Tu verras, un jour viendra où la vie se rapetisse Tu l’auras traversée en menant grand train, Tambours battants, dans l’insouciance du lendemain
Tes rêves rejoindront les grandes envolées au cimetière des choses inaccomplies Tes envies flamboyantes ne seront plus de mise, L’écho des rires d’antan, la musique de l’insouciance rejoindront au grenier le fourbis des belles années Et la raison te poussera aux renoncements, avec l’air las d’un sourcilleux comptable
Adieu les vastes horizons, les plans sur la comète, les désirs de conquête Ta vie se recroqueville comme le chat un jour de pluie, petite boule de poils ronronnant au coin d’une cheminée.
L’envie te quitte, les gestes pèsent, la vue s’estompe. Les journées défilent silencieusement au tic-tac de l’horloge Et là-bas, derrière la fenêtre, dans le lent défilé des nuages, Tes souvenirs prennent la poudre d’escampette
Mais dans tes yeux de bambin à peine assagi On voit encore ton âme facétieuse et la flamme éternel du saute-frontière. Aux renoncements de l’âge, tu opposes le tintement du cristal, l’ivresse des grands soirs et le gazouillis des oiseaux
Pour conjurer le délabrement du corps, tu chausses tes bottes de sept lieux et pars cultiver ton jardin, ta salle de gym au grand air.
Pour exorciser l’ennui et la lassitude, cette lèpre des morts vivants, tu pars chaque jour faire le tour du monde de ta bibliothèque et t’assoupir à l’heure de la sieste dans le hamac de la littérature.
Toutes ces années magnifiquement vécues, tu les laisses s’échapper dans les blanches volutes de tes éternels cigares Et rejoindre le royaume des cieux ou crèchent tes plus fidèles et espiègles complices.
Et au terme incertain de cette existence d’émeraude, dont seul l’âme sait se parer, Tu partiras vers une nouvelle aventure, Avec une seule chose apprise :