L’approche des Réveillons … (nous)

On a beau porter le nom de douze papes et passer sa vie à courtiser les Dieux, il est bon parfois d’opter pour une vie monacale. 
De trouver le repos dans une cellule de moine - en l’occurrence, dans un ancien couvent de sœurs, où la décoration est minimaliste, plus spirituelle que matérielle.
 
À l’approche de ces fêtes de fin d’année, où une partie de l’humanité va fêter la naissance d’un être qui vécut dans un grand dénuement, ceci à renfort d’abondants cadeaux, d’arbres tronçonnés et de ripailles onéreuses, il me semble au contraire utile de m’imposer, s’il en était besoin, une leçon d’humilité, de me délester des faux-semblants et de procéder avec simplicité à un salutaire examen de conscience.
 
Se rappeler que le minimalisme, mène plus sûrement à l’essentiel et à la vérité de l’être, que l’encombrement moderne et le confort lénifiant.
Un lieu frugal comme cette minuscule chambre n’est pas dépouillée, bien au contraire, il est meublé d’invisible. Les ombres y dansent, sur le mur de chaux blanche. Elles sont encouragées par la bougie épousant l’air qui s’infiltre imperceptiblement par le volet entrebâillé. Des décennies de prières peuplent mon logis du soir plus sûrement que le rutilant mobilier et les riches décorations d’une suite de Sofitel.
 
Et c’est en ce soir de sobriété heureuse que je découvre ce passage de la bible :
 
Mathieu 19:21 « Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. »
 
À combien d’entre nous ces mots pourraient-ils s’adresser ? Je pense à un nom que je tairai mais que le Christ devait connaître tant il est l’illustration de la nature humaine, dès que l’argent devient le maître.
Il me consulta un soir, en s’étonnant de mes choix de vie, cherchant absolument à savoir comment j’avais si radicalement changé d’horizon et de point de vue sur la vie. J’ai retrouvé dans mes notes les mots que j’avais écrits après notre conversation.
 
« Il avait bien fait les choses.
Une vie droite. Des règles respectées.
Une conscience tranquille, ou presque.
 
Il me posa une question sincère — non pas comment réussir, il l’avait déjà fait, mais « comment vivre vraiment ? »
Il espérait une réponse claire, une consigne de plus, une méthode sur étagère, peut-être un effort supplémentaire qu’il était prêt à consentir.
 
Alors je lui parlai de l’essentiel.
Du respect. Du lien. De l’attention portée aux autres. D’oser se connaître soi-même. De la vertu du dépouillement.
Il acquiesça. Tout cela, il était persuadé le pratiquer déjà, en partie.
Et pourtant, quelque chose résistait encore en lui.
 
C’est là que je lui proposai tout autre chose.
Non pas de faire davantage,
Mais de lâcher, de ne plus tout contrôler.
De laisser faire la vie et de s’ouvrir à ce qu’elle nous offre.
 
Se délester de ce qui l’encombrait depuis toujours.
Se séparer de ce qui le rassurait si commodément.
De troquer l’accumulation pour la confiance,
Et la possession pour la légèreté.
 
La proposition n’avait rien d’un ordre.
C’était une simple invitation.
Radicale, mais douce.
Appuyée par le témoignage de ma propre existence.
 
Il resta silencieux.
Puis il repartit.
Le pas lent. Le regard voilé.
 
Non parce qu’il doutait ou ne comprenait pas,
Mais parce qu’il possédait trop.
Et que certaines richesses, lorsqu’on s’y attache, finissent par nous posséder à leur tour.
 
Il était l’inverse d’un homme libre.
Un homme emprisonné par lui-même
Devenu au fil des ans, le geôlier de sa propre vie. »
 

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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