« L’horreur est humaine »

Je voudrais dédier cette petite chronique du bout du monde à Coluche, à qui j’ai emprunté ce titre. 

Coluche, avec son génie de la formule à l’emporte-pièce, plantait bien le décors. « Quand on voit l’état du monde, si l’on croit à l’existence de Dieu, on est bien obligé de croire à l’existence du Diable. »

Cette boutade mériterait une minute de silence, ne serait-ce que pour avoir le temps de gamberger à notre responsabilité individuelle avant d’être collective, à la bien-pensance derrière laquelle nous habillons souvent notre honte de ne rien faire pour réparer ce monde qui se déglingue, par la faute évidente de quelques-uns et l’immense foule de ceux qui laissent faire sans rien dire, en se réfugiant derrière un vieux paravent de silence, usé par trop de compromission et de renoncement. 

Une minute de silence pour se rappeler de tous nos regards détournés à la vue d’un clochard, de toutes nos mains résolument engoncées au fond de nos poches à l’approche d’un mendiant qui ne demandait qu’une main tendue, paume ouverte, ou une poignée de main et quelques mots fraternels. La douleur de la mendicité n’a d’égale que la froideur du refus. Et dans ce monde de misère, tout ne se règle pas avec de l’argent, avec une pièce de monnaie en guise d’absolution. Car derrière le dénuement matériel rôde un mal plus pernicieux, assimilable à un cancer social, l’extrême solitude. 

Je suis désolé de désavouer Monsieur Aznavour, après l’avoir constaté et vérifié sous toutes les latitudes : Non ! la misère n’est pas moins pénible au soleil. Elle est au contraire plus terrible, plus visible et tellement plus cruelle. 

On a dressé des églises et des mausolées pour y loger nos croyances en un Dieu hypothétique, accueillir nos demandes d’absolution et nos espoirs d’une vie éternelle, mais force est de constater que le reste de la cité appartient désormais aux marchands du temple et à leur esprit de boutiquier. Partout des magasins, galeries marchandes, vitrines alléchantes célèbrent la nouvelle religion du siècle : le consumérisme, avec son culte qui gangrène nos sociétés, la marchandisation du monde. Et au beau milieu du labyrinthe urbain, entre les cathédrales de la foi et les centres commerciaux où l’on peut payer en plusieurs fois, le dédale de rues devient le territoire du Diable sur lequel il étend son empire. 

A Paris, sur le Parvis des droits de l’Homme qui se situe à l’entrée du Trocadéro, sont inscrits ces mots : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Plus de 700 millions de personnes vivent actuellement dans l’extrême pauvreté, avec moins de 2 euros par jour. La moitié de la population mondiale vit sans aucune protection sociale, avec moins de 6 euros par jour. Cela représente 4 milliards d’êtres aussi humains que vous et moi. Comment ne pas être éraflé par une telle pensée ?

Dans le même temps, jamais dans l’histoire de l’humanité, les inégalités n’ont été aussi indécentes. Les dix hommes les plus riches du monde détiennent plus que les 3,1 milliards d’hommes et de femmes qui sont nos voisins dans cette maison commune qu’est la Terre. Et que font-ils de cet amas de richesse ? Je vous laisse trouver la réponse, à cette époque où l’acquisition de biens matériels inutiles est devenu le seul but de l’existence et Elon Musk, un Dieu vivant pour des dizaines de millions de personnes à travers le monde.

Cette concentration délirante de richesses ne serait pas bien grave si elle n’avait pas des conséquences délétères et moralement inacceptables, contre lesquelles tout Être humain digne de ce nom doit s’interroger et lutter. La misère tue chaque jour dans le monde plus de 20.000 personnes, soit une personnes toutes les 4 secondes, principalement par manque d’accès aux soins et à une nourriture suffisante.

En 1985, à l’époque où à l’âge de 21 ans je me suis engagé corps et âme aux côtés de Coluche pour lancer et contribuer activement aux Restaurants du Cœur, nous avions servi durant les trois mois d’hiver, 8,5 millions de repas. En 2024, ce chiffre a atteint 170 millions de repas servis à des gens nécessiteux, dans notre beau pays qu’est la France. 50% des bénéficiaires avaient moins de 25 ans. La misère est une lèpre qui progresse plus vite que tous les virus que nous connaissons et pour lesquels nous sommes collectivement capables d’arrêter une planète ! Quand nous déciderons-nous à arrêter une nouvelle fois cette planète, couverte des bleus infligés par les mauvais coup que l’humanité lui assène ? 

Je laisserai à Coluche le mot de la fin de cette chronique, des mots qui sont devenus l’essence même des Restaurants du cœur et qui sous-tendent l’action de millions de bénévoles qui agissent, en leur âme et conscience, de par le monde pour venir à bout du cynisme et de l’indifférence. 

C’est pas vraiment ma faute si y’en a qui ont faim
Mais ça le deviendrait, si on n’y change rien

La chanson qui fait du bien au coeur : ici

Avatar de Inconnu

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

Un commentaire sur « « L’horreur est humaine » »

Laisser un commentaire