Quand les planètes et les bouteilles sont alignées,
Quand le désordre du monde n’est plus qu’une lointaine rumeur,
Derrière le rideaux des éclats de rires d’un bar colombien, où tout le monde ignore ce qui se trame dans le quartier d’à-côté,
Ou, qui par une folle sagesse, décide effrontément de se tenir à distance de la haine, de la tristesse et du ressentiment, qui agitent les monarques de nos temps chahutés,
Je me dis que l’heure est à la poésie.
Les choses sérieuses des gens importants attendront bien demain.
La nuit appartient aux vivants, aux insoucieux, à ceux qui en ont vu d’autres, et qui savent que le temps, en sa sagesse éternelle, finit par tout effacer.
Alors…
“Aujourd'hui je n'ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n'existent pas ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent ont recouvré leur silence.
Ne rien faire sauve parfois l'équilibre du monde, en obtenant que quelque chose aussi pèse sur le plateau vide de la balance.”
Roberto Juarroz
(Poète Argentin, 1925-1995)