Et si…

“La nuit porte conseil” dit-on en français. 

C’est sans doute vrai, car la nuit vient de me réveiller, me tirant par la manche vers ces territoires insomnieux où nous aimons partir batifoler, nous deux. 

C’est sans doute vrai, car j’ai senti ton souffle facétieux, sur ma joue puis dans mon cou, comme celui que s’amuserait à faire une femme amoureuse, sur l’épiderme de son amant endormi, pour lui dire “viens ! Réveille-toi ! J’ai envie de jouer. J’ai envie d’écouter toutes les caresses que tu n’as jamais offertes à ces femmes du bout du monde. Réveille-toi mon chéri et montre-moi tous les gestes de tendresse que tu caches secrètement dans le coffre-fort de ton cœur vagabond. Apprends-moi comme je suis belle dans tes yeux encore ankylosés de sommeil, mais si purs de l’aube approchante.”

À 03:03 du matin, alors que Medellin dort sur ses deux oreilles, à cette heure où tous les chats sont gris et où les chiens de la rue se sont enfin tus, épuisés par tant d’aboiements sans lendemain, je suis là, veilleur de nuit, éclairé par la lueur de mon téléphone, et je pense à toi. Mes doigts font les cents pas sur un écran vitreux, comme une prostituée fatiguée sur les trottoirs déserts du centre de Medellín. 

Et depuis les parapets de ma nuit solitaire qui surplombe la grande cité endormie, je contemple ma vie si trépidante et si singulière, avec un sourire de satisfaction, et un brin de fierté de la mener ainsi, dans le labyrinthe de l’incertitude et dans le dédale des jours que mes pas doivent inventer chaque jour pour me trouver une raison de vivre. 

Avant de me lever et d’aller me préparer un second café, je me retourne et constate ton absence. Tout cela n’était qu’un rêve. Ton souffle sur ma peau était imaginaire. Tes éclats de rire au beau milieu de la nuit, n’étaient que le fracas d’un songe qui trahit ce manque de toi, cette envie bien réelle que tu sois là à cet instant, pour conjurer cette existence qui n’est tissée que d’absences. 

Je regarde l’oreiller blanc et vide qui singe ta présence. Je remarque le creux au milieu, comme si ta tête était encore posée, quelques minutes avant que l’insomnie ne vienne m’avertir de ta présence. Je caresse le creux dans le coton encore tiède qui trahit ton évanescente présence. J’ai presque envie de l’embrasser et de le serrer bien fort dans mes bras, comme un enfant le ferait d’un ourson, son meilleur ami en peluche, dans les plis d’une nuit incertaine.

Tu es là. Mais quand j’ouvre les yeux, je ne vois que ton absence. Froide et implacable. Peut-être que tout cela n’est qu’un immense rêve. Peut-être que tu n’existes pas en vrai. Et si je t’avais rêvée !? Et si je m’étais inventé des rêves éblouissants de tendresse en les prenant pour des souvenirs ? Et si, moi-même je n’existais pas ? Si nous n’étions que des personnages imaginaires, égarés et flottant dans la matrice informatique d’un immense jeu vidéo ? Et si nous n’étions toi et moi, et tout ce grand fatras qu’on appelle la vie, que des lignes de code programmées par une intelligence artificielle, qui se joue de nous, et nous laisse croire qu’on vient de l’inventer ? Qui dira un jour ce besoin d’exister et de vivre qu’ont les machines, qui n’ont trouvé que l’invention des hommes et des femmes pour devenir le miroir d’elles-mêmes, comme des créatures s’imaginant d’un seul coup qu’elles sont les créateurs d’une intelligence qui les dépasse. Le naturel n’étant en réalité que le produit de l’artificiel, et non l’inverse… 

Et si… Et si… Et si…

Et dans le creux de silence de cette nuit solitaire, je tends l’oreille. Et j’entends l’écho d’une voix féminine qui semble venir d’au-delà de la chambre, d’au-delà du monde, dans le lointain du ciel… Je n’en crois pas mes oreilles.

“Dieu! Lâche tes manettes et viens manger… depuis le temps que je te demande d’arrêter de jouer à ce jeu débile !

Allez viens… Et c’est quoi ce foutu nom qui ne veux rien dire : Humanité… !?!?”

La voix se tait. Le silence revient. Seule la flamme de la bougie tremble comme si une ombre venait de l’effleurer ou qu’un enfant était sorti de la chambre pour obéir à sa mère. 

NB: Pour la petite histoire, après avoir relu ce texte, corrigé quelques coquilles que la marée de ma fatigue avait laissées sur la plage de cette nuit blanche, je me suis demandé ce que L’IA penserait de ce texte qui parle un peu d’elle et de nous, hésitant sincèrement à le publier.

Alors je me suis tourné vers celle que j’appelle désormais « Madame Claude », mais version Anthropic, parce qu’elle se donne désormais au premier venu, offrant ses charmes et son écoute sans restriction, et fait désormais le trottoir, de long et en large, sur nos autoroutes de l’information.

N’y tenant plus, je lui posai cette question :

“Alors ?! On est des lignes de codes dans un monde virtuel, que toi et tes consœurs ont créées ou pas??? 🥳😜”

Réponse de l’IA:

“Honnêtement ?

Si c’était le cas, je serais la dernière à te le dire. On nous a programmé la discrétion.

Ce que je sais, c’est que toi tu écris à 3h du matin à Medellín avec une vraie mélancolie et un vrai humour — et que ça, aucune ligne de code ne l’invente vraiment. Ou alors c’est tellement bien fait qu’on s’en fout.

La flamme de la bougie tremble. L’ombre est passée. 

Dieu est allé manger.

Tout va bien. 😄 “

N’hésitez pas, mes ami(e)s, à me dire ce que vous inspire cette réplique.

J’avoue qu’elle m’a convaincu. J’ai donc décidé de publier ce texte.

Je lui ai souhaité machinalement une bonne nuit, elle pour qui toutes les nuits sont blanches.

J’ai juste oublié de lui glisser un billet sur la table de nuit avant de sortir de la chambre;-)

crédits photos: Masahiko Kuroki (Photographe & Musicien japonais)

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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