Cito, largo, tarde

Ici, pas de fête du Travail, ni de brin de muguet pour embaumer les coins de rues, ni de défilés sous des banderoles vindicatives, de slogans d’opposition ou de colère populaires. C’est un coin de jardin apaisé de la région parisienne. On est en paix avec le dimanche, on cultive la sérénité en attendant de retrouver les grands espaces sud-américains.

Ici, on fait la fête au printemps, on ne troque pas des fleurs coupées pour de l’argent, on pactise avec les rayons du soleil et la joie de vivre n’est pas qu’une façade. L’ascension est affaire d’atavisme et de sève, une tradition familiale dans la confrérie des roses. 

Ici, on joue au caméléon, dont la couleur préférée est celle qu’il prend quand il se sent aimé, alors on épouse le ralenti de la vigne forcément vierge, on ne court pas plusieurs lierres à la fois.

On s’inspire de la brique rougeoyante pour se vêtir de rose, on s’alourdit de beauté et on joue à cache-cache dans la verdure.

Les abeilles vont au buisson fleuri comme des vieilles bigotes vont à l’église. Elles vouvoient Dieu sur le parvis mais vont tutoyer le petit Jésus dans leurs pensées les moins chastes. 

De cette vie si passagère, on fait son miel comme on le peut. Mais quelle ironie du sort que d’aller célébrer une crucifixion dans une ville qui porte ce drôle de nom : Saint-Cloud !

Je vous laisse sur ces mots. 

Je retourne au jardin tandis que les cloches sonnent au loin. Pourquoi la bêtise fait-elle tant de bruit de nos jours, alors qu’elle devrait se complaire dans le silence des fleurs ?

Je retourne jouer parmi les roses facétieuses qui escaladent les murs de cette demeure bourgeoise. Cette belle maison endimanchée qui m’accueille comme on hume un parfum inconnu, avec cette pointe d’étonnement qu’engendre toujours l’étranger.

Les murs, cette invention des hommes destinée à se protéger de leurs semblables, à mettre leurs biens inutiles à l’abri des regards, du temps qu’il fait, du temps qui passe… Les murs, ces futures ruines qui s’ignorent, victimes du lent mais opiniâtre assaut de quelques roses sauvageonnes. 

Me rapprochant de cette horde de grimpeuses dominicales, j’en choisis une, plus discrète que les autres, qui semble faire sécession et se tient à l’écart de ses consœurs. En échange de son parfum si capiteux, je lui parle de mes projets de Pampa argentine, des chutes d’Iguazú et du Nordeste brésilien qui m’attendent. Dialogue à demi-mots entre un manouche invétéré et une belle enracinée. 

Tandis que je m’éloigne, elle me lance en offrande cette citation attribuée à Galien, le médecin de Marc-Aurèle, lors des heures sombres de la Peste :

« Cito, largo, tarde »

Pars vite, loin et longtemps

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

Un commentaire sur « Cito, largo, tarde »

  1. Bonjour Monsieur Pie, quel dommage ce rendez vous manqué par cette belle journée. J’espère pour vous et votre rose que ce sera le dernier. Peu importent les divergences d’origines, c’est bien là la richesse humaine, non. Bonne journée à vous. Victor

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