S’échapper du marché situé sur le port fluvial de Leticia, ville frontière entre la Colombie, le Pérou et le Brésil et laisser derrière soi le Tohu-bohu de cet endroit grouillant de vie et d’authenticité.
Longer la rive de l’Amazone vers l’amont, pour emprunter une passerelle d’un autre âge qui enjambe des zones inondables, des marécages qui ne demandent qu’à tout engloutir lors des crues du grand fleuve indompté.
Découvrir en sa périphérie et non en son centre, ce qui constitue sans doute le cœur véritable de cette ville boursoufflée de chaleur et suintante d’humidité, perdue au milieu de l’immensité de la forêt amazonienne.
Se perdre volontairement, armé seulement d’une bonne dose de désarmante curiosité, avec le pressentiment que peut surgir la magie des rencontres et le grand frisson de l’imprévu.
S’écarter comme toujours des sentiers battus par les agences touristiques et de la marchandisation du monde, qui ne demande pourtant qu’à s’offrir, à celui ou celle qui ose s’aventurer dans le peu recommandé, avec une âme de flibustier.
Déboucher sur le Leticia véritable, un éparpillement de baraquements construits avec les moyens du bord, du bord du fleuve et de tout ce qu’il charrie. Une succession de cabanes faites de planches, de tôles et de coups de main entre les habitants, qui savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
Ici, loin des yeux et loin du cœur des pouvoirs publics, toujours aux abonnés absents, embourbés dans leurs promesses sans lendemain, tout est de travers, les constructions ingénieusement bricolées, les ponts de bois qui relient les baraques sur pilotis, les moyens improvisés de subsistance (l’eau, l’électricité et la gestion des déchets) avec cette inventivité magnifique de ceux qui n’ont que plus que cela pour survivre.
Ici, tout paraît de guingois sauf la dignité, la gentillesse et une générosité incroyablement qui pousse la plupart des habitants, tous d’origine indigène, à venir en aide à ces blancs forcément perdu sur ce territoire oublié.
En ce lieu que personne ne visite, c’est au milieu du dénuement le plus total que se cache le cœur battant de cette vibrante Colombie. Sourires sincères, salutations systématiques, quelques mots pour s’enquérir des raisons de notre présence, ne pas oublier l’humour et le rire comme meilleur passeport pour faire tomber les barrières sociales et culturelles.
Ressortir de ce lieu frétillant d’humanité, d’étonnement amusé, de curiosité sincère, au bout d’une heure, avec une invitation à déjeuner autour d’un poulet, la visite de quelques bicoques, à peine équipées de l’essentiel, meublées simplement de quelques matelas sur le sol, du vent qui s’insinue entre les planches et de l’espoir des occupants pour une vie meilleure, un jour, si Dios quiere. En guise de décoration, il faudra se contenter du sourire des habitants, de leurs éclats de voix, et d’une musique toujours présente.
Dans ce recoin perdu de l’Amazonie trône cet essentiel que nos vies modernes et citadines nous ont enlevé, la conversation qui lie l’humanité loin du monde des machines, l’entraide nécessaire qui fait que l’autre n’est pas un étranger et donne toute sa sève à ce joli mot de Fraternité, qui se lézarde sur le frontispice de nos mairies et de nos écoles.




























Crédits photos: © Catherine Tourasse
magnifique et incroyable d’imaginer que tu es là ! Take care
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