
On ne meurt pas.
On ne défaillit pas.
On disparait brusquement.
On sort du rang, un pas en arrière.
Souvent par les coulisses, rarement par la scène.
Le rideau tombe ou les fumigènes obscurcissent un instant le spectacle.
Alors, on tire sa révérence, pénétrant silencieusement dans la nappe de brume à laquelle on était adossé.
On s’efface par courtoisie, par lassitude, pour laisser la place à de plus vaillants, des insouciants, des encore naïfs qui ont envie de batailler, de bâtir, d’aimer, de croire.
Notre image, la somme infinie de nos petits actes, nos atomes même avec tout ce qu’ils trimballaient dans la boîte à souvenirs, disparaissent en un clin d’œil.
On n’est plus qu’un bout de barbaque refroidie tandis que le chaud, lui, must go on !
Nos belles pensées, nos éclatantes tentatives, la force de nos convictions, nos voyages intrépides, la sueur de tant de nuits d’amour, ces « je t’aime » murmurés par milliers sur le chapelet du temps, le goût des baisers qui transformaient un hiver en cerisier et la solitude en rivage pour un cœur naufragé, tout cela sera entreposé au bric-à-brac d’une vie de déveine, cette antichambre qu’ils appellent les oubliettes.
Nous sombrons dans le brouillard de la vieillesse, tombant comme un fruit mûr que l’arbre de vie a répudié et rendu à son destin écrabouillé.
Mourir, c’est être condamné au confiturier…