La baleine et le pingouin

Le site archéologique de Tsodilo Hills situé aux abords du Delta de l’Okavango, dans le désert du Kalahari, au Botswana est l’un des lieux les plus importants concernant l’Art préhistorique et l’une des plus grandes concentrations d’art rupestre au monde.

4500 peintures sur roche réparties sur plus de 400 sites, au cœur d’un paysage splendide, font de cette expérience une véritable chasse au trésor.

Nous devons ces trésors picturaux exposés à l’air libre et résistant depuis plus de 3000 ans aux pluies diluviennes ainsi qu’aux rayons décapants d’un soleil peu porté sur le respect des œuvres d’art, à deux peuples distincts : les Sans (ancêtres des Bushmen du Kalahari) et les Bantous. Les premiers sont les artistes du rouge, tandis que les seconds peignaient en blanc.

Le site de Tsodilo, peuplé depuis plus de 100.000 ans est surnommé le Louvre du désert.

En 2007, des chercheurs de l’Université d’Oslo y découvrirent un lieu rituel associé au Python, animal sacré selon le mythe de création du peuple San. Cette découverte datant de plus de 70.000 ans fait de Tsodilo l’un des plus anciens sites rituels au monde.

Les peintres de l’époque étaient souvent les chamans et réalisaient leurs œuvres lorsqu’ils étaient en transe. On notera, sur les photos, la représentation d’un pingouin et d’une baleine, animaux marins sacrément éloignés des collines de Tsodilo. Plus de 1200 kilomètres séparent le site préhistorique de l’Océan Atlantique, une sacrée trotte pour des Bushmen. 

Le mystère reste entier encore aujourd’hui : comment le peintre de cette lointaine époque, sans connexion internet ni Google images, a été capable de représenter deux espèces animales inconnues. A-t-il représenté des animaux, ces monstres mystérieux qui apparaissaient dans ses visions hallucinées ou a-t-il hérité de témoignage d’ancêtres nomades, qui au rythme de leur pérégrinations, en bons nomades qu’ils étaient, seraient allés jusqu’à l’océan, jusqu’à la fin du monde et auraient rapporté puis transmis, de génération en génération, l’existence et la représentation de ces animaux mystérieux.

C’est ce qui arrive au Botswana, quand une bouteille de Coca-Cola tombe du ciel et qu’un membre de la tribu est chargé de se rendre à la fin de la Terre pour la réexpédier à des Dieux taquins ou mal intentionnés. 

J’avoue que le nomade que je suis a été fasciné par ces deux peintures et cette question qui demeure un mystère. J’étais confronté durant quelques heures, sur des parois rocheuses millénaires, à mes propres ancêtres, à des peintres-explorateurs qui donnaient une leçon sacrée, et une sacrée leçon, à un écrivain-voyageur en herbe. 

Je me contente de partager dans l’instantanéité de notre folle époque, sur des réseaux sociaux ou un blog de voyage, les images de paysages splendides, d’animaux étonnants et de ces visages si pleins d’humanité qui défilent devant mes yeux, à la vitesse des kilomètres parcourus ou des journées qui sombrent dans un passé fugace. Je dépeins sur la muraille d’un smartphone mes étonnements et mes coups de cœurs comme ces chamans préhistoriques, inventeurs de peinture éternelles, sachant apprivoiser le temps, passeurs de monde mystérieux pour leurs contemporains. 

Tout cela interroge et ouvre une réflexion inachevée sur le thème de la transmission et de l’héritage, questions qui deviendront sans aucun doute une future chronique de voyage et quelques pages sur mon prochain livre sur l’Afrique.

Je laisserai à trois amis qui m’accompagnent sans cesse le soin de conclure cette chronique du Botswana. Comme dans un dialogue à trois, échangeant des mots simples mais des paroles définitives, ces trois écrivains ponctuent tout en prolongeant à l’infini, cette découverte de Tsodilo et la démarche qui est la mienne. J’espère que ces trois bouquets de mots embaumeront vos propres réflexions.

« Le but que je m’efforce d’atteindre de vous faire entendre, de vous faire sentir et avant tout de vous faire voir. Cela et rien d’autres. Si j’y parviens, vous trouverez peut-être cette vision de vérité que vous avez oublié de réclamer. »

Joseph Conrad

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents, dans la mémoire des vivants »

Jean D’Ormesson.

« Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. »

René Char

Pour tous ceux qui pensent avoir de bons abdominaux !

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

2 commentaires sur « La baleine et le pingouin »

    1. Il semble que Pinguin in English signifie manchot et pingoin. Bref, je n’ai pas creusé auprès du chaman (qui n’est pas le mari de Catwoman) mort il y a 3000 ans comment iI appelait ce drôle d’animal 😉 pardon mon ami Editeur et obstextricien

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