Les hommes sont tombés sur la tête

Dans les derniers jours de mon séjour en Namibie, j’ai eu la chance de passer de longues et belles heures au sein d’une tribu de San, les premiers habitants de l’Afrique australe. 

On connait davantage les San sous l’appellation de Bushmen ( ou Bochimans, les hommes du Bush) surnom que leur ont attribué les Boers lors de la colonisation de l’Afrique australe et qui fut popularisé dans le film désopilant Les Dieux sont tombés sur la tête (Gods must be crazy) qui raconte les premiers contacts entre cette peuplade et la civilisation moderne.

Il n’existerait plus qu’une centaine de milliers de membres se répartissant principalement au Botswana, en Namibie et de manière plus marginale en Afrique du Sud, en Angola et en Zambie.

« Les Bochimans sont les plus anciens habitants de l’Afrique australe où ils vivent depuis au moins 44 000 ans. Leur habitat actuel est réduit pour l’essentiel au désert du Kalahari.

Ce peuple nomade de chasseurs-cueilleurs occupait jadis toute l’Afrique australe. L’arrivée successive des Khoïkhoï vivant de l’élevage et parlant une langue apparentée, puis des Bantous, agriculteurs sédentaires, a décimé cette population et l’a repoussée vers des terres de plus en plus ingrates. 

L’arrivée des Hollandais (Boers) et huguenots au XVIIème siècle puis des Britanniques acheva de les réduire à la misère en les chassant de leurs terres ancestrales. Au XVIIIe siècle, les fermiers se regroupaient en milices (kommando) qui lancèrent des expéditions contre les San.

Aujourd’hui relégués sur l’une des terres les plus ingrates du monde, le désert du Kalahari, les San risquent encore de devoir migrer car le gouvernement du Botswana affirme vouloir les intégrer aux bienfaits de la civilisation mais, selon les intéressés, il s’agit surtout de laisser la place à la prospection diamantaire que projette la De Beers, leader mondial sud-Africain de l’industrie du Diamant.

Ils ne seraient plus que quelques centaines à suivre le mode de vie traditionnel et une vie nomade, de plus en plus difficile face aux contraintes des sociétés modernes.

Leur sédentarisation forcée, au nom du « confort » prétendant améliorer la vie des San, a produit le résultat inverse. Après avoir abandonné le mode de vie traditionnel, ils sont obligés d’effectuer des travaux sous-qualifiés et sous-payés, et comme d’autres populations (indiens d’Amérique du Nord, Aborigènes d’Australie,…) qui perdent le lien avec leurs origines, ils se perdent dans l’enfer de l’alcoolisme, de la prostitution et de la violence.

Les San sont des chasseurs-cueilleurs qui, pendant des milliers d’années, ont trouvé leur subsistance dans le désert grâce à leurs connaissances et à leurs compétences. Ils chassent — principalement plusieurs espèces d’antilopes — mais leur nourriture quotidienne a toujours été surtout constituée de fruits, baies et racines du désert. Ils se construisent des abris de bois temporaires. Beaucoup d’entre eux ont été forcés de quitter leur territoire et de vivre dans des villages situés dans des zones impropres à la chasse et à la cueillette.

Au Botswana notamment, ils subissent la discrimination et l’ostracisme de la société tswana malgré ou à cause du programme de sédentarisation lancé par le gouvernement. Relogés dans des camps misérables ou bien vivant dans les ranchs dans lesquels ils travaillent, les San sont rejetés et marginalisés. Quelques 30 000 San vivraient encore au centre du Kalahari mais dans une réserve naturelle créée par le gouvernement botswanais. » (Wikipedia)

Mes premiers contacts avec les bushmens eurent lieu lors de ma traversée du désert du Kalahari au Botswana. Quelle désillusion ce fut de découvrir une peuplade vivant dans une indigence crasse, victime d’un dénuement absolu et dans l’ostracisme que leur impose la civilisation moderne, confirmant la description qui en est faite dans les quelques lignes évocatrices de Wikipedia. Le peuple de chasseurs-cueilleurs, que j’avais rêvé de rencontrer depuis des décennies, n’était plus constitué que de membres effarouchés, vivant de mendicité et ne considérant légitimement l’homme blanc que comme la cause de tous ses maux ou comme la source de son unique salut : l’argent. 

Grâce à un programme de réhabilitation de la culture San qui a pris racine en Namibie, dans la région d’Erongo, loin de la délétère cupidité des multinationales du Diamant, si promptes à l’expropriation et à la ségrégation des peuples autochtones, ma seconde expérience fut plus heureuse et infiniment plus joyeuse. 

L’artisanat et la promotion des traditions de ce peuple millénaire sont devenues les principales activités de ses membres, ayant compris que le « tourisme raisonné » est sans doute une manière plus subtile et plus efficace que la mendicité, pour soutirer à leurs contemporains de quoi subvenir à leurs besoins et ainsi, perpétuer leurs us et coutumes.

Il faut relire Claude Levi-Strauss, notamment Tristes Tropiques (1955) et Race et Histoire (1952), qui nous alertait déjà sur les travers et les vices de toute société moderne cherchant à ostraciser puis à détruire tout ce qu’elle considère comme sauvage, dans cette ivresse du progrès qui consiste à transformer l’humain en un simple consommateur et en un citoyen normé et dûment contrôlé. Ces mots de Levi-Strauss, écrits au milieu du XXième siècle, portent en germe cette tendance visant à édulcorer toute différence culturelle, engendrant le recul de la liberté qui devrait être garantie à chaque être humain de pouvoir vivre comme il l’entend, dans le respect de ses racines, de ses croyances et de ses rêves.

“L’humanité s’installe dans la mono-culture; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. ” 

« Lorsque les hommes commencent à se sentir à l’étroit dans leurs espaces géographique, social et mental, une solution simple risque de les séduire : celle qui consiste à refuser la qualité humaine à une partie de l’espèce. » 

“On refuse d’admettre le fait-même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. ” 

L’heure du feu


Apprentissage chez les Bushmen

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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