Une vie en partance

Mon Grand-Père

« Il était une fois dans une chambre d’hôtel un homme à sa fenêtre qui attendait la mer. » (Guy Goffette)

La nuit blanche réclame à corps et à cris l’encre noir.

Sur l’écran gris des souvenirs, cette photo de mon grand-père, Roger, mort à 102 ans.

Croisé maintes fois durant ma jeunesse, sans jamais qu’il s’intéresse à moi, sans rien connaître de lui qu’une dizaine de phrases brossant 102 années de vie sur terre.

On passe nos vie à butiner à la va-vite les êtres qui nous entourent, sans véritablement les connaître, à peine les reconnaître.

Nous nous entourons d’inconnus familiers que l’on range dans des boîtes soigneusement étiquetées« Famille », « Amis », « Relations », qui jaunissent comme nous et que l’on abandonne à la poussière.

Une existence à courir sur une planète qui ne tourne plus rond, à partir pour en faire le tour, à l’arpenter en tous sens à la recherche d’un sens à donner à tout cela.

Une vie passée à tracer notre propre chemin vers un avenir incertain, en nous exonérant des traces laissées par nos anciens, dont nous ne savons rien que quelques mots effacés sur des feuilles d’automne.

Peuplant notre solitude insondable d’êtres plus ou moins vivants, dont nous ne savons finalement guère plus de choses, nous serons un jour comptables de tous nos renoncements, de cette indifférence à l’autre, d’avoir si peu aimé.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

3 commentaires sur « Une vie en partance »

  1. Leo y releo tu ensayo, estremecida por su refinada poesía. Gracias, hermoso Frederic, por esta intimidad compartida que revive en mí la dolorosa culpa de haber amado tan poco…a tantos.
    Qué enorme pesar el de lo irremediable!

    Aimé par 1 personne

  2. « Sur l’écran noir de mes nuits blanches » chantait Claude Nougaro
    Heureux que tes nuits blanches réclament ton encre noire pour nous ayons à l’autre bout de la chaine le plaisir de lire tes mots sur un écran aux couleurs de notre imaginaire.
    Ainsi il en va de notre destin, que les plus chanceux d’entre nous arrivent à façonner de sorte que l’écran de leur vie ne se cantonne pas au noir et blanc…

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s