Dans le pli de cette heure double de la nuit Un ange en pyjama me tire par la manche
Il me convoque en écriture Au tribunal des plumitifs
Je suis accusé de dilettantisme De semer des mots sans me donner la peine de les voir pousser
J’oppose pour ma défense l’écorce de tous les arbres sur lesquels j’ai gravé jadis des mots d’amour et des preuves d’amitiés
L’ange-procureur balaie avec emphase mes balivernes d’un effet de manche.
Le public applaudit et le jury, composé de douze écrivains disparus, me conspue.
Devant l’immortelle académie de ces fantômes dans de beaux draps, pointant sur moi leurs doigts accusateurs
J’objecte pour ma défense, mon âme de forestier, toutes les graines de poésie enfouies dans le limon d’un langage plus noir que mes nuits de tourment
J’épelle l’abécédaire écrit avec des crayons de couleur, Me réclame des bambins qui ne savent pas encore écrire leur nom d’artiste.
J’argumente en évoquant les livres, les poèmes et les discours que je porte encore dans la besace de mon âme
J’énumère les milliers de pages griffonnées durant toutes ces années, noircies d’une sève incandescente
Je mentionne les feuilles, au nombre incalculable, que j’ai écrites et qu’un automne littéraire laissait choir sur mon chemin pavé de bonnes intentions
J’évoque devant mes juges, mes heures passées dans l’épaisse forêt de la littérature à me frayer un chemin avec style et persévérance
J’insiste sur les ronces qui me griffèrent si souvent le cœur, laissant couler un sang d’encre en guise de signature, épilogue à mes aventures du bout du monde
Au terme de ce procès que je me fais à moi-même dans la salle d’audience de mes nuits blanches et esseulées
Face à ce jury imaginaire qui est aux abonnés absents, chargé de juger un apprenti poète menant une vie qui ne mène à rien et ne va nulle part
Je me condamne moi-même à la lapidation. Que celui qui n’a jamais jeté à la corbeille un papier froissé de déception littéraire me jette la première pierre.
Épuisé par cette nuit de plaidoirie dans ce palais des injustices, je sors sur la terrasse pour contempler les étoiles et le faisceau de lune qui danse sur le lac, aussi noir qu’une flaque d’encre.
Soudain, une pluie de cailloux s’abat sur moi, avec une violence inouïe, me cinglant le visage et éraflant ma peau du tranchant des silex qui m’entaillent le corps.
Dans les rafales incessantes, je parviens à distinguer un spectre sombre qui marche sur les eaux noires.
C’est le vieil étang qui se réveille, plein de courroux, et me lance avec force toutes les pierres jetées sur sa surface, depuis tant et tant d’années où je m’amusais à faire des ricochets.
Il me rend à sa manière la monnaie de ma pièce et me signale ainsi, que tous ces mots écrits durant tant de nuits insomnieuses, finiront un beau jour par se retourner et être retenus contre moi.
Il est exactement 03h30. Dans cet autre pli de la nuit, je fais amende honorable et prie tous ceux que mes mots ont offensés, de bien vouloir me pardonner.
Je ne suis, somme toute, qu’un piètre poète qui en prend pour perpète !
Post-Scriptum : Alors que je relis quelques heures plus tard, ce texte pondu par une nuit de pleine lune, à la recherche d’une image qui illustrerait l’idée des ricochets, la vie m’envoie un joli clin d’œil. Je découvre par hasard le logo de la très sérieuse Fédération française des ricochets, dont le nom n’est autre que : FEDERICO C’est ainsi que l’on me nomme en mes errances, lorsque j’arpente les chemins d’Amérique Latine.
La vie n’est-elle pas faite de ces rebonds éclaboussants à la surface des jours ? Ces rebonds que l’on attribue au hasard qui fait si bien les choses, quand nos paroles ou nos actes touchent le cœur d’un autre, à l’en éclabousser, troublant soudainement la surface lisse des choses, en vaguelettes concentriques qui se rependent peu à peu dans l’univers. Vivons notre existence en adoptant les libres rebonds du modeste caillou élimé par le temps. Allons à la rencontre de l’autre qui, par ricochets, nous conduit magnifiquement vers nous-même.
Faites-moi penser à prendre mon abonnement à la Federico 😉
Allégories ou rêves éveillés ? Tes visions nocturnes et ta capacité à leur donner vie et langage me laissent pantois. Une forme de poésie, la tienne, avec une facilité à jouer avec les mots qui m’émerveille souvent.
Touché !!! Merci…
Mais le problème du back office de WordPress c’est que ce message est « anonyme »…
Qui est derrière cet encourageant et magnifique message;-)
Fantastique !
Allégories ou rêves éveillés ? Tes visions nocturnes et ta capacité à leur donner vie et langage me laissent pantois.
Une forme de poésie, la tienne, avec une facilité à jouer avec les mots qui m’émerveille souvent.
Rêve encore Fred …!
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Touché !!! Merci…
Mais le problème du back office de WordPress c’est que ce message est « anonyme »…
Qui est derrière cet encourageant et magnifique message;-)
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génial 🔝
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