Propos fumeux

Ceci n’est pas une chronique, juste un petit billet d’humeur (de bonne humeur, cela va de soi !), une fumeuse carte postale qui n’a pas grand chose à voir avec l’Afrique. Quoique…

Rien de tel qu’un bon café et un petit cigare matinal pour bien entamer la matinée, haut perché sur une terrasse de Dakar. Il est grand temps que je sorte enfin de la Capitale où j’ai passé un peu plus de quinze jours, dont la moitié fut engouffrée dans la réalisation de mon blog de voyage, compagnon numérique de mon livre qui sera disponible dans toutes les bonnes librairies le 7 mai. Il faut dire qu’un wifi pour le moins capricieux a considérablement rallongé le temps que je m’étais imparti pour cette tâche dont le résultat semble recueillir quelques suffrages…

Hâte de fuir cette ville attachante mais terriblement polluée et bruyante. Hâte de retrouver le calme de l’arrière-pays, une forte connexion avec la nature, de découvrir le Sénégal des côtes et de l’intérieur, des régions qui ne rêvent pas de modernité à tout crin et qui savent cultiver le temps long et l’authenticité.

Alors, demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je filerai me réfugier quelques jours sur l’île de Gorée, avec le privilège d’être l’un des rares visiteurs. Le Sénégal étant fermé au tourisme pour cause de Corona Virus, j’ai la quasi assurance de ne pas y croiser des hordes de touristes venant s’y recueillir ou s’y instagrammer. 

Gorée est un lieu incontournable, chargé d’histoire et d’émotion, auquel je consacrerai une chronique légitime, car l’île fut la plaque tournante de commerce des esclaves, le point de passage et le départ sans retour de milliers d’êtres humains expédiés, comme des marchandises de chair, dans les colonies du Nouveau Monde. C’est un lieu de pèlerinage qui fut l’un des premiers au monde à être classé dans le patrimoine mondial de l’UNESCO et reconnu par l’ONU, dès 1978, comme le lieu symbole de la traite négrière en Afrique. Cela justifia la visite de trois Présidents américains, Clinton, Bush et bien sûr Barak Obama, venu avec toute sa famille. Ce n’est pas rien et cela vaut bien « un papier » à l’heure où les questions de races agitent plus que jamais l’actualité en Occident !

J’irai ensuite passer quelques jours pour explorer et profiter du calme apaisant que promet le delta du Sine Saloum. Réputé pour être l’une des plus belles côtes au monde, également classée au patrimoine de l’humanité, cette région se situe au nord de la Gambie, petit état enclavé au sud du Sénégal. C’est un paradis pour les ornithologues, propice à accueillir une vieille Pie et sa plume inspirée.

Mon séjour se conclura par une petite semaine en Casamance, aux dires de tous, la plus belle région du Sénégal, où j’espère bien faire des rencontres mémorables et des portraits singuliers des populations qui habitent cette terre sauvage et préservée. Ce sera l’occasion de bifurquer quelques jours vers la Guinée Bissau, si les tracasseries sanitaires et administratives ne sont pas insurmontables. Immersion attendue dans la langue portugaise et dans une culture qui n’a rien à envier à son grand cousin, le Brésil, devenu pour l’instant infréquentable et l ‘épicentre de la pandémie en Amérique du Sud. Comme souvent dans la vie, on a les lots de consolation qu’on mérite… J’espère de là embarquer à bord d’un bateau qui me mènera vers les îles du Cap vert, m’éloignant un peu plus de l’Afrique francophone…

En écrivant ce billet, je ne comptais pas parler de l’avenir, qui par nature n’existe pas, et que les Dieux, dans leur infinie sagesse, s’échinent si souvent à contrarier. Mais j’ai du céder à mon incorrigible amour des mots et évoquer le parcours qui m’attend pour les prochaines semaines. Toutes mes excuses…

Non ! Je voulais juste me contenter d’évoquer, en une sorte de clin d’oeil pour les amateurs de cigares, l’excellent Toscano qui accompagne de ses volutes blanches, les lettres noires que mes doigts tapotent sur le clavier de mon ordinateur. Matinée black and white sous le ciel obstinément bleu de Dakar, où je savoure les mots bien ciselés d’un site que je viens de découvrir et qui rend hommage à ce cigare mythique, produit en Toscane, sombre et sec comme du bois mort, que l’on coupe en deux et qu’il convient souvent de déguster avec un ami. Je vous livre ici ce joli descriptif qu’il m’est inutile de plagier en de fumeux propos, tant il décrit bien la légende des Toscani: 

« Le Toscano, le célèbre cigare italien, a toujours fait son cinéma. Garibaldi le serre entre ses dents sous la mitraille, Puccini compose ses opéras entre deux bouffées et Modigliani s’affiche avec lui à la terrasse de la Rotonde. Clint Eastwood fait la grimace quand Sergio Leone le lui colle dans la bouche, tandis que dans Le Guépard, le prince de Salina, l’allume nonchalamment à la flamme d’un chandelier. Même Fernandel dans Don Camillo sort un Toscano sous le regard hautement réprobateur d’un Christ en croix. 

Il faut bien le dire, ce cigare à deux têtes a un peu la gueule en biais. Son côté biscornu peut surprendre, mais pas question de le snober pour délit de faciès. La cape sombre, nervurée dégage des arômes puissants de cuir, de bois fumé, de crin de cheval. C’est un cigare d’homme qui cogne comme le soleil, un cigare convivial dont on offre la moitié à un ami. »

Allez visiter le site, après vous être muni d’une boîte d’allumettes, en attendant Gorée…

Comme vous le savez, j’aime bien finir mes chroniques (même si ça n’est est pas une!) par une citation. Alors, j’invite en guise de conclusion deux amis à ma table de travail:

« Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes. », nous prévenait Jacques Prévert.

Ce à quoi Edgar Wallace, le prolifique romancier et scénariste, à qui l’on doit plus de 170 ouvrages, ajoutait avec son humour typiquement britannique:

« Un intellectuel, c’est quelqu’un qui a découvert quelque chose de plus intéressant que le sexe. » 

Convaincu que je ne suis résolument pas un intellectuel, il est donc grand temps pour moi d’aller me réfugier au coeur de contrées peuplées de paysans et de pêcheurs !

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

2 commentaires sur « Propos fumeux »

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