L’année se termine en beauté, dans l’une des rares villes au monde située à la frontière de trois pays. Quelle chance de pouvoir dormir et prendre son petit déjeuner en Colombie, puis prendre « una lancha » (une pirogue motorisée) pour traverser l’Amazone, plus beau et tellement plus puissant que dix Jeff Bezos réunis. D’aller déjeuner à Santa Rosa, au Pérou. Cette petite île de pêcheurs, habitée par une population fluviale de quelques centaines d’âmes, qui vivent des activités que leur procure le grand fleuve. La misère est palpable et nous éloigne du mirage occidental qui maintient celui qui ne voyage pas sans se perdre, dans l’illusion d’un monde qui lui ressemble. Ici, la pauvreté n’est pas un vain mot, mais la gentillesse, les sourires, l’entraide avec la communauté et avec l’étranger de passage sont la vraie richesse du lieu. Quand on ne possède rien, on capitalise tout sur ce qu’on est. C’est le grand enseignement du dénuement et de mes six années de voyage autour du monde. N’avoir que ce que l’on est. Ne paraître que ce que l’on fait ! Certains appellent cela de l’authenticité.
Puis, après le déjeuner et une série de photos pour immortaliser et vous donner à voir, retraverser le fleuve pour rejoindre Leticia, située sur la rive colombienne. Louer une moto pour deux jours et filer au Brésil pour découvrir une tout autre atmosphère, aller dîner dans une gargote, en s’enivrant de caïpirinhas et de ces sensations que me procurent cette liberté de voyager depuis si longtemps, où bon me semble, de l’âme au cœur, ébloui par ce commerce de bouches qu’est devenu ma vie.
Je parle bien sûr d’une activité atypique que seules la curiosité, la poésie, le goût de l’autre, l’artisanat des rencontres impromptues et l’envie de converser peuvent encore procurer. Commerce de bouche pour nourrir l’âme friande d’altérité et de découvertes. De ces bouches qui confient, qui sourient, qui embrassent…
L’Amazone est le plus puissant fleuve du monde : son débit moyen équivaut au volume cumulé des six fleuves qui le suivent immédiatement dans l’ordre des débits. À lui seul, l’Amazone représente environ un cinquième du débit fluvial du monde entier. Il est aussi le plus long fleuve du monde devant le Nil majestueux.
L’Amazone est la bouche du monde. Ses deux rives sont les lèvres qu’il faut embrasser pour entendre les voies ancestrales que murmure l’immense forêt amazonienne. Cet océan végétal qui laisse serpenter le grand fleuve opaque, des Andes péruviennes jusqu’aux rives de l’Atlantique.
Le 31 décembre, je remonterai à bord d’un ferry la longue bouche brunâtre, afin de sortir du pays, pour rejoindre Iquitos, au Pérou, plus grande ville au monde accessible uniquement par bateau et par avion. Les routes n’y ont pas encore été inventées. Pas trouvé mieux pour changer d’année que de changer de lieu, d’aller au cœur de la nature la plus sauvage, la plus intouchée par l’homme.
Quand le monde s’enflammera de feux d’artifice, de tintement de cristal et de vœux tonitruants pour l’année nouvelle, le lent ronronnement du moteur diesel, la pénombre mystérieuse de la plus épaisse forêt du monde et les milliers d’étoiles me servant de toit, seront mon seul écrin pour accueillir cette nouvelle année, déjà débordante de projets et d’intentions. Je n’oublierai pas de faire une grande place à la vie, souvent si mystérieuse, à ces possibilités et bifurcations miraculeuses que propose le « hasard », dès lors qu’on le laisse s’exprimer et que l’on se rend disponible au scenarii qu’il nous réserve, que l’on appelle le destin.
Ressassons l’aveu d’Albert Einstein, que l’on ne peut pourtant pas taxer de mysticisme : « Le hasard, c’est le déguisement que prend Dieu pour voyager incognito… »
Voilà une belle feuille de route pour 2025.
Je vous souhaite à tous de trouver d’aussi jolies lèvres à embrasser, d’aussi jolies bouches à écouter et à parcourir en cette année nouvelle !
Réapprenons à nous parler, à dialoguer, à écouter les rumeurs du monde et le souffle de notre humanité.






















entre 17h et 18h30, des milliers d’oiseaux déboulent sur le Parc central de Leticia.
Ils arrivent à une vitesse incroyable, par escouade, voltigeurs de génie et se posent
sur quelques centimètres de branche libre. Cette vidéo rend piteusement compte du
spectacle extraordinaire de ces as du ciel. Les raisons d’un tel meeting aérien
sont fascinantes et mériteront une prochaine chronique de voyage.
Ce sont eux les véritables chevaliers du ciel.
à se réunirent pour une série de concert, célébrer leur appartenance à la grande culture de l’Amazonie,
avec une tombola pour gagner de nombreux lots, principalement constitués d’appareils électroménagers.
Pas sûr que les dizaines de gagnants disposent chez eux de l’électricité et puissent ramener
leurs précieux lots sur les pirogues motorisées qui sillonneront le fleuve Amazone en pleine nuit,
une fois les festivités finies. Mais quelle ambiance et fierté pour tous ces peuples de la forêt,
ces défenseurs de la Pachamama de se retrouver à Leticia. La sortie de l’année…
Merci encore pour ces beaux textes et ces belles photos
Que le hasard, en 2025, guide vos pas vers de nouvelles merveilles !
(Hugues)
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Merci Hugues. Nous avons fait un marché avec le hasard et c’est bien notre intention mutuelle;-) Finissez bien l’année 2024 et pleins de bonnes choses pour la nouvelle année que vous découvrirez bien avant moi… Merci pour votre lecture complice!
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une très bonne année à toi et Catherine, mille et une nouvelles découvertes dont le lieu où vous souhaiterez vous fixer.
Je vous embrasse depuis Tignes où j’ai réuni pendant une semaine mes enfants , petits enfants et arrière petits-enfants , 16Parnier-Andrieu- Plas dans un chalet. Le bonheur. Je vous embrasse. 😽♥️
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Merveilleux! Embrasse bien tout le monde! Sans doute pas de meilleure manière de démarrer une nouvelle année…
Il faut parfois passer par les mots des autres pour dire les choses précieuses que l’on trimballe dans le baluchon de son cœur. Ce sera donc Jacques Brel, qui me prête sa plume que je trempe dans l’encrier de l’aventure:
« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la re-cherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. »
Jacques Brel (1968)
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Encore des souhaits de très bonne année…tes textes m’inspirent toujours…je retiens ton périple de fin 2024 pour notre futur passage dans cette région du monde prochainement… porte-toi bien
Murielle
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