Deux et deux quatre

En ces jours de gueule de bois et de business as usual, où un bonimenteur vient de rafler la mise, il est difficile de se remettre debout, de retrouver le goût de l’espérance et de poursuivre le chemin, comme si de rien n’était.

Bien sûr, il faut résister à l’envie soudaine de s’extraire du monde, de se retrancher loin de tout, pour cultiver son simple lopin de terre et voir fleurir son petit bonheur, en le décorrélant de ce monde d’injustices, de bêtise crasse et de cynisme suintant de toutes parts.

Il faudra bien vite reprendre le combat, jouer notre rôle, tout humble soit-il, si furieusement nécessaire, qui consiste à réparer ce monde qui fuit de toute part. Chacun doit retrouver le sens de l’action et sauter à nouveau, tête la première, dans le grand bain de la réalité, redonner un sens à ses jours, prendre conscience et faire œuvre utile.

Bien sûr, il y a des jours comme celui-ci, où l’on aimerait effacer les heures qui précèdent, revenir sur nos pas, emprunter un autre tout autre chemin, en sachant que l’on fait désormais fausse route, pour la planète, pour les autres et pour soi-même.

Alors, face à l’effondrement de la pensée, à la déliquescence de nos sociétés, à la disparition du spirituel, en ce jour particulier de bleu à l’âme, de bouche pâteuse et de découragement, il ne me reste, me semble-t-il, que la poésie et l’Art, sans doute aussi l’humour, pour retrouver un semblant d’espoir et croire encore que l’humanité mérite cette planète.

Une pensée toute fraternelle à tous les laissés-pour-compte du monde et à tous les enfants, qui rêvent d’un oiseau-lyre, sur les épaules desquels reposent encore l’avenir et la vie véritable.

Puissent les derniers vers de ce magnifique poème de Jacques Prévert devenir notre meilleur présage, et que les pires clowns du monde cessent de faire les pitres.

Sur ces mots, mon porte-plume redevient oiseau et je me sauve à tire d’aile vers mes lendemains qui chantent…

Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize

Répétez ! dit le maître

Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize

Mais voilà l’oiseau-lyre
Qui passe dans le ciel
L’enfant le voit
L’enfant l’entend
L’enfant l’appelle :

Sauve-moi
Joue avec moi
Oiseau !

Alors l’oiseau descend
Et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre

Répétez ! dit le maître

Et l’enfant joue
L’oiseau joue avec lui

Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
Et surtout pas trente-deux
De toute façon
Et ils s’en vont.

Et l’enfant a caché l’oiseau
Dans son pupitre
Et tous les enfants
Entendent sa chanson
Et tous les enfants
Entendent la musique

Et huit et huit à leur tour s’en vont
Et quatre et quatre et deux et deux
A leur tour fichent le camp
Et un et un ne font ni une ni deux
Un à un s’en vont également.

Et l’oiseau-lyre joue
Et l’enfant chante
Et le professeur crie :

Quand vous aurez fini de faire le pitre

Mais tous les autres enfants
Écoutent la musique
Et les murs de la classe
S’écroulent tranquillement.

Et les vitres redeviennent sable
L’encre redevient eau
Les pupitres redeviennent arbres
La craie redevient falaise
Le porte-plume redevient oiseau.



Série « Lost Angeles » du photographe Michael Dressel, en hommage à tous ceux pour qui le résultat de ces élections américaines ne changera absolument pas la vie !

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

Un commentaire sur « Deux et deux quatre »

  1. Hier soir, je suis sorti en regardant les étoiles et j’ai crié :

    « Là haut, si une civilisation intelligente et avancée existe !
    SVP, prenez moi dans votre vaisseau !! « 

    Sauf qu’en fait, il n’y avait pas d’étoiles, que des nuages…
    Ils n’ont pas dû entendre …
    (Hugues)

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