont les rêves, un nom sur la liste d’attente d’une compagnie aérienne imaginaire qui nous sortirait d’un métro transportant une foule de fantômes et d’absents.

C’est ça la vie…

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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