Gardien de nuit 

Pour t’écrire, je ne connais d’autre lumière que le réverbère jaunissant de la lune, suspendu au lourd manteau de la nuit.

Dans le silence nocturne, sous lequel aboient des chiens infatigables, je contemple cet astre comme le firent des millions d’êtres vivants avant moi.

Chacun, à sa façon, tenta fébrilement d’écrire sa partition et de jouer, comme je m’y efforce à mon tour, le rôle incertain qui nous fut assigné par un destin taquin.

Que viens-tu faire en ces heures d’insomnie, avec la musique de ton prénom, dont j’écris les lettres en une prière lancée vers un futur inespéré ?

Je te regarde dormir, ton corps paisible à mes côtés. Les chiens se sont tus dans le lointain, et ta chevelure dessine un estuaire sur le sable blanc de l’oreiller. 

Je sais que tu es absente, partie vers la contrée des songes, tandis que je reste là, à faire les cent pas dans les effluves de ton parfum.

Gardien obstiné de nos nuits blanches, je ramasse en ton absence, les souvenirs de tes éclats de rire, tes regards esquintés de tendresse quand tu me dis “je t’aime”, et les traces que laissent tes baisers lorsqu’ils scellent sur ma peau tes promesses de vie pour nos jours à venir. 

Lorsque tu reviendras à toi au petit matin, sur la piste d’atterrissage balisée par les chants du coq, tu trouveras les feux de Bengale de mes mots enflammés, et la rivière de diamant de nos heures entrelacées de confidences, de soupirs et d’espoirs.

Alors, tu murmureras dans la pâleur de l’aube, quand tes doigts deviendront caresse, ces mots en forme d’aveu : 

  • Tu ne devineras jamais, mon amour, ce dont j’ai rêvé cette nuit ?

Et moi, avec la sagesse de celui qui a déjà tant vécu et qui connaît les contrées dans lesquelles tu t’es si longuement absentée, je prendrai l’air de celui qui ne sait rien, et me contenterai de te dire:

  • Dis-moi ma chérie où nous sommes allés…

Et je resterai là, à t’écouter jusqu’à la fin de mes jours, avec la certitude que tu es le seul pays qui me reste encore à découvrir, avec l’envie de décrocher, au guichet d’immigration de ton cœur battant, un visa de résidence permanente. 

Au hasard des chemins !
Sans jamais savoir jusqu’où me perdre, pour si bien me retrouver.

La jolie danse des nuages pour égayer la montagne…

Pris en flagrant délit d’auto-stop !

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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