Un seul devoir : se réinventer !

En stage dans los Esteros del Ibera (Galarza) pour apprendre à devenir un véritable Gaucho, le roi de la Pampa, le cador de l’Asador, un vrai garçon de ferme…

Normalement, le fait d’être Sagittaire, ascendant Sagittaire, me prédispose car un homme sur un bourrin (à moins que je ne sois qu’un bourrin un peu chevaleresque…;-) est constitutif de ma nature. 

N’étant à cheval sur aucun principe, je peux tout m’imaginer et envisager une magnifique reconversion professionnelle.

Si ce n’est qu’il devient désormais difficile de savoir où jeter son dévolu, où trouver une terre d’accueil, où réinventer sa vie. 

Prenez los Esteros del Ibera, ce petit paradis situé au nord de l’Argentine et extrêmement préservé, l’une des principales biosphères humides au monde. Ce lieu essentiel pour l’écosystème du continent été dévasté à partir de décembre 2021 par d’inextinguibles incendies qui durèrent durant 3 mois, dévastant 1 millions d’hectares, brûlant plus de 80% de ce parc naturel. 

Quelques mois après, la nature résiliente et féconde, reprend ses droits et repart. Mais les inquiétudes sont loin d’être terminées car la sécheresse semble s’installer durablement, transformant cet écosystème unique, fait de marais, d’étangs et de marécages, en un vaste territoire désormais asséché (en stress hydrique disent les spécialistes). Une balade en kayak est à peine possible tant l’eau manque sur l’un des rares cours d’eau qui survit. Pour dire, à chaque coup de pagaie, on touche le fond de ce qui constituait il y a encore un an de vastes et prodigieux marais. La rivière n’est plus que l’ombre d’elle-même, d’une profondeur d’à peine trente centimètres. C’est à pleurer…

Prophétie du monde à venir ? 

Ce phénomène, n’en doutons pas, qui se répète partout où je passe, est notre avenir à tous ! 

J’essaie de me tenir éloigner de l’actualité des hommes, si prolifiques dans leur travers à faire des nœuds et à se perdre dans d’incompréhensibles conflits…

Tiens ! Par exemple, interdisons la corrida mais évitons de traiter l’élevage intensif mondialisé qui, en plus, de produire de la viande à bon marché, ravage la planète, a des impacts délétères sur le climat, sans parler de la triste condition animale. Olé ! 

Et avant d’interdire la corrida, qui est l’arbrisseau bien commode qui cache la forêt de la désolation, ne serait-il pas plus urgent compte tenu des faits qui l’on s’obstine à ne pas vouloir voir, d’interdire … le ski ! 

Du moins de détourner des cours d’eau, de préempter des nappes phréatiques et de créer des Mega bassines de rétention d’eau pour alimenter… des stations de sport d’hiver en mal de neige, et des canons à neige artificielle en moyenne altitude ? Continuons de faire mumuse. La maison brûle mais seuls les petits garçons de 5 ans veulent en réalité devenir pompiers. Avec le temps, il deviennent « plus raisonnables » et rêvent de devenir des hommes d’affaire, des influenceurs ou des joueurs de football… 

Offusquons-nous à longueur de réseaux sociaux, trouvons-nous des boucs-Émissaires magnifiquement symboliques et des combats faciles, mais ne changeons rien à notre modèle de société ni à nos petites habitudes. La planète s’en souviendra et attend son heure pour nous donner une leçon mémorable…

Bref, ne nous trompons pas de combat et concentrons nos efforts et l’urgence de nos préoccupations sur les vrais ordres de grandeurs, sur des sujets catastrophiques véritablement catastrophiques pour notre vie sur Terre. 

Alors, face à un espoir qui s’amenuise chaque jour de voir une humanité désireuse et capable d’inventer un autre monde. Continuant d’observer sous toutes les latitudes mes semblables continuer à courir vers la falaise pour mieux s’y jeter, je me dis qu’à défaut de sauver le monde, il n’y a plus que la poésie pour sauver nos âmes…

Je vous laisse en compagnie d’un des plus grand et repars vers mes paysages sublimes et dévastés.

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.

Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.

Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.

Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,

Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.

C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,

C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.

Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.

Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.

Car de son vague ennui le néant les enivre,

Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.

Inutiles, épars, ils traînent ici-bas

Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.

Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.

Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,

Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,

N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;

Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,

Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,

Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,

Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.

Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;

Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;

Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,

Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.

L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;

Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,

Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,

Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière

Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,

Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,

Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,

Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,

Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,

Pour de vains résultats faire de vains efforts,

N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !

Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,

Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,

Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;

Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,

Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,

Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues ! »

Victor Hugo, LES CHÂTIMENTS, 1852

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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