Transporté par des mots

Tout écrivain rêve d’être lu et sans doute secrètement reconnu pour sa contribution à l’immense monument, aussi prolifique que menacé, qu’est la littérature. 

Chacun vient avec son style, son genre, son propos, produisant une matière qui s’étalonne entre une inégalable importance et une tendre insignifiance. Chaque auteur apporte ainsi sa pierre à l’édifice, avec le secret espoir de trouver un public à qui il procurera quelques heures d’évasion, permettra de découvrir les tréfonds de l’âme humaine, apportera un brin de compréhension de ce monde en furie, ou bien encore, offrira une émotion qui sera comme une caresse sur la surface du cœur, grâce au jeu magnifiquement réussi des vingt-six petites lettres de l’alphabet. 

Pour ce faire, et susciter l’attention d’un seul lecteur ou emporter, rêve absolu, l’engouement d’une foule de passionnés, qui feront des émules en diffusant leur enthousiasme par le bouche-à-oreille, il n’y a pas de règle. 

Entre le cœur suintant de l’auteur œuvrant dans sa solitude, à sa table de travail, et le cœur battant d’un lecteur qui se coupera littéralement du monde pour tourner avec avidité les pages du roman, ou sera tenu en haleine par un récit de voyage, il n’y a qu’un chemin sinueux de secrets à jamais inconnus. Pas de recette magique, si ce n’est quelques vieux trucs et astuces que se transmettent les gens de plume depuis des lustres, mais qui ne produisent pas à chaque coup un Homère, un Hugo ou un Camus.

Alors, dans les dizaines de milliers de nouveaux livres qui sortent chaque année et qui se disputent le pré-carré des librairies ou les minuscules colonnes de journaux, c’est la foire d’empoigne, le combat acharné de la visibilité ou de la pénombre, un îlot de notoriété fugace pour certains, perdu au milieu de l’océan de la désillusion et vite condamnés à l’oubli, pour les autres.

Dans cette course à l’échalote, symbolisée par la rentrée littéraire de septembre, des centaines de livres font le tapin dans l’espoir de rameuter les curieux un peu hésitants, les indécrottables amoureux de la lecture, ou les résistants des belles lettres qui n’ont pas encore rejoints les hordes de consommateurs aspirés par le divertissement digital, le gouffre sans fond des réseaux sociaux, ou succombant au charme omniprésent de l’image animée.

Les maisons d’éditions ne chôment pas pour proposer leurs nouveaux poulains ou leurs vieux canassons dans les festivals, dans les salles de rédaction ou le moindre salon du livre. 

Trouver un lecteur est aussi difficile que de trouver un client, et souvent, c’est lui qui vous trouve. Alors il faut miser sur son génie marketing et commercial, tout en comptant sur le hasard des choses. Joséphine Baker se voulait rassurante pour tout apprenti écrivain. N’expliqua-t-elle pas qu’on peut très bien vivre de sa plume. « Ça dépend où on la met ! », précisait-elle.

Autant dire qu’assurer la promotion d’un livre auprès du public français, quand on a en tête la drôle d’idée d’aller gambader à l’autre bout de la planète, sans billet de retour, cela représente une épreuve qui frise l’impossible et si cela fonctionne, c’est digne d’une médaille d’or aux jeux paralympiques. 

Alors ! Quelle ne fut pas ma surprise, il y a quelques jours à peine, de constater un incroyable mouvement de solidarité et un engouement inattendu pour mon premier livre. Dans ce pays que j’arpente en tous recoins, pour la seconde fois, je viens de découvrir que la confédération des chauffeurs de taxi colombiens m’apporte un soutien inattendu. Cela s’explique sans doute enflammés par le bouche-à-oreille si typique en ces cultures latines et par les passionnantes conversations que je ne manque pas d’avoir chaque jour avec quelques-uns de leurs représentants, m’interrogeant sur les raisons de mes escapades forcenées.

Alors, que LIBRE n’a pas été publié en espagnol et n’est jamais sorti en Amérique du Sud, la confrérie des taxistass’est mise en tête d’assurer la promotion de mon premier ouvrage en demandant à chacun de ses membres d’afficher le titre de mon livre son pare-brise. Faites-moi penser à demander à mon éditeur de m’expédier 60.000 exemplaires pour que les 19.000 chauffeurs de taxis jaunes que compte Medellin, puissent disposer d’au moins trois exemplaires dans chaque véhicule, histoire d’assurer les ventes. Jamais le métier de vendeur ambulant n’aura autant mérité son appellation. 

Bon, il faudra aussi que je leur parle de mon second livre, VIVANT, et du troisième qui est en train de naître (dès que j’aurai trouvé une cabane loin du tumulte du monde, pour m’isoler et le finir), ceci afin qu’on prévoit tous ensemble un autre dispositif de promotion. 

Je vous laisse découvrir en images quelques exemples parmi les milliers de participants désireux de contribuer, comme vous ami-lecteur de mes chroniques échevelées, à mon humble mais tenace notoriété ! 

N’hésitez pas à faire passer le mot. 

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

8 commentaires sur « Transporté par des mots »

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