Une espèce si éphémère

Loin de moi l’idée de réécrire la passionnante histoire des Missions Jésuites, fondées au XVIIème siècle, qui donnèrent leur nom à la région située à l’extrême nord de l’Argentine, Missiones, et qui s’étendent aussi sur une partie du Paraguay et du Sud-Brésil. Inutile donc de paraphraser les multiples sites touristiques ou culturels qui existent sur le Net. 

Je vous encourage juste à voir (ou revoir) l’excellent film Mission de Roland Joffé, avec dans les rôles principaux, Robert de Niro, Jeremy Irons et Liam Neeson. Ce film d’une fidélité exemplaire aux évènements historiques, emporté par une bande originale signée Ennio Morricone, vous transportera dans l’espace et le temps pour vous faire revivre, comme si vous y étiez, la mission des Jésuites ayant évangélisé, pendant presque deux siècles, le peuple Guarani.

En guise de résumé, je n’ai pu trouvé meilleur synthèse que celle-ci :

« Jésuite est le terme communément employé pour désigner les membres de la Compagnie de Jésus. Cet ordre religieux catholique, créé au XVIème siècle, cherche à se distinguer par ses valeurs. En effet, ses intégrants aspirent généralement à un haut niveau d’éducation, en particulier en sciences et en arts, et s’engagent à obéir directement au pape, plaçant donc les lois divines avant toute autre forme de pouvoir. Depuis ses débuts, cet ordre s’est beaucoup porté sur l’évangélisation des peuples. Lors de l’époque coloniale, il s’est ainsi répandu un peu partout dans le monde et en particulier en Amérique du Sud.

Dans le bassin du Río de la Plata, anciennement territoire des peuples guaranis (aujourd’hui divisé entre le Paraguay, l’Argentine et le Brésil), ce sont trente missions qui ont été construites aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ces missions jésuites guaranis sont aussi appelées réductions, du latin reducerequi signifie regrouper, en l’occurrence des peuples originaires dans des villages dans le but de les sédentariser et de les évangéliser. Ces réductions ont une architecture commune. On y trouve une place centrale avec son église, un cabildo (siège du pouvoir colonial), un collège, les habitations des jésuites, le cimetière et, plus loin, les habitations pour les familles guaranis et des parcelles de terre pour la culture.

Certains présentent les réductions comme une première expérience coloniale réussie. Ils voient dans les jésuites des hommes instruits, capables de parler les langues autochtones comme le guarani et de les protéger des attaques d’esclavagistes pour établir une nouvelle organisation sociale qui leur a permis une certaine stabilité et croissance. D’autres dénoncent l’acte colonial, puisque les jésuites ont imposé leur culture et leur mode de vie aux peuples natifs. Ils les ont aussi condamnés aux travaux forcés en leur imposant la construction des réductions et de leurs immenses églises.

Finalement, à la fin du XVIIIème siècle, accusés de manque d’obéissance à la couronne espagnole, les jésuites sont expulsés de toutes les missions. Ils laissent derrière eux un important héritage architectural et historique. Aujourd’hui toutes en ruines, sept de ces réductions sont classées au patrimoine mondial culturel de l’UNESCO. »  (Source : Site du Monde dans l’Objectif / https://www.dumondedanslobjectif.com/es/les-missions-jesuites-guaranis/ )

Pour ceux qui souhaitent creuser ce sujet passionnant, voici la page Wikipedia particulièrement complète :https://fr.wikipedia.org/wiki/Missions_jésuites_des_Guaranis

Pour être sincère, ce qui m’a le plus marqué dans la visite de la « réduction » de San Ignacio, sans doute la plus emblématique des Mission Jésuites, ce n’est pas l’histoire et les détails culturels, que j’ai eu l’occasion de croiser par ailleurs au cours de mon périple, ni la majesté du lieu qui est, il faut bien l’avouer, dans un état de décrépitude notable malgré tous les efforts de sauvetage et de restauration depuis les années 40. 

Non ! ce qui est le plus marquant et sans doute le plus intéressant à mes yeux, fut la reconquête du végétal sur le minéral, la Nature qui reprend ses droits, malgré les efforts des hommes pour la contrôler et pour la contenir. 

J’ai déambulé librement durant une bonne heure dans ce lieu chargé d’histoire, de souffrance et d’élévation de l’esprit, évitant les quelques touristes et un groupe scolaire des environs. J’étais seul, essayant de capter les vibrations de ce lieu, m’imaginant la vie d’antan et essayant de ressentir l’énergie de ces centaines d’hommes et femmes, qui vécurent dans ce qui n’était pas encore des ruines, quelques cinq-cents ans auparavant.

Partout, malgré les murs dignes de forteresses aux pierres imposantes, malgré les ouvrages autant colossaux qu’ingénieux pour ces contrées perdues au cœur de denses forêts, au regard des moyens de construction de l’époque, je n’ai vu que dévastation et trace archéologique.

En revanche, j’ai été frappé par la luxuriance de la Nature qui se contient mais qui semble attendre son heure. La diversité, la créativité et la majesté de la Flore n’a pas à rougir face à l’opiniâtreté et à la foi dont firent preuve les Jésuites. Au fur et à mesure de mes déambulations, collectionnant les indices ou les preuves palpables de la mainmise du vivant sur l’inerte et le souvenir, je me suis demandé à quoi ressemblerait la Terre, dans cinq-cents ans, quand le dernier homme aura disparu de cette planète. 

De toute évidence, seule l’humanité est véritablement menacée à un horizon d’une centaine d’années, pauvres petits êtres fragiles que nous sommes devenus…. De nombreuses études convergent sur cet horizon funeste.

Les innombrables animaux et végétaux en voie d’extinction doivent avoir hâte de nous voir déguerpir, comme le firent les Jésuites sur ordre de la Couronne d’Espagne.

Rideau ! Reset et début de l’Acte 3, sans aucun acteur humain.  

Notre espèce s’échine à déployer le même niveau d’absurdité et de cupidité pour se faire disparaitre qu’elle a déployé de génie et d’inventivité pour bâtir une succession de civilisations, toutes disparues ! Nous-mêmes (ou nos propres enfants) sommes aux premières loges pour assister à l’épilogue, la grande scène de l’effondrement, en oubliant au passage que nous fûmes tous les co-scénaristes de cette dystopie ! Avouez que nous mériterions un Molière, non ?

Devant le foisonnement de la Nature et le génie du vivant, sa résilience incroyable, une fois que les hommes ont déserté la place (Tchernobyl et le Covid sont là pour nous le prouver) j’étais fasciné par le lieu. Je repensais à mes pas au Guatemala, à Tikal, cette ancienne citadelle Maya, située au cœur de la forêt tropicale, dont on estime la création au Ier siècle après JC. Le lieu est fascinant, mais ce qui l’est encore plus, ce fut d’apprendre que les temples et monuments de cette cité, dont la fameuse pyramide de 70 mètres de haut, ne représentent que 5% à peine de la cité. Les 95% restant étant encore enfouis sous nos pieds, ayant été recouverts par la terre, la forêts et le temps… Tout finit par disparaître, surtout lorsque les hommes finissent par se prendre pour des Dieux. 

Alors, si vous souhaitez savoir à quoi ressemblera la Terre dans cinq-cents ans après la disparition de l’Humanité, et après avoir regardé les images de la Mission de San Ignacio, je vous laisse consulter les articles ou vidéos dont je mets les liens ci-dessous, en bas de page, après mes photos.

Repartant pour de nouvelles aventures et une tout autre contrée, je vous laisse sur cette pensée Amérindienne (forcément issue d’un Indien très amer, mais au combien lucide !) :

« Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau et pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas ! »

La Terre après l’humanité : ICI

Vidéo d’animation sur l’après-humanité :

Documentaire complet et gratuit : Aftermath: Population Zero – The World without Humans 

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

Un commentaire sur « Une espèce si éphémère »

  1. Faut t’il croire que la proposition d’ Anthropocène pour qualifier notre ère nous voue et nous confine a une anéantissement inéluctable et définitif? Ou alors sommes nous a un point d’orgue d’une dystopie comme l’humanité a put en connaitre a des heures sombres et troubles de son histoire?
    Doit on concéder a la nature cette formidable propension a se reconstruire tel le phénix?
    La disparition de l’homme sur terre sonnera telle celle de l’être humain de manière absolue?
    Beau texte GL voila pêle-mêle les questions qui se bousculent dans ma tête, après avoir lu et parcourut ces belles images, formidable allégories picturales, d’un triomphe de la nature sur l’homme.

    Aimé par 1 personne

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