Voilà, c’est fini !

Petit pincement au cœur de devoir quitter cette Afrique si attachante, au paysage époustouflants et inspirants.

Hier, mon vaillant Defender (quoiqu’un peu caractériel par moment) est allé rejoindre une société de transport. Je l’ai vu s’éloigner et entrer dans un hangar sans même se retourner, ni me faire un appel de phares complice pour les sept longs mois passés ensemble, à parcourir au total 24.463 km dans des conditions parfois rocambolesques. 

Non, pas un signe de remerciement de sa part, après tout ce que j’ai dépensé pour qu’il soit de nouveau fringant. Comme je le dis souvent depuis le changement complet du moteur, de l’embrayage et du démarreur, “c’est une vieille Lady anglaise de l’extérieur, mais une fringante adolescente de l’intérieur”…

Quelqu’un me fit remarquer que c’est bien dans le cas d’une automobile mais c’est tout l’inverse que l’on attend lorsqu’il s’agit d’une épouse. Je vous laisse évidemment juge, n’étant plus très porté sur cette drôle de chose que l’on appelle le mariage 🙂 

La voiture rejoindra sur un camion, en fin de semaine, la ville de Johannesburg où je l’avais achetée, mais où je ne peux pas la reconduire (bannissement oblige), pour rencontrer celui qui devrait, je l’espère, devenir son nouveau propriétaire !

Un nouveau chapitre se referme et j’ai une pensée toute particulière pour mon Ami André Laget, patron du groupe Akilanga (African Trackers Company) avec la complicité duquel j’ai pu faire l’acquisition de ce fidèle véhicule et sans lequel rien n’aurait été possible. Je le remercie pour cette générosité congénitale qu’il dissimule habilement derrière un humour à toute épreuve et pour son goût immodéré du chou-fleur que je partage et qui nous amena à partager de mémorables déjeuners dans des restaurant grecs, tandis que nous cherchions un véhicule pour que je parte à l’aventure. Si vous souhaitez voyager un jour en Afrique australe ou en Amérique du Sud, sollicitez-le (ou passez par moi), ce sont de remarquables spécialistes et l’un des tout premiers groupes spécialisés pour explorer et faire simplement du tourisme dans ces territoires extraordinaires. 

J’écris ce post depuis une salle d’embarquement frigorifiée de l’aéroport de Windhoek, sur le point de m’envoler pour la France à bord d’un vol Lufthansa, bourré de vieux allemands à la retraite. Retour au bercail pour quatre à six semaines chez les Gaulois, pour voir ma minuscule famille qui me manque tant, la ribambelle d’amis fidèles qui m’attendent au tournant avec des flacons indicibles, des bons petits plats français et de belles conversations pour rattraper le temps perdu (par eux;-) !

Je dormirai chez les Uns (Mince ! j’ai oublié de prévenir Attila, il est tellement susceptible si je débarque sans prévenir !) et chez les Autres, j’irai à gauche à droite comme je vis désormais, en zig zag, à l’instinct, par coups de cœur. Je profiterai de Paris que j’aime tant, comme un pur amoureux de la vie, un touriste de sa propre existence et un ethnologue de cette drôle de tribu que dont les Parisiens dont je faisais partie …

Puis, il sera temps de repartir, de recouvrer ma liberté gitane. Direction l’Argentine pour récupérer ma moto qui se désespère et vit chaudement chez des amis qui me la dorlotent. Les retrouvailles risquent d’être émouvantes et sacrément arrosées autour d’un asado mémorable. Je sais depuis des décennies que Buenos Aires m’attend et que nous avons des choses fortes à vivre. Qu’elle se prépare, j’arrive plus gourmand que jamais. Notre tango risque d’être endiablé. Je composerai ensuite en fonction de la saison, car l’hiver austral est redoutable, surtout pour les motards ramollis par onze mois de chaleur africaine. Après avoir sillonné l’Argentine et ses secrets, avoir vécu ce que j’aurais à y vivre, l’Uruguay, le Paraguay, puis la Bolivie recevront probablement ma visite. Nous avons le temps d’en reparler en toute discrétion, entre nous…

Je me réjouis de ce nouveau chapitre à écrire, au sens propre comme au figuré, après ses mois fabuleux passés dans cet écrin africain qui furent foisonnants de leçons et de coups de cœur. Il va me falloir m’atteler à finir les quelques chroniques que j’ai encore en gestation, sur des sujets majeurs pour saisir ce continent ou s’interroger sur notre humble existence, puis compiler et compléter tout cela pour un faire un livre que certains auront peut-être plaisir à lire. Évasion garantie en tout cas !

Cette après-midi, avant de quitter le campsite de Windhoek dans lequel je m’étais posé pour préparer mon départ, j’ai croisé quelques spécimens mécaniques dont la vocation est de barouder sur les pistes africaines comme je l’ai fait. La créativité n’a guère de limite dans le domaine et je me suis trouvé plus discret et élégant avec mon Defender qu’avec ces engins tirés de films de guerre ou de science-fiction… 

J’aurais pu choisir comme ces allemands, aussi imposants que leur véhicule, un camion Man qui aurait parfaitement tenu son rôle dans le dernier Mad Max. Véritable maison tout-terrain. Un gouffre d’essence bien peu pratique car de tels engins sont interdits de circuler dans les parcs nationaux car ils ravagent les pistes et sont incapables d’évoluer dans des sentiers étroits ou sinueux. Je cherche encore les quelques avantages qui pourraient se glisser dans la liste impressionnante de tous leurs inconvénients. Faire un tour du monde en Panzer doit être un concept germanique dont la subtilité m’échappe. Je préfère le charme désuet d’une vieille automobile britannique, capable de grimper aux murs et de trouver son chemin dans des forêts d’épineux lorsque je lui demandais.

Je passe sur la légion des Japonaises, ces Toyota blanches de location qui peuplent les campsites et qui sillonnent les pistes les plus convenables de cette Namibie parfois un peu trop touristique.

J’aurais enfin pu choisir la version Fin du monde, totalement customisée, comme cette coccinelle bricolée de toute part, totalement réinventée mais amusante. Il est certain que sur ce genre de modèle, tout est réparable et son propriétaire doit être une âme furieusement libre et originale comme je les aime ! Je n’ai pas réussi à le localiser pour échanger quelques mots avec cet outlander du troisième type. 

Assis sur le siège 23G, dans un Airbus flambant neuf qui tient davantage de la bétaillère optimisée pour tourisme de masse que d’un moyen de transport humainement décent, je tapote fiévreusement sur mon écran pour achever cette chronique. Je suis au milieu de tous ces vieux vacanciers allemands, beaucoup plus disciplinés que des Français, qui voyagent hors période scolaire et sont venus découvrir leur ancienne colonie, rechignant visiblement à tout dépaysement excessif, car en Namibie la langue allemande est encore omniprésente, en raison de la présence active de nombreux descendants de colons et d’Afrikaners. 

Tandis que l’hôtesse débite ses instructions dans une langue qui me sera à jamais étrangère, je me demande, comme souvent, pourquoi j’écris cette chronique et m’empresse de vouloir la publier sur les réseaux. 

Je me suis reposé récemment la question lorsque j’ai reçu, par l’entremise de mon éditeur, le gentil mot du poète Christian Bobin, qu’il m’a fait parvenir à la suite de la lecture de mon premier livre. 

Tout écrivain se demande parfois pourquoi il écrit. Gabriel Garcia Marquez, au firmament de sa gloire et avec ses millions de lecteurs continuait d’affirmer « qu’il écrit pour que ses amis l’aiment davantage », phrase dans laquelle je me suis toujours reconnue, le besoin d’amour me paraissant la seule raison valable pour faire des choses intéressantes sur cette Terre.

Mais après avoir publié un premier ouvrage, après avoir donné corps et saveur à un rêve autant qu’à une envie existentielle, sans doute que le besoin de reconnaissance et le désir d’inspirer des milliers de coeurs battants, d’emmener des inconnus dans mes histoires sont des raisons plus justes, désormais suffisantes et légitimes.

Mais, c’est il y a quelques jours que j’ai découvert la véritable raison de ma soif d’écriture et de ce désir d’associer au récit de ma vie aventureuse, presque en temps réel, quelques poignées d’amis et des milliers d’inconnus.

C’est à la fin du très beau film réalisé par Sean Penn et intitulé “Into the Wild” qui raconte l’histoire vraie d’un jeune américain , Christopher McCandless qui, ne se reconnaissant pas dans les stéréotypes et les absurdités de la société américaine, s’est peu à peu retiré de la compagnie des humains, renonçant à tous les attributs qui définissent l’homme moderne (l’identité, l’argent, les choses, une voiture), pour aller s’enfoncer dans la nature, en Alaska et aller ainsi se réinventer et rêver d’une vie qui soit plus en phase avec ses propres vérités. 

Je revoyais ce petit chef d’œuvre pour la quatrième fois, mais ce n’est que ces jours-ci que le sens de ma démarche, pas si extrémiste qu’Alexander Supertramp, m’a sauté aux yeux. 

Tout à la fin du film, il écrit d’une main malhabile (pour une raison que la volonté de ne pas “spoiler” le dénouement du film, pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, m’interdît de dévoiler), entre deux paragraphes d’un roman de Tolstoï, sur une page au hasard, cette vérité qui marque la conclusion de l’incroyable expérience qu’il vient de vivre depuis plus d’un an :

“Happiness only real when shared”

Le bonheur n’est véritable que lorsqu’il est partagé !

Alors, que l’avion roule en direction du tarmac et ne va plus tarder à décoller, mes voisins teutons regardant cet indécrottable Franzose qui continue d’utiliser son téléphone alors que la sécurité de tout un peuple dépend de l’obéissance aux consignes, je viens de découvrir, si ce n’est un sens à ma vie, mais pour le moins une couleur supplémentaire à mon existence baroudeuse et empreinte de liberté.  Merci Alexander Supertramp pour cette fulgurante vérité, que je tatouerais au fer rouge sur mon cœur, si cela était possible.

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

3 commentaires sur « Voilà, c’est fini ! »

  1. « Happiness only real when shared » — Tu viens de me faire comprendre pourquoi je me régalais tellement à écrire mon journal sur le chemin de compostelle puis mon blog lors de mon trip asiatique. On n’écrit pas pareil, pas du tout la même plume, mais l’objectif était le même. Le partage. Parce qu’il n’y a que ça de vrai mon copain ! Gros bisous et profites bien de Paris (qui aussi est merveilleuse when shared !)

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