
Il existe une humilité confondante chez certaines fleurs.
Quatre pétales suffisent à les vêtir.
On les dirait sorties du lit, encore échevelées, pas maquillées, misant toutes leurs chances sur leur naturel.
Elles ne se dissimulent pas, elles ne paraissent pas. Elles sont !
On dirait des nonnes à collerette blanche attendant d’être pourfendues par un rayon de soleil.
Elles sont sur le parvis d’une cathédrale de chlorophylle, exhalant leurs prières invisibles et distribuant leur homélie à la première bise venue.
Souriantes du matin jusqu’au soir, sur le pas de la porte de leur parfumerie, elles jaillissent de leur buisson en désordre à notre approche.
Dans un silence religieux, du coin du pistil, elles nous regardent passer sans chercher à nous enivrer.
C’est jour d’inventaire chez les jasmins.
La boutique est fermée.
On compte les invendus.
Mais dans cette haie d’honneur, on ne vend hélas rien.
On est donneuse par nature.
On s’offre au premier venu.
On aime les gens inspirants, les femmes voluptueuses et les nouveaux nés.
C’est un commerce des quatre vents.
Le capital s’y souscrit en essences capiteuses.
Dans la rue des parfums, on travaille même le dimanche.
C’est le jour où les gens respirent un peu.
Alors pensez donc qu’on en profite!
La patronne n’exige qu’une chose de cette vingtaine d’employées un peu dissipées:
Que des jupes blanches au-dessus du genou
Et que chacune fleure bon le parfum de la maison dont l’enseigne annonce ses promesses :
« Au buisson ardent! »