Sur un air de moustique

L’ami Jean Yanne se posait légitimement la question de l’intérêt qu’avait eu Noé à sauver un couple de moustiques!

Il est des questions existentielles qui méritent effectivement d’être posées et on ne dira jamais l’urgence que les historiens et  théologiens de tout genre s’y penchent pour nous apporter une réponse étayée.

Toujours est-il que je lève mon verre, depuis les contrées africaines que je traverse, à celui qui un jour inventa la moustiquaire! 

Qui parlera de la jouissance véritable qu’éprouve  l’insomniaque que je suis, à occuper une partie de sa nuit à écouter tournoyer une douzaine de moustiques autour de mon lit, jugeant mon corps follement appétissant, mais empêchés de s’en approcher, car maintenus à sage distance par ce voile de tulle blanc…?

Quel plaisir réconfortant d’écouter cette horde de suceurs de sang, tourner autour de ma couche avec un bruit insistant de mobylettes trafiquées, lancées dans un rodéo nocturne! 

Quel luxe de pouvoir allumer la lampe de chevet pour lire quelques pages, au coeur de ma nuit blanche et solitaire, de l’excellent ouvrage de Russell Banks intitulé « Voyager ». 

Au travers de la fine protection ajourée qui sert de frontière entre le monde sauvage et agressif de la nuit et le plaisir serein de batifoler dans les mots d’un géant, je les observe et les écoute s’acharner à pénétrer la herse finement tissée.  On dirait qu’ils sont équipés de chignoles à la place du dard et qu’ils s’échinent sans succès à élargir les trous trop serrés du tissu…

Dieu qu’il doit être frustrant pour ces vampires volants, qui se piquent de revenir à l’aube avec leurs lots de sang dûment prélevés, de rentrer au bercail, bredouilles et exténués… J’en viendrais presque à compatir avec ces insectes à l’âme de perceuse et à leur adresser toutes mes excuses de ne pas contribuer avec plus de mansuétude à l’équilibre de la chaîne alimentaire. 

Car, comme me disait en fin de nuit un vieux moustique un peu désabusé, ce n’est pas le butin qui compte le plus dans la vie, mais le sentiment de se sentir utile aux autres… 

Alors, au terme de cette nuit sans gain, à l’heure où les mots filent dans la lueur de l’aube, j’éteins la lampe et me rendors. Finalement, la vie ressemble à la littérature, car le plus beau des passages est celui qu’on n’a Palu !

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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