La chance en bandoulière

Quasiment un mois, jour pour jour, après mon accident de moto survenu lors d’une nuit pluvieuse à Buenos Aires et après avoir décidé d’opter pour un rapatriement en France pour me faire opérer et réparer ma clavicule en miette, une nouvelle péripétie de santé est survenue de manière inopinée et brutale.

Résumé des faits :

Perte de conscience impromptue samedi dernier et gros gadin dans les rues de Lyon. Je me suis affalé de tout mon poids après une syncope soudaine à une terrasse de restaurant. 7h30 passées aux urgences pour me garder finalement le soir de l’incident aux soins intensifs de cardiologie, à l’Hôpital de la Croix-Rousse à Lyon.

Ce dimanche, alité et raccordé à une vingtaine de câbles passa encore plus lentement qu’une dimanche ordinaire. Je passais le temps à gamberger sur les tenants et les aboutissants d’un tel malaise et à observer les montagnes russes de mon électrocardiogramme branché en continu et à observer avec tendresse le lent défilé des caravanes de nuages qui filaient droit vers l’Est. 

Profitant de ce jour du Saigneur, je méditais sur le goutte-à-goutte auquel j’étais relié, hésitant entre me faire du mauvais sang et prendre tout cela avec un certain détachement, résolument confiant en ma bonne étoile et pressé de sortir de ce lieu.

Le lundi, j’eu droit à un scanner du cerveau pour vérifier si le problème n’était pas cérébral. RAS de ce côté-là, mais IRM à prévoir prochainement pour investiguer davantage. L’après-midi, descente au service de cardiologie interventionnelle pour effectuer une coronographie. Après l’introduction d’un cathéter dans mon poignet droit, j’assistais fasciné à la remontée de la sonde jusqu’à mon cœur et à l’exploration minutieuse des trois artères qui irriguent cette pompe fabuleuse qui me maintient en vie et justifie mes coups de cœurs légendaires depuis 58 ans. Je venais de passer 5 années à explorer librement le monde et voilà que je me retrouvai plongé au cœur de moi-même, dans cette aventure intérieure dont je ne soupçonnais pas l’éventualité 48 h plus tôt. 

Le verdict de cette exploration coronarienne fut sans appel : Sténose à 90% du coronaire IVA (Artère interventriculaire antérieure). Bref dans quelques mois c’était infarctus ou crise cardiaque assurée. 

La jeune cardiologue aux doigts de fée m’expliqua le problème et me demanda si je souhaitais que l’on en profite pour intervenir via la pose d’un Stent ou si on remettait cela à plus tard. Nous étions au cœur de l’action, le problème était grave et devrait être régler au plus tôt. Alors, autant en profiter ! 

Une fois remonté dans ma chambre, désormais équipé d’un petit ressort qui soutient l’une de mes artères coronaires et règle durablement son dangereux rétrécissement, je souris en me remémorant la conversation téléphonique que j’avais avec ma voyante, quelques jours avant de repartir en Uruguay. Elle m’avait prévenu d’un probable pépin de santé. Ses termes exacts furent : « Je vois un risque d’intervention médicale, mais il ne faut pas se fier aux apparences, c’est une Renaissance. Ça va te faire gagner du temps de vie. Tu vas être soigné d’une chose plus grave qui aurait pu m’arriver. Considère que c’est un mal pour un bien. »

Évidemment, il était difficile de voir un sens dans ce drôle de présage et d’en déduire une conduite à tenir pour les mois qui m’attendaient durant ma remontée en zig-zag vers la lointaine Colombie, entre Cordillère des Andes et Amazonie.

J’occupai une partie de ma nuit à répondre à la pluie de messages amicaux que mon dernier post avait généré. Je me levai pour entrouvrir la fenêtre et laisser rentrer un peu d’air frais. Il pleuvait sur la Croix Rousse et mon seul réconfort était la musique des petites gouttes qui sautillaient dans la cour carrée de l’hôpital et de savoir que tout cela était un « mal pour un bien », une contrariété dans mes projets de voyage et, en définitive, une parenthèse forcée mais salutaire pour prendre le temps d’achever les préparatifs de ce nouveau chapitre de vie qui ressemble à une page blanche.

Difficile de dormir avec toutes ces douleurs, tous ces câbles qui m’entravent à ces machines, toutes ces croûtes et aiguilles qui me ravagent la peau. 

Au programme de ce mardi : les médecins m’ont laissé entendre qu’une IRM du cerveau est possible, à moins qu’on la programme en externe, dès que possible, car le problème de la sténose d’un coronaire n’expliquerait que partiellement mon évanouissement soudain. En revanche la pose d’un Holter sous la peau, au niveau du cœur, a bien été décidé et programmé. Il s’agit d’un mouchard de la taille d’une grosse allumette, d’un dispositif électronique télé-transmetteur dans la poitrine, qui va envoyer les anomalies de mon rythme cardiaque, durant 3 ans, aux cardiologues, où que je me trouve dans le monde. Je deviens ainsi un « homme augmenté »… J’y étais plutôt opposé quand ils m’en ont parlé deux jours auparavant,  mais depuis que je sais que courais à la catastrophe et que la pose du Stent sur l’artère principale quasiment bouchée me sort in extremis de l’ornière, je suis pour tout ce qui me prolongera cette formidable existence que j’ai la chance de traverser.…

Je vais me rendormir car ils viennent me réveiller à 6h du matin, afin que le petit déjeuner matinal me permette d’être à jeun pour l’intervention prévue pour midi. Être un homme augmenté, c’est un peu comme à l’armée. On n’y fait rien… mais on le fait de bonne heure ! 

Elon Musk n’a qu’à bien se tenir avec son projet Euralink et ses puces implantées dans le cerveau humain. Moi, j’opte pour un monitoring invasif du cœur, à distance. Que vont-ils découvrir d’autres que mes anciennes peines d’amour et mes coups de cœur enthousiastes pour tout ce qui regorge d’humanité, d’humour et de poésie ?

L’aventure se poursuit;-)

Avant de repartir vers la nuit étoilée de mes songes, je vous glisse en guise de clin cette conclusion nocturne que je vous confie à cœur joie :

La leçon de tout cela c’est que j’ai eu une artère bouchée mais surtout… une sacrée veine !

Je vous laisse sur ce vers du poète Guy Goffette, qui sera désormais ma signature et mon sauf conduit pour les mois à venir :

« La vie. Rien que la vie. Toute la vie. Une. Libre. Folle. »

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

15 commentaires sur « La chance en bandoulière »

  1. Et bien Frédéric, je suis bien triste de tout ce qui vous arrive mais aussi surprise et enchantée de la manière positive dont vous le prenez ! Je vous ai découvert lors du sommet Quête de vision et suis depuis vos péripéties 😉 Je vous écris car il se trouve que j’habite à La Croix-rousse dans la rue même de l’hôpital. Si vous avez envie d’un peu de visite, je serai ravie de venir faire connaissance un de ces jours. N’hésitez pas !

    À bientôt, Ségolène (directrice artistique et baroudeuse amateure mais passionnée !)

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    1. Bonjour Ségolène! Merci pour ce sympathique et réactif message. Je suis sorti hier de l’hôpital en fin d’aprem. J’habite dans le sixième arrondissement quand je suis en France (pas souvent). Avec plaisir pour boire un verre d’ici quelques semaines quand je serai parfaitement retapé 😉
      Amicalement
      Frédéric

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      1. Un bon verre de vin si j’ai bien compris 😜

        J’étais persuadée que votre point de chute serait resté Paris, tant mieux si vous êtes lyonnais. C’est sûrement comme cela que vous avez rencontré Sidonie d’ailleurs.

        Au plaisir alors et très bon rétablissement dans un corps bientôt tout neuf, prêt à repartir !

        Belle soirée, Ségolène

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      2. Coucou mon lapin bouché,
        Bienvenu au club des stentés. Après 11 semaines d’hosto et 5 semaines de coma cs covid + les coros ont hurlé et le pancréas a plongé. Ainsi va la vie . En cascade . Il faut soudainement se bruler pour goûter la température merveilleuse de l’instant. Avec toi mon ami pour cette conversation avec la mort. La rencontrer sur son chemin est un honneur. Un devoir de conscience que la fin est imminente et que la joie peut etre permanente. Bises et toute ma tendresse pour ce passage fort . Tu es grand , Edouard

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  2. Ça c’est une aventure que tu n’avais pas organisée et qui te fait découvrir une situation hors des chemins que tu parcours habituellement.
    Soigne toi bien pour repartir au plus tôt à la poursuite de tes rêves.
    Bon rétablissement
    Amitiés
    JPE

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  3. Ooohhh, Frédéric, comme tu le décris bien, un mal pour un bien, un bien supérieur ! Mauvais moment à passer mais il y en aura beaucoup d’autres… Prompt rétablissement et bon retour sur la route bientôt. Je sympathise.

    Michel (Montréal, Canada, réf : la Gallery de Mérida… et en partance pour Buenos Aires bientôt)

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      1. En passant, je reviens du Guatemala… ce fut un voyage très intéressant mais pas mal plus fatigant que je pensais… il y a des journées où j’ai cherché ma nourriture, tout était fermé… puis j’ai découvert que l’Intercontinental était ouvert…ironique…

        Voici un résumé https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2016383/guatemala-bernardo-arevalo-president-corruption

        As-tu déjà entendu ou vécu quelque chose comme ça, en rapport avec un des pays africains que tu as visités ?

        À nouveau, prompt rétablissement… prends bien soin de toi.

        ⁣Michel Envoyé de mon téléphone mobile Sent from my mobile phone​

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  4. Bonjour Frédéric,

    Et malgré tout, vous trouvez la force de balancer quelques lignes qui, comme très souvent, valent certainement bien plus que certaines séances de préparation mentale !

    Courage ????

    Christophe Albeaux

    Envoyé à partir de Outlook pour Androidhttps://aka.ms/AAb9ysg ________________________________

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  5. Ben dis donc…. Quelle bonne idée de te faire rapatrier après ta chute de moto. Les choses ne se seraient peut être pas passées de la même manière en Amérique du Sud. Une bonne étoile – la soif de vivre sans doute – t’accompagne. J’admire en tous cas le côté positif, la belle manière dont tu décris tout cela en espérant vraiment que sous le ramage …
    En tous cas, ta belle écriture n’en souffre pas. Bravo !

    Je suis certain que ce petit ressort va te donner encore plus de force pour repartir de l’avant après le temps nécessaire à une remise en forme. Après ton moteur au Chili, c’est à toi de faire toutes les révisions nécessaires pour ne pas franchir cette frontière définitive, et penser à toutes celles qui t’attendent,
    Tous mes voeux vont en ce sens, cher Fred.

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