Après deux jours et deux nuits passées en pleine nature chez Boogii, un jeune éleveur nomade de chevaux et berger de 300 têtes (chèvres et moutons), dans une atmosphère on ne peut plus authentique et décapante, j’ai eu la chance d’être convié par un ami, grand entrepreneur mongol, à vivre une expérience de luxe et de volupté, sur mon chemin de retour vers Oulan Bator.
Je reviendrai naturellement sur ce séjour nomade lors d’une très prochaine chronique, sans doute l’une des expériences les plus fortes et déroutantes de ce séjour hors norme.
Mais je ne peux résister à l’envie de poster ici quelques images de mon derniers camp, dont la vocation, lorsqu’on n’est pas invité par le propriétaire;-), est d’accueillir des groupes de motards venant du monde entier pour un parcours itinérant de 7 jours, sur deux roues et un moteur vrombissant, afin d’explorer l’immensité des plaines et steppes mongoles, tout en dépensant chaque jour une bonne dose d’adrénaline.
J’ai eu le plaisir de rencontrer un groupe très sympathique de bikers allemands venus s’encanailler sur les traces du grand Gengis Khan. Je pense que les photos parlent d’elles-même. J’adore ma vie itinérante, mais il faut bien avouer que de temps à autres, un peu de délectation consentie entre luxe et volupté ne peut pas nuire au SDF que je suis finalement devenu.
Et que dire des nuits mongoles où l’hiver s’approche à pas de loup des steppes, avec son froid mordant et ses vents glaciaux. Passer une dernière nuit dans une yourte cinq étoiles et sortir au milieu de la nuit pour alléger ma vessie d’un excès de vodka, lever les yeux au ciel tout en frissonnant de froid, et constater que ces cinq petites étoiles ne sont qu’une escouade d’éclaireurs intrépides qui devançaient une horde silencieuse de milliers d’autres cavaliers célestes, scintillant de toute part au dessus de ma tête encore embrumée de sommeil. Sur le ciel constellé d’une infinité de feux de camp, d’un bleu profond comme la nuit, s’avance lentement un océan de nuages aussi blancs que de l’écume. Le spectacle est de toute beauté.
En ces plaines sans limite, un silence absolu règne sur les hommes fourbus de mécanique. Ici, la nature intouchée et un peuple de sauterelles ont établi leur empire. S’enivrer d’absolu est si simple dans un tel territoire, il suffit de laisser les choses advenir, comme elles l’ont fait depuis des millions d’années, sans rien vouloir d’autres que de ressentir le privilège de se sentir magnifiquement vivant. Ce privilège des sens est le véritable luxe. Sortir de soi et n’être plus qu’une poussière d’étoile dans le grand champ céleste.
Encore émerveillé par toutes mes expériences, je vous laisse sur un texte sublime de Jacques Higelin que je viens à peine de découvrir, qui mérite lui aussi son lot d’étoiles de poésie.
« On pleure de n’être pas
Celui que l’on croyait
On pleure de n’être plus
Celui que l’on était
On rit face au miroir
De se voir tel qu’on est
On flirt avec le diable
Ou l’idée qu’on s’en fait
On injurie le ciel…
Mais comment s’oublier
Quand chacun vous rappelle
Qui vous avez été
Mais comment s’oublier
Alors qu’à chaque instant
Le temps vient maquiller
D’une ride nouvelle
Cette paupière usée
De s’être trop frottée
Aux vérités cruelles
Ca fait chier de vieillir
Après avoir été
Les baisers d’un amour
Le sourire d’un bébé
Enfant,
J’étourdissais le vent
Du chant gracieux de mes paroles
Aujourd’hui la neige auréole
De ses flocons les herbes folles
De mes cheveux
Ce soir mon cœur est froid
Et le doute en mon âme
A chassé tous les rires
Et comme je tends l’oreille
Sous l’auvent de mon aile
J’entends tomber du ciel
Le chuchotement des dieux. »
-Jacques Higelin-



















