Boîte à trésors

Mot à une amie qui m’envoie une photo de façade parisienne avec des reflets de soleil avec ses mots « cascade parisienne », suite à une photo que j’avais postée d’une chute d’eau magnifique.

Mais c’est bien de la voir et de s’en émerveiller. Chaque chose étonnante, fragment de beauté, geste amical car désintéressé, preuve d’amour, éclat de lumière, quelques mots d’une chanson qui nous touche, chaque envie de partager, d’embrasser, de caresser, chaque éclat de rire, la moindre esquisse de sourire, la bonté d’un regard offert en silence, tout doit être précieusement conservé, rangé en vrac dans le baluchon de nos crânes pour les plus désordonnés, pour les assoiffés de vivre haut et fort. Ou bien patiemment épinglé puis étiqueté dans le grand album des souvenirs, rangé dans des boîtes dûment référencées pour les plus méthodiques, pour les précautionneux, les « un peu trop » rationnels.

 
Alors, c’est comme l’enfant qui possède une boîte à trésor enterrée quelque part dans le jardin ou à l’orée d’un bois. Lui seul le sait. Il attend la bonne personne pour révéler son secret, l’emmener à la chasse aux merveilles, déterrer ensemble, les genoux dans l’herbe fraîche, la précieuse boîte, ouvrir le couvercle un peu rouillé à force d’avoir trop attendu. Parfois de longues années. Et enfin lui offrir toute son âme. 

Ça sert à ça la vie. Rien qu’à cela. Ne crois pas ceux qui te racontent autre chose. Nous sommes des flibustiers, des rançonneurs de trésors. On doit accueillir chaque journée en pensant à notre écrin dissimulé quelque part dans lequel nous collectionnons nos preuves de vie. Il faut le remplir coûte que coûte. Comme l’abeille qui se pose avec abnégation, mais une magnifique espérance de butin, sur chaque fleur et en extrait le suc. Il faut faire le miel de sa vie, transformé un rayon de soleil en reflet doré, cueilli en une seconde, sur la vitre d’un building, dans une ville où tant de gens s’habillent curieusement en gris par convenance ou renoncement, ou bien en jaune, pour revendiquer leur désaccord et manifester leur désespoir.

Tous ceux-là n’ont jamais eu une boîte en fer enterrée quelque part. Ils n’ont sans doute même pas eu de jardin ou n’ont jamais pris la peine de le regarder, d’en faire leur île au trésor… 

Alors, cette rivière de diamants que charrient les façades ensoleillées de Paris n’est pas moins précieuse que le scintillement argenté de la Méditerranée au printemps, parce que tu l’as capturée et tu l’as rangée dans ta boîte à trésor. 

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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