État des lieux

Je fais un rêve… 

Et si l’on demandait à tous les promoteurs, les industriels, les bâtisseurs, les financiers d’assumer le service après-vente de leur promesses de vent et de leur délire de grandeur ?

Et si l’on demandait à chaque humain qui s’approprie un lopin de terre, qui creuse, bétonne, exploite et saccage la nature, en d’autres termes qui « dénature » la planète, de remettre en état les lieux et d’effacer les traces de son passage ?

Et si on se mettait à considérer que nous ne sommes que de fugaces locataires d’un astre paradisiaque, des nomades chargés de remettre en état, après notre usage du monde, cette nature qui ne demande rien et veut juste continuer d’œuvrer à ce qu’elle fait le mieux depuis des millions d’années: faire prospérer la vie, transformer le mort en nutriment du vivant, faire foisonner la biodiversité, et dans ses moments farouches, nous inventer des paysages époustouflants, des chaînes de montagnes courtisant les dieux, des prairies verdoyantes, ressemblant à perte de vue à un océan qui aurait soudainement décidé de se mettre au vert, après ces millions d’années de bons et loyaux services ?

Et si l’on nous apprenait depuis notre plus jeune âge à balayer derrière nous, après nous être crus les propriétaires des lieux, nous accaparant sans le moindre remord une planète entière, sous le nez médusé des autres espèces ?

Messieurs les industriels et les promoteurs, messieurs les investisseurs dans de bonnes affaires immobilières, messieurs les architectes aux rêves démesurés, si vous preniez enfin vos responsabilités, pour nettoyer, évacuer et effacer à jamais vos méfaits ? Si vous considériez avec davantage de sérieux que vos idéaux de puissance, vos ambitions de hauteur et vos désirs de bâtisseur d’usines, buildings et bâtiments seront inexorablement balayés par la loi éternelle qui régit toute chose ici-bas : celle de l’impermanence.

Sachez que le ciel n’a nul besoin de hautes tours qui le grattent, qu’aucun terrain n’est malheureux quand il est vague et que la ruine est la seule promesse d’avenir pour tous vos édifices.

Je fais un rêve…

Celui de retrouver des champs, des forêts, des meutes, des hordes ou des troupeaux d’animaux sauvages partout où les hommes ont clôturé et cadastré leur rêve de grandeur, leur désir de perpétuité… 

Alors, en attendant que mes songes deviennent réalité, partout où mes pas me mènent, je regarde ce que les hommes ont construit dans l’illusion d’une gloire éphémère. J’arpente les terrains en friche ou j’explore leurs œuvres démolies en cherchant à y débusquer de la beauté. J’enjambe les décombres de leurs egos abandonnés aux quatre vents. Je photographie les décombres de leurs passions industrieuses en essayant d’y voir une certaine poésie, toujours empreinte d’un parfum de nostalgie. 

Chateaubriand, dans son œuvre le Génie du christianisme, avait bien résumé ce qui nous anime “Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence.”

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

Un commentaire sur « État des lieux »

  1. « Sachez que le ciel n’a nul besoin de hautes tours qui le grattent, qu’aucun terrain n’est malheureux quand il est vague et que la ruine est la seule promesse d’avenir pour tous vos édifices. »

    C’est fin, juste et si bien tourné. Chapeau bas. Une citation qu’on se plaira à réutiliser au détour d’un texte, d’un commentaire ou d’une photo, sans omettre de citer son auteur bien sûr.

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